Les chefs d'Etat africains renforcent les compétences du MAEP

Par Abwao Oluoch- envoyé spécial de la PANA Addis--Abeba, Ethiopie (PANA) - Les chefs d'Etats d'Afrique ont pris une décision majeure, celle de doter le continent d'un organisme de surveillance de la bonne gouvernance, le Mécanisme africain d'Evaluation par les Pairs (MAEP), un organisme indépendant logé au sein de l'Union africaine (UA) et supposé donner plus de crédibilité à la démocratisation sur le continent.
Les dirigeants africains, qui s'exprimaient à l'issue d'une longue séance d'évaluation du respect, par six pays, des principes de la démocratie, ont réaffirmé que le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) demeure partie intégrante de l'UA.
A ce sujet, le président du Panel des Eminentes personnalités africaines, le Professeur Adebayo Adedeji, estime que la création du MAEP en tant qu'institution indépendante au sein de l'UA permettra d'améliorer son efficacité dans la réaffirmation du processus de démocratisation du continent africain.
"Il a été décidé d'intégrer le NEPAD dans l'UA.
Les chefs d'Etat ont réaffirmé la décision et ont également convenu que le MAEP sera une institution autonome au sein l'Union africaine qui se réunira en marge de ses réunions semestrielles", a-t-il observé.
Le système de bonne gouvernance a réalisé de considérables progrès mercredi, lorsque le Togo et la Mauritanie ont officiellement déposé des demandes d'adhésion à l'organisme de contrôle de la bonne gouvernance.
La Mauritanie et le Togo font partie des rares Etats inscrits sur la liste réactualisée des Etats sous menace de sanctions pour avoir procédé à un changement inconstitutionnel de gouvernement.
Leur intention d'adhérer au "club" de la bonne gouvernance est révélatrice d'une importante mutation du processus africain de démocratisation.
"Il s'agit d'une grande innovation pour l'Afrique.
Malgré les enjeux, nous devons nous ouvrir, pour marquer une grande mutation par rapport à la période pendant laquelle nous étions réticents à discuter des affaires intérieures des autres pays", a encore expliqué le Professeur Adedeji.
M.
Adedeji a également indiqué que les pays à évaluer sont tenus de mettre en place des conseils exécutifs indépendants pour la mise en oeuvre du processus d'évaluation par les pairs.
"Nous avons enregistré une nouvelle adhésion, le 28ème membre du MAEP, et le Togo sera le 29ème , sur un total de 53 Etats.
C'est comme une adhésion à un club.
Les adhérents prennent des engagements en termes de bonne gouvernance”, a encore fait valoir l'intellectuel nigérian, dans un entretien accordé à la PANA.
Les dirigeants africains ont réalisé plusieurs innovations au cours de l'évaluation semestrielle de cette année des pays ayant souscrit aux idéaux du MAEP, un système à l'origine conçu pour administrer la preuve de la détermination de l'Afrique à instaurer la bonne gouvernance pour des partenariats internationaux plus efficaces.
Par ailleurs, le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, qui a présidé le Panel du MAEP, a expliqué que l'institution ne marquait pas la fin des crises qui secouent les pays africains, mais elle constituait un cadre au sein duquel il sera possible de corriger les insuffisances des institutions des pays soumis à évaluation.
Les critiques notaient auparavant que l'incapacité à demander des comptes aux pays africains en ce qui concerne le respect de leurs engagements en faveur de la bonne gouvernance risquait de compromettre la crédibilité du processus d'évaluation.
Cependant, les dirigeants africains qui se sont réunis la veille de la conférence des chefs d'Etats et de gouvernement, prévue dans la capitale éthiopienne, ont déclaré que le MAEP est un cadre qui permet de s'évaluer entre pairs et de discuter des insuffisances relevées dans un sens constructif et favorable au développement.
"Le MAEP est un processus qui implique l'identification, par les pays, de leurs lacunes ainsi que l'identification des voies et moyens de réajuster la situation.
Le forum n'est pas une recette miracle qui peut être utilisée pour supprimer les problèmes des Etats membres.
Il est un cadre au sein duquel l'on peut convaincre les Etats de redresser leurs insuffisances", a indiqué le Premier ministre, Meles Zenawi.
L'Algérie, le Bénin, le Ghana, le Kenya, le Rwanda et l'Afrique du Sud sont les six pays ayant déjà soumis leurs rapports d'évaluation semestriels au panel des chefs d'Etat.
Pour sa part, le président en exercice, John Agyekum Kufuor, le chef de l'Etat ghanéen, a profité de cette rencontre d'une journée pour présenter un compte rendu exhaustif et détaillé des avancées de son pays.
Le président du Ghana a insisté sur l'importance pour les pays africains, de se faire évaluer afin de prendre conscience de leurs points faibles et également de discuter entre eux des mesures à prendre pour corriger les défauts identifiés au cours du processus.
"Il s'agit d'un processus pour montrer aux Etats membres comment ils peuvent s'observer dans un miroir afin de corriger leur image.
Ce mécanisme est un organisme qui a pour mission d'aider notre Union", a mentionné le président Kufuor, au cours de la conférence de presse convoquée mercredi, à l'issue de la réunion.
Le président en exercice de l'UA a ensuite fait valoir que grâce au MAEP et à d'autres structures de l'organisation, il avait été possible de créer, pour les Kenyans, un cadre de réconciliation placé sous l'égide des structures du MAEP.

31 janvier 2008 20:44:00




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