Les FANCI bloquent l'acheminement de l'aide vers le Nord

Yamoussoukro- Côte d'Ivoire (PANA) -- "Il faut laisser ces gens- là comme ça.
S'ils ne veulent pas mourir de faim, ils finiront bien par se rendre !".
Les deux missionnaires blancs venus négocier avec les militaires de Yamoussoukro (230 km au Nord d'Abidjan) un laissez-passer, pour un convoi de vivres à destination de Bouaké (230 km au Nord d'Abidjan), ont rougi jusqu'aux oreilles ! De colère.
"D'ailleurs pourquoi vous perdez votre temps à vous occuper de ces rebelles ? Vous ne trouvez pas que vous avez déjà envoyé assez de vivres comme ça ?!", reprend l'officier, probablement l'un des adjoints du commandant Saoré du COIA (Centre d'opération inter armées) chargé de la délivrance des laissez-passer.
Contenant difficilement leur courroux et leur indignation, les deux missionnaires ont visiblement du mal à comprendre les propos abrupts du capitaine qui leur oppose ainsi une fin de non recevoir catégorique.
Comme ces deux infortunés, de nombreux responsables d'organisations caritatives ou même des fonctionnaires onusiens, notamment ceux du Programme alimentaire mondial (PAM), errent comme des âmes en peine depuis une dizaine de jours dans la capitale politique ivoirienne, dans la vaine attente du sésame qui leur ouvrira les portes du Nord ivoirien.
M.
Hans est de ceux-là.
Agent du PAM, cet Italo-Autrichien ballade tous les matins sa longue et fine silhouette entre le motel où il réside et les services du COIA, logés à l'entrée de la résidence de la famille de feu le président Félix Houphouet- Boigny, le "père-fondateur" de la Côte d'Ivoire moderne.
"C'est désespérant !", souffle-t-il d'une voix lasse, où perce un réel découragement.
Comme les deux missionnaires blancs, il avoue non plus ne pas comprendre l'attitude des autorités ivoiriennes qui jusque-là délivraient, sans trop de difficultés, les laissez- passer permettant l'acheminement de l'aide humanitaire aux populations des zones sous contrôle rebelle.
"J'ai l'impression qu'il se prépare quelque chose", ajoute-t-il d'un air inquiet, tout en jetant des regards obliques sur certaines personnes attablées au bar du motel.
Les organisations humanitaires et les associations caritatives qui, depuis le mois d'octobre dernier, se sont installées à Yamoussoukro où elles ont monté des entrepôts contenant les vivres destinés aux populations des zones dites "assiégées" se perdent en conjectures.
Elles s'expliquent difficilement ce que certaines d'entre elles considèrent comme une "volonté délibérée" des autorités ivoiriennes de bloquer l'acheminement de l'aide humanitaire en direction des populations du Nord.
D'aucuns expliquent cette attitude par l'intention que l'on prête au gouvernement d'en découdre avec la rébellion, accusée de traîner les pieds à Lomé (Togo), où se déroulent depuis le 30 octobre dernier des négociations avec les représentants du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), la branche politique de la rébellion.
"Mais en attendant, des gens risquent de mourir de faim", déplore M.
Hans qui trouve que rien ne peut justifier une pareille décision.
Selon lui, le PAM qui a déjà distribué des milliers de tonnes de nourriture dans la région de Bouaké a évalué les bénéficiaires à près de 160.
000 personnes à assister sur une période de 5 mois.
"Un retard prolongé dans la distribution des vivres pourrait avoir des conséquences incalculables sur la situation humanitaire dans la région de Bouaké", avertit un responsable de CARE international.
Après avoir fait le pied de grue pendant plus de 10 jours à Yamoussoukro, ce technicien en logistique s'est entendu finalement conseiller de retourner à Abidjan pour obtenir un laissez-passer !

13 décembre 2002 16:05:00




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