Les actions actuelles contre-terrorisme souvent inappropriées, selon l'Iss

Abidjan, Côte d'Ivoire (PANA) - Une récente étude "Leçons d'Afrique sur le terrorisme" de l'Institut pour les études de sécurité (Iss), un think tank, relève que les réponses actuelles contre-terrorisme des gouvernements africains rendent souvent difficile son éradication.

L'étude menée en Afrique de l'Ouest et de l'Est met en lumière beaucoup de perceptions erronées sur la meilleure manière de combattre le terrorisme.

La première porte sur l’enrôlement des jeunes maliens dans les groupes jihadistes attribué à leur radicalisation, un paradigme battu en brèche par les chercheurs de l'Iss. Ils expliquent que les jeunes maliens anciennement enrôlés dans ces groupes leur ont déclaré que leurs motivations étaient de protéger leurs familles, leurs communautés et leurs activités génératrices de revenus.

La cheffe de bureau de l'Iss à Dakar, au Sénégal, Lori Theroux-Benoni, qui a dirigé l'équipe de chercheurs en Afrique de l'Ouest, a noté que si l'on décrit de manière erronée ces jihadistes comme des personnes désœuvrées, radicalisées et endoctrinées par une idéologie religieuse, les solutions conçues n'atteindront jamais les résultats attendus.

L'étude soutient pour la seconde perception erronée qu'il n'existe aucune preuve réelle en Afrique de relation de cause à effet entre migration et terrorisme.

La responsable de programme de l'Iss, Ottilia Maunganidze, appuie que les migrants impliqués dans l'extrémisme violent sont statistiquement insignifiants.  

Le lien direct entre la migration et l'extrémisme violent demeure encore inconnu et a fait l'objet d'une étude récente de l'Iss titrée "la migration et l'extrémisme violent : une chaîne de faux liens?".

L'étude suggère que la peur ne doit pas être utilisée pour apporter des réponses efficaces au contre-terrorisme car elle mène à une mauvaise politique qui se matérialise par l'usage sans restriction de la force, la guerre asymétrique, la collecte illégale de renseignements, la torture et la détention de présumés terroristes.

Selon l'étude, une approche sécuritaire durable ne peut être menée qu'á partir d'une politique á long terme qui se penche sur l'amélioration des conditions qui encouragent des personnes à s'engager dans le terrorisme.

Les stratégies basées sur l'usage de la force encouragent les terroristes à se présenter comme des soldats ou des martyrs; en violant les droits de l'homme par des actions militaires à forts relents de zèle, les gouvernements risquent d'exacerber les conditions qui ont conduit à cet extrémisme violent, met en garde l'étude.

Le responsable du programme menaces transnationales et crime international de l'Iss, Cheryl Frank, prévient que "l'action des forces de sécurité caractérisée par des arrestations massives et un profilage racial est contre-productive et peut conduire les individus à l'extrémisme".

L'étude montre que la meilleure approche pour défaire les terroristes est d'améliorer les conditions dans lesquelles vivent leurs recrues en portant une attention soutenue à l'atteinte des 17 Objectifs de développement durable des Nations unies (Odd).

L'étude déplore que les discussions sur le contre-terrorisme n'établissent pas souvent le lien entre le développement et la sécurité, en soulignant que ce qui est nécessaire est d'ajouter les Odd au lexique des faucons.

Les principaux résultats auxquels le chercheur principal de l'Iss, Allan Ngari, a abouti, indiquent que les gouvernements favorisent l'enrôlement au sein des groupes extrémistes quand ils violent les droits de l'homme ou marginalisent des groupes ethniques ou religieux dans leur lutte contre le terrorisme.

Il propose que les États devraient appliquer les principes du droit international, des droits de l'homme et de la démocratie pour prévenir l'extrémisme violent.

Les recommandations de cette étude suggèrent que les organismes concevant les politiques contre-terrorisme devraient promouvoir le dialogue avec les religieux et les communautés ethniques et mettre plus l'accent sur les causes politiques et socio-économiques engendrant la violence plutôt que sur celles liées à l'ethnie et la religion.

L'étude précise que beaucoup d'actions contre-terrorisme ont échoué du fait des stratégies gouvernementales tendant à aliéner les communautés censées bénéficier de leur aide. Les résultats du chercheur Ngari montrent que la focalisation sur les causes identitaires comme l'ethnie et la religion est inappropriée et favorise des comportements qui conduisent à la violence.

L'étude identifie la corruption en tant que violation négligée des droits de l'homme en favorisant l'injustice et l'inégalité comme catalyseurs importants du terrorisme.

Selon une étude récente de l'Iss sur le groupe Boko Haram au Nigeria, les organisations extrémistes se présentent comme une solution pour endiguer la corruption et l'injustice.

Les responsables de l'Iss présents cette semaine à New York pour la 72ème session de l'Assemblée générale des Nations unies prévoient de vulgariser cette étude conduite par des sociologues et des anthropologues de 2016 à 2017.

Il s'agit pour eux de présenter une perspective africaine dans des discussions planétaires sur le terrorisme, la migration, l'extrémisme et le développement.
-0- PANA BAL/BEH/SOC 18sept2017

18 septembre 2017 19:50:53




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