Les Libyens déçus par l'échec d'une rencontre au Caire entre Haftar et al-Sarraj

Tripoli, Libye (PANA) - L'espoir a cédé la place à la déception chez de nombreux Libyens après que s'est imposée mardi la certitude de l'échec d'une médiation de l'Egypte pour faire rencontrer le président du Conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale en Libye, Fayez al-Sarraj et le commandant général des forces armées libyennes à l'est, le Maréchal Khalifa Haftar.

Depuis lundi, les yeux des Libyens étaient rivés sur la capitale égyptienne, Le Caire, où se trouvaient les deux responsables libyens qui détiennent réellement la clef de la solution pour sortir la Libye de l'impasse politique dans laquelle le pays est plongé depuis plusieurs mois.

Des espoirs inouïs ont été nourris par les Libyens à l'égard de cette rencontre. On guettait le moindre signe de la rencontre entre les deux hommes et les échos des coulisses qu'on distillait ça et là et qui étaient pour la plupart totalement infondés, assuraient le suspens.

Tout le monde, même à l'étranger, appréhendait avec grande attention les pourparlers inter-libyens du Caire dans l'espoir d'entendre de bonnes nouvelles, c'est-à-dire une issue heureuse à cette rencontre, synonyme de fin de clavaire pour les Libyens qui souffrent depuis six années.

L'espoir était tel que les gens prenaient leurs rêves ou attentes pour la réalité. Ainsi, des médias ont publié une rencontre et rapporté dès lundi soir la conclusion d'un accord entre al-Sarraj et Haftar sur la recomposition du Conseil présidentiel du gouvernement d'union, ainsi que des amendements sur l'Accord politique.

En fait, il n'en était rien. Les deux hommes ne se sont pas rencontrés.
L'annonce de cet échec de la médiation égyptienne pour faire rencontrer le président du Conseil présidentiel et le chef de l'armée de l'Est a eu l'effet d'une douche froide pour les Libyens qui espéraient célébrer le 6ème anniversaire de la révolution du 17 février sous de bonnes perspectives, notamment le règlement de la crise politique.

Ainsi déçus, les Libyens se sont déchaînés sur les réseaux sociaux pour exprimer leur profond découragement à l'égard de cet échec qui fait perdre au pays l'opportunité de sortir du cercle de la violence et d'entamer la phase de la reconstruction du pays, détruit et exsangue, six ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi.  

Tournant en dérision les rumeurs qui ont accompagné cette tentative de rencontre au Caire, le journal libyen, "Fathi Ben Aïssa" a écrit dans un statut sur sa page Facebook que: "la seule chose vérifiée dans ces histoires tissées sur la rencontre d'al-Sarraj avec Haftar au Caire est qu'il n'y a eu aucune réunion ni directement ou indirectement ... c'est l'échec de la seconde médiation égyptienne entre eux".

Lui répondant, Khaled Fitouri a écrit que: "c'est le citoyen qui continue à souffrir alors qu'il attendait l'issue de la réunion afin qu'elle puisse peut-être mettre fin à ses souffrances, mais les plaintes, c'est à Dieu qu'il faut se plaindre".

"Avant la réunion, l'un des journalistes a écrit qu'il y avait l'une des parties (libyennes) se consultaient avec des parties égyptiennes à propos de la réunion (entre Haftar et al-Sarraj) qui était la bienvenue ... Après l'échec de la réunion, il a dit qu'il était content que le Maréchal  n'ait pas accepté de rencontrer al-Sarraj", a affirmé Ibrahim Aljabri qui a participé aux discussions sur Facebook.

"Des mensonges et une insignifiance étrange", a-t-il conclu, visiblement désemparé.

Jemal al-Mansouri a estimé que Haftar est sous commande des Egyptiens qui lui assènent des ordres "arrête ! Soit prêt ! Il s'arrête ! Viens il le fait ! Cours, il court !  Rampez, il continue à ramper", ajoutant: "je n'ai pas compris comment le peuple a été dupe de savoir que Haftar est partie (du conflit) et  comme le demande son groupe le commandant de l'Armée et que vienst foutre l'armée en politique. Haftar n'est-il pas sous tutelle de la légitimité du Parlement ? Comment il est partie".

Pour Ahmed Issa Alferjani, il s'agit "d'une série égyptienne juste pour dessiner les détails du leadership de Haftar et al-Sarraj n'est qu'un acteur qui s'acquitte de son rôle au maximum en attendant la dernière épisode du feuilleton d'un leader en papier ".

Dans une boutade qui reflète le ras-le-bol, Nezar Metawa a affirmé: "Heureusement aucun bien ne peut venir des deux (al-Sarraj et Haftar)".

Pour Rashad Aloua "de deux maux l'un, soit l'Egypte n'est pas sérieuse et ne désire pas une rencontre et se paye le temps pour l'une des parties, soit Haftar a pété les plombs et en définitive tous sont des pions pour l'Egypte"

Aboulgacem al-Fadhli s'en est pris, pour sa part, "à la précipitation des chaînes de télévision et agences de presse qui font la promotion d'illusions, affirmant que: "peut-être elles ouvrent la voie à ce qui va nous arriver".

On rappelle que le processus politique en Libye est dans l'impasse depuis plusieurs mois en raison de blocages au niveau du vote de confiance par le Parlement sur le gouvernement d'union nationale, qui risque d'être compromis pour une solution durable dans le pays.

La crise libyenne s'est aggravée ces derniers temps après la reprise de ses activités par le gouvernement de salut, un cabinet installé à Tripoli, non reconnu par la communauté internationale.

Un retour qui a ramené le pays à la case départ approfondissant la crise politique et militaire qui secoue la Libye, paralysant le processus politique et menant  le pays vers la partition et le risque de basculement dans la guerre civile.

Les affrontements entre milices se sont multipliés au risque de mettre la capitale, Tripoli, relativement épargnée, à feu et à sang.

Ainsi, le pays est doté de trois gouvernements: deux installés à Tripoli, l'un dit de salut et l'autre d'union nationale bénéficiant de la reconnaissance de la communauté internationale, notamment du soutien des Nations unies.

Le troisième gouvernement, celui dit intérimaire installé à Beidha, dans l'Est du pays, émane du Parlement libyen et est allié au Maréchal Khalifa Haftar qui dirige l'armée nationale libyenne.

Actuellement, le pays est scindé en deux: l'Ouest sous tutelle du gouvernement d'union et l'Est, sous l'autorité du gouvernement d'union et du Parlement.

Une situation qui a entretenu la crise politique dans le pays et qui continue à contribuer dans une large mesure à alimenter les divergences entre les protagonistes de la crise et à perpétuer les souffrances des Libyens.
-0- PANA BY/JSG/IBA 15fev2017

15 février 2017 00:00:21




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