Le secteur de l’Education dans la tourmente de l’épreuve de force entre le pouvoir et l’opposition au Burundi

Bujumbura, Burundi (PANA) - Le ministère de l’Education nationale a annoncé, mercredi, que le concours national donnant accès aux écoliers plus méritants du primaire à l’enseignement secondaire restait maintenu pour ce jeudi, en dépit de plusieurs appels des parents et éducateurs à repousser les éprouves à une date ultérieure dans le contexte sécuritaire délétère du moment lié aux violentes manifestations contre un troisième mandat du chef de l’Etat sortant, Pierre Nkurunziza, pour la présidentielle de juin prochain.

Aucun secteur d'activité n'est épargné par la crise du moment et c'est l'instrumentalisation récurrente de la jeunesse qui est devenue encore plus préoccupante ces derniers jours.

Le concours national passe pour une "institution" et un "thermomètre politique" au Burundi depuis les années 1970 jonchées de crises socio-politiques cycliques.

Aucun cas de force majeure connu à ce jour n’a cependant empêché la tenue du concours national et chaque régime en difficulté l’utilisait plutôt pour démontrer la maîtrise de la situation, se rappellent les plus anciens à Bujumbura.

Cette fois encore, la Police et l’Armée ont été réquisitionnées en masse pour sécuriser les différents centres de passation du concours national, édition 2014-2015, à travers tout le pays, rassure-t-on du côté du ministère de l’Education nationale à Bujumbura où se situe, disent les parents, le gros des soucis pour cette épreuve majeure dans la vie des petits en quête du savoir plus poussé et d’avenir professionnel.

Le concours national hautement sélectif est avant tout une épreuve sérieuse à lui seul pour des centaines de milliers d'écoliers dont moins de 30% de prétendants à une place dans l'enseignement secondaire public y arrivent au bout du compte, selon les statistiques du ministère de l'Education.

Les déperditions risquent d'augmenter cette années scolaire encore au rythme où va le le bras-de-fer interminable entre le pouvoir et l’opposition, avec la participation des jeunes qui sont les plus nombreux à occuper le devant de la scène, sur les barricades et ne semblent pas avoir le cœur pour le moment aux études, remarque-t-on dans les rues de Bujumbura et ses environs.

Dans les autres paliers de l'Education, la plupart des écoles secondaires à régime d’internat sont devenues vides d’occupants habituels ces derniers jours suite aux départs en famille des élèves effrayés par la montée des tensions politiques pré-électorales, selon les échos en provenance de la capitale et de l’intérieur du pays.

L’Enseignement supérieur public est également aux arrêts depuis le 28 avril suite à une décision de la tutelle de chasser des résidences universitaires, tous les étudiants, officiellement par « mesure de sécurité », pendant que les concernés dénonçaient une décision plus « politique » liée à leur participation active supposée au mouvement de contestation du régime encore en place au Burundi.

Depuis, un millier d’étudiants sont allés camper à la belle étoile et dans des conditions d’hygiène jugées précaires devant l’ambassade des Etats-unis d’Amérique à Bujumbura par peur de mesures de représailles qui les attendraient jusque dans les villages d’origine, disent-ils.

Concernant les dégâts humains des manifestations qui affectent particulièrement de jeunes manifestants, l’Association la plus représentative des défenseurs des droits de l’Homme et des prisonniers (Aprodh) a fait état, mercredi, d’au moins 14 tués, 130 blessés dont elle est « sûre » des identités ainsi que plus de 800 détenus depuis le début du mouvement de contestation du troisième mandat du chef de l’Etat sortant, le 26 avril dernier.

La Croix-rouge du Burundi, la plus active dans les secours d’urgence, a publié, un nombre plus important de près de 170 blessés, dont une dizaine pour la seule journée de mercredi.

Au moins neuf explosions de grenades et trois blessés par éclats ont été rapportés par diverses sources concordantes, mercredi, à la périphérie sud de Bujumbura, suite à un face-à-face tendu entre les jeunes de l’opposition et ceux du parti au pouvoir.

La population des hauteurs de Bujumbura a également été mise en cause par diverses sources concordantes dans des violences physiques qui ont blessé six présumés « Imbonerakure », de jeunes militants affiliés au Conseil national pour la Défense de la Démocratie/Forces de Défense de la Démocratie (Cndd-Fdd, part au pouvoir).

Les jeunes victimes étaient accusés de possession d’armes à feu destinées à perturber la sécurité des manifestants des hauteurs de la capitale qui sont entrés dans la dense depuis mardi.

Un arrêt de la Cour constitutionnelle favorable au projet du chef de l’Etat sortant de briguer un nouveau mandat est sorti mardi et semble avoir radicalisé et braqué davantage les opposants à cette éventualité qui continuaient, mercredi encore, à galvaniser les troupes jusqu’au recul du concerné.

Le premier vice-président de la République, en charge des questions politiques, sécuritaires et judiciaires, Prospère Bazombanza, au nom du gouvernement, a offert, mardi à l’opposition, de libérer tous les détenus impliqués dans le mouvement de contestation et de permettre la reprise dans émissions coupées en province ou des radios privées indépendantes fermées, à la condition expresse que cessent les manifestations.

L’opinion scrute pour le moment l’issue des consultations qui ont été engagées, mercredi, entre le gouvernement burundais et une délégation des ministres des Affaires étrangères de la Communauté est-africaine comprenant le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda et le Kenya voisins sur les voies et moyens de résorber la crise pré-électorale du moment au Burundi.

La puissante Eglise catholique du Burundi a également sorti, mercredi, une énième déclaration publique mettant en garde tous les acteurs politiques contre les conséquences fâcheuses d’un vide du pouvoir, si des élections générales n’allaient pas avoir lieu dans les délais prévus des mois de mai à août 2015.

-0- PANA FB/BEH/IBA    06 mai 2015
  

06 mai 2015 16:42:18




xhtml CSS