Les défis de la mutation d’une Cedeao des Etats à une Cedeao des peuples

Les défis de la mutation d’une Cedeao des Etats à une Cedeao des peuples

Dakar, Sénégal (PANA) - Alors que l’espace communautaire ouest-africain redéfinit sa position et cherche à « passer d’une Cedeao des Etats à une Cedeao des peuples » à l’horizon 2020, l’espoir reste permis, en dépit de certaines entraves.

L’institution régionale, qui fête cette année le trente-septième anniversaire de sa création, entend poursuivre avec vigueur les idéaux des pères fondateurs, qui se résument à une intégration pleine et entière, tout en continuant à évoluer et à s’adapter aux nouveaux besoins de ses citoyens.

Avec l’idée de déployer prochainement des troupes militaires dans deux de ses Etats membres en proie à de terribles convulsions, la Cedeao compte mettre en œuvre les dispositions de son Traité révisé en 1993 et de ses différents protocoles. Ce dispositif institutionnel est fondé, rappelons-le, sur un Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits ainsi que de maintien de la paix et de la sécurité. Il traite de lutte contre la criminalité, de consolidation de la paix, de lutte contre la prolifération et la circulation des armes légères.

Adopté en 1999 à Lomé, au Togo, ce mécanisme est venu combler le vide juridique qui existait et qui avait valu de nombreuses critiques à l’intervention de l’Ecomog (ECOWAS Monitoring Group) au Libéria au début des années quatre-vingt-dix. Si la création, en 1990, de l’Ecomog apparaît comme le premier acte d’une coopération régionale dans la gestion des conflits en Afrique de l’Ouest, l’adoption du Mécanisme de prévention est le premier acte normatif d’envergure donnant à l’organisation les moyens juridiques de son action en faveur de la paix et de la sécurité.

Le nouveau président de la Commission de la Cedeao, le Burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo, peu après avoir pris fonction en février dernier, a évoqué, pour les déplorer, les événements survenus au Mali et en Guinée-Bissau avec, pour conséquence, un sérieux coup de frein aux expériences démocratiques en cours ici et là, sans omettre la rébellion armée dans le Nord malien, avec la déclaration d’indépendance des deux tiers du territoire par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), la menace terroriste, les trafics en tous genres, etc.

« Ces différentes crises et menaces sont autant de facteurs de déstabilisation nationale et régionale, d’aggravation de la pauvreté et de fragilisation de nos Etats. Ce sont des facteurs néfastes à la paix, à la sécurité, à la libre circulation des personnes et des biens, à la stabilité et à l’intégration régionales, bref au développement économique. Or il n’est un secret pour personne qu’il n’y a pas de développement sans paix. Nous espérons que ces diverses crises sont passagères et trouveront dans un proche avenir des réponses adéquates afin de nous permettre de consacrer davantage notre temps et nos énergies au développement socioéconomique de notre espace communautaire », déclare M. Ouédraogo.

Agissant sous l’impulsion de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, en particulier de son président en exercice, M. Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, la Commission de la Cedeao fait montre, depuis quelques mois, d’un engagement résolu à relever les défis de l’heure.

Cinq sommets extraordinaires se sont déjà tenus sur la situation au Mali et en Guinée-Bissau. La célérité et la fermeté de l’organisation à ces différentes occasions ont abouti, notamment, à l’accord-cadre d’avril dernier ayant organisé le retrait des putschistes maliens du pouvoir au profit d’autorités civiles.

Mais devant la défiance et les ruses de ses interlocuteurs, la Commission va devoir redoubler de vigilance et de fermeté. La Force en attente de la Cedeao (FAC), créée sur les cendres de ce que fut l’Ecomog, est sur le point d’être déployée au Mali et en Guinée-Bissau.

L’urgence de régler les questions en suspens est dictée par la volonté, l’ambition première de la Cedeao de promouvoir l’intégration socioéconomique de la sous-région, en s’appuyant sur des programmes fondamentaux tels que la libre circulation des personnes et des biens, la libéralisation du commerce, le développement de l’agriculture ou encore la coordination des infrastructures communes.

Il s’agit d’améliorer le bien-être des populations, de créer des emplois, de sortir cette partie du continent de la pauvreté et de stimuler le développement d’une région dont une douzaine de membres font partie des Etats les plus pauvres du monde, à travers les programmes menés par les divers départements qui composent la Commission de la Cedeao.

Les importants et indiscutables succès enregistrés dans la mise en oeuvre de ces programmes, dont les plus récents portent notamment sur la libre circulation des personnes et des biens, l’agriculture, le commerce et le maintien de la paix,  sont malheureusement occultés par les problèmes politiques comme ceux en cours au Mali et en Guinée-Bissau.

Dans le cadre de la libre circulation des personnes et des biens, la mise en place d’unités de suivi devra permettre la réalisation et l’application rigoureuse du Protocole sur la libre circulation, adopté en 1979 par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement et réduire les cas de harcèlements, d’extorsions de fonds et autres violations des droits des migrants, commerçants et citoyens de la Communauté.

A cet égard, la 2ème réunion du comité sur la libre circulation des personnes et des biens, tenue à Lagos, au Nigeria, a permis de développer un guide, ainsi que d’élaborer  les termes de référence et un programme pour les unités de suivi. Par ailleurs, la Commission a poursuivi ses actions visant à développer et promouvoir le tourisme au niveau de la Cedeao ainsi que la coopération transfrontalière.

Au plan de la mise en œuvre de la Politique agricole de la Cedeao (Ecowap), le Conseil des ministres a adopté, en août 2011, la création d’une Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation, d’un Fonds régional pour l’agriculture et d’un Comité de veille pour l’agriculture et l’alimentation. L’adoption de ces mécanismes vise à accélérer le développement agricole de la région.

Pour leur part, les ministres de l’Agriculture ont validé la Charte régionale de l’aide, de prévention et de gestion des crises alimentaires, qui permettra une meilleure organisation de l’aide internationale à travers la région, en cas de besoin. Il a aussi été élaboré et adopté une stratégie pour le développement de l’élevage et son plan d’action, ce qui constitue un aspect important

Dans le domaine du commerce, la Commission a mis l’accent sur la formulation d’une politique commerciale commune au niveau de la région. Les rencontres tenues avec les diverses parties prenantes ont permis d’établir une feuille de route pour la formulation de cette politique régionale.

Pour ce qui est de la promotion du commerce, l’organisation, du 25 novembre au 2 décembre 2011 à Lomé (Togo), de la 6ème Foire commerciale de la Cedeao a offert aux opérateurs économiques et aux commerçants des opportunités d’établir ou de renforcer leurs relations d’affaires.

Les négociations avec l’Union européennes au sujet des Accords de partenariat économiques (APE) se sont poursuivies durant la période considérée, mais elles n’ont pas encore abouti aux résultats escomptés, en raison de la fermeté observée par la  Commission sur ses positions.
-0- PANA MA/SSB/IBA 17juin2012

Par Mamadou AMAT

17 juin 2012 10:50:30




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