Les civils burundais réticents à se séparer de leurs armes

Bujumbura- Burundi (PANA) -- Les civils burundais ne semblent pas prêts à appliquer un récent décret présidentiel portant sur leur désarmement, du fait de la persistance de l'insécurité liée à la guerre civile inachevée et du manque d'encouragement financier des citoyens armés.
Les plus réticents des citoyens comptent principalement parmi ceux qui ont déboursé de l'argent pour se procurer des armes dans le but de se protéger contre la guerre civile qui prévaut dans le pays depuis douze ans.
A les entendre, ils se sépareraient volontiers de leurs armes, à condition que le gouvernement les rachète au prix du marché.
Certaines confidences font état de sommes faramineuses de l'ordre de 200.
000 à 250.
000 francs burundais (entre 200 et 250 dollars US) déboursées à une certaine période pour se procurer au marché noir une Kalachnikov, la plus prisée des armes à feu et qui a fini par faire partie du décor de bien des familles.
A ce propos, des informations de diverses sources sécuritaires estiment à plus de 200.
000 le nombre des armes de petit calibre entre les mains des civils au Burundi.
Seulement voilà, il n'est pas question pour le gouvernement de racheter ces armes acquises par les populations civiles pour leur "légitime défense".
Le ministre de la Sécurité publique et président de la Commission nationale du désarmement des civils, Salvatore Ntihabose, suspecte certaines personnes "peu scrupuleuses" de vouloir faire de l'opération un "business lucratif".
Le gouvernement risque d'être piégé par des gens qui profiteraient de l'intéressement financier pour revenir lui revendre indéfiniment des armes et feraient ainsi du désarmement un fonds de commerce sans fin, a souligné M.
Ntihabose.
Officiellement, le gouvernement veut précipiter l'opération de désarmement des civils dans le but de garantir la quiétude des élections générales post transition prévues dans les prochains mois, mais de l'avis des experts, une telle activité ne s'accommode pas de la précipitation.
Le colonel Georges Mukorako, membre de l'armée burundaise, a fait partie des équipes onusiennes en charge du désarmement au Mozambique, un autre pays africain ayant connu une longue guerre civile dans un passé récent.
Parlant d'expérience, il estime que la tâche est facile dans certains cas et difficile dans bien d'autres.
Selon lui, trois cas de figure se présentent devant le projet du gouvernement burundais qui nécessitent des précautions contrastées.
Le cas reposant concerne le retrait des armes à feu détenues aujourd'hui encore par les "gardiens de la paix", une milice armée créée par le gouvernement pour défendre les quartiers urbains et les villages contre les activités militaires rebelles durant la guerre civile.
Du moment que le gouvernement et ses services sécuritaires spécialisés savent retourner dans les archives et se souvenir des armes distribuées à ces miliciens, le colonel Mukorako estime aisé de les récupérer sans faute.
Par ailleurs, le secrétaire exécutif de la Commission nationale en charge du Désarmement, de la démobilisation et de la réintégration (DDR), le général de brigade Libère Hicuburundi, tranquillise ces "gardiens de la paix" ainsi que d'autres miliciens ayant servi dans les rangs des anciens mouvements rebelles.
Le programme de DDR va prendre en compte ces deux catégories en les désarmant définitivement moyennant le versement d'une somme de 100.
000 FB (près de 100 dollars) par gardien de la paix ou militant combattant de l'ex-rébellion.
Le colonel Mukorako estime également qu'il sera aisé de traiter du cas des détenteurs légaux d'armes à feu qui sont régulièrement enregistrés au ministère de la Défense nationale.
Si ces gens justifient encore du droit de port d'arme et qu'ils en font toujours un bon usage, l'officier supérieur ne voit pas de raison de leur chercher noise, le cas le plus délicat pour le colonel Mukorako concernant des gens qui se sont armés pour faire face à la guerre.
"C'est légitime et compréhensible à certains égards, mais la guerre prenant fin progressivement, il est du devoir du gouvernement de désarmer en prenant soin d'y aller méthodologiquement", suggère-t-il.
La meilleure méthodologie participe de la sensibilisation des citoyens pour les amener à se séparer des armes du moment que le gouvernement peut prouver que la guerre touche à sa fin et que son appareil sécuritaire maîtrise toutes les formes et sources de conflit dans la société, ajoute-t-il.

08 mai 2005 09:20:00




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