Les Ethiopiens font les yeux doux à la Commission de l'UA

Addis Abeba- Ethiopie (PANA) -- Les vertus de la concurrence n'ont pas tardé à se faire sentir ici à Addis Abeba, dès après l'annonce, puis l'introduction par la Libye, d'une requête par laquelle ce pays d'Afrique du Nord exprime son désir d'abriter à Syrte, ville natale du Colonel Mouammar Kadhafi, tout ou partie du siège de la Commission de l'Union africaine.
Cette requête qui était en soi, un tabou auquel aucun chef de délégation n'osait à ce jour, prendre aussi ouvertement l'initiative, au risque d'exposer sa représentation diplomatique en Ethiopie au mécontentement de ses hôtes qui tiennent, par dessus tout, à leur statut non usurpé de "Capitale de toute l'Afrique", a déjà "fait beaucoup de biens", a appris ce mercredi la PANA auprès de diplomates et cadres africains travaillant sur place.
Coup sur coup, la Mairie d'Addis Abeba et le gouvernement éthiopien ont annoncé la veille et pendant le Sommet, l'un sa décision de baptiser, du nom de chaque pays africain, des rues de la capitale, l'autre sa disponibilité à offrir des terrains à la Commission, dans un premier temps, pour bâtir les résidences du Vice-président et des huit autres Commissaires.
Jusqu'ici, seul l'ancien Secrétaire général (devenu Président de la Commission), en disposait.
Ensuite, pour étendre, quand les moyens le permettront, le siège actuel de la Commission et mettre enfin un terme à cette tradition qui dure depuis 1963, obligeant, faute de place, et surtout d'espace VIP de Standing, l'Organisation panafricaine à "squatter" les locaux des Nations Unies à chaque fois qu'elle veut tenir ses Sommets à Addis Abeba.
Certes, avec l'assistance de fonds nigérians et d'autres pays et amis d'Afrique, le siège de la prestigieuse organisation continentale vient de s'enrichir d'un modeste complexe de conférence, flambant neuf.
Mais il est juste à la dimension de ce mythique "Africa Hall", que la CEA, son propriétaire, a estimé si petit et obsolète, qu'elle a préfèré le déserter depuis plusieurs années pour de nouveaux locaux plus spacieux, plus futuristes et plus "intelligents", l'abandonnant ainsi à la réfection de manoeuvres besogneux en vue d'y regrouper plus tard, des démembrements du système des Nations Unies.
Le complexe flambant neuf de l'UA est par contre à ce point si dépassé par les exigences de la nouvelle Afrique que ses premiers usagers que sont les ministres des Affaires étrangères, regroupés au sein du Conseil exécutif, n'ont pas hésité à le bouder, encore une fois, du 30 juin au 3 juillet dernier, pour le siège plus fonctionnel de la Commission des Nations Unies pour l'Afrique (CEA).
Même si, pris d'une subite pudeur, il s'est promis, une fois ses travaux terminés, de ne plus jamais se réunir ailleurs à Addis Abeba que chez lui, au siège même de l'Union situé de l'autre côté de la ville, le Conseil exécutif n'en est pas assuré pour autant qu'il n'aura plus jamais besoin de ses amis de la CEA.
Ce siège-là de l'ex-OUA, où les distingués ministres africains entendent se replier, était, jusqu'à un passé fort récent, la somme des seuls efforts du gouvernement éthiopien qui semblait, une fois les sommets annuels terminés, être l'unique pays à se soucier des conditions de travail des fonctionnaires panafricains.
Mais au regard des moyens limités d'un pays régulièrement secoué à l'époque par la cadence des guerres ambiantes ou domestiques d'une part, les sécheresses à répétition d'autre part, ce siège se résumait à deux bâtiments moyens, comparables à ceux abritant aujourd'hui certaines facultés africaines et un immeuble d'une horrible architecture, toisant sur un pied unique, comme une cage d'escalier, le ciel nuageux d'Addis Abeba.
Au plan humain cependant, les diplomates africains interrogés ce mercredi par la PANA, ont estimé qu'ils n'auraient absolument aucun grief sérieux à faire à leur hôte éthiopien - si tant est que la culture africaine le permet - si "la signature, enfin, de l'accord de siège, attendue depuis maintenant quarante ans", les dérobait un tant soit peu, "des rigueurs qu'une certaine culture autoritaire encore résiduelle leur impose".
Les Communications, au sens large, encore trop fermées dans ce pays, si elles ne sont dispendieuses dans les rares cas où elle sont ouvertes, au cas par cas et selon la nature de la demande, nous donnent également, peut être à tort, le sentiment de vivre en dehors d'un monde aujourd'hui hyper-connecté, indique la source qui avoue ne pas oser s'identifier.
"Bien qu'Africains et presque assurés de résider pendant presque toute notre vie active dans ce pays, nous n'avons non plus, la liberté d'acheter un terrain pour y bâtir, ce qui peut se comprendre au regard du régime foncier en vigueur, mais nous condamne malgré tout, même si cette contrainte n'est pas propre à l'étranger, à la location à vie".
Enfin, le système de "Clearance" qui tient en laisse chaque diplomate en fonction dans ce pays, pourrait encore être mieux supporté - en considération du devoir de chaque Etat de protéger d'abord ses citoyens - le jour où il sera co-géré de façon plus démocratique et plus soucieuse des véritables Droits et Devoirs de chacune des deux parties.
Quelle que soit son issue, le précédent créé par la Libye, est- il indiqué ici à Addis Abeba, a au moins ce mérite de rappeler désormais que ce n'est pas l'Ethiopie seulement qui veut du siège de la Commission.
L'ouverture réelle et le pragmatisme reconnus aux nouveaux dirigeants de ce pays, font penser qu'il a suffi déjà pour provoquer toute une révolution mentale, dont nous ne voyons encore que les prémisses bénéfiques.
Dans tous les cas, conclut la source, il faut partout en Afrique se convaincre désormais, qu'à côté des avantages qu'il est légitime de tirer de certains privilèges, il a y a aussi des prix, voire de petits sacrifices, à consentir en échange.
Une fois cette évidence comprise de tous, à commencer par mon propre pays, il nous importe vraiment peu de savoir où en Afrique nous allons travailler demain, ayant déjà fait, en ce qui nous concerne, le choix de l'exil volontaire qu'appelle nécessairement à ce niveau, l'aventure panafricaine.

07 يوليو 2004 16:25:00




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