Le retrait libyen de la Ligue arabe inquiète les pays arabes

Tripoli- Libye (PANA) -- Les journaux libyens ont fait état, sous de larges manchettes dans leur édition de dimanche, de la visite à Tripoli du secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, l'Egyptien Amr Moussa, et des entretiens qu'il a eus avec le colonel Mouammar Kadhafi et les responsables libyens sur la décision de leur pays de se retirer de cette institution.
Le patron de la Ligue arabe semble avoir échoué dans sa mission de faire revenir Tripoli sur sa décision, en déclarant à son départ qu'il devrait poursuivre les concertations avec les Etats arabes sur le sujet.
Dans sa livraison de dimanche, 'Al-Zahf Al-Akhdar', l'organe des comités révolutionnaires libyens, écrit notamment : "S'il est du droit des peuples et des gouvernements arabes de demander à la Libye de revenir sur sa décision, il est du droit de la Libye de demander logiquement à la Ligue et aux régimes arabes l'intérêt de cette organisation et l'opinion des peuples arabes à son égard".
Les comités révolutionnaires étaient, la semaine dernière, à la tête d'une grande manifestation à Tripoli pour protester contre le mutisme arabe devant les dangers qui menacent la sécurité du monde arabe et réclamer des dirigeants arabes qu'ils quittent le pouvoir, rappelle-t-on.
'Al-Zahf Al-Akhdar' se demande ce que la Ligue a fait depuis 1956 en dehors d'abandonner Gamel Abdel Nasser confronter seul à l'agression tripartite.
Enumérant une longue liste de griefs à l'encontre de l'institution, le journal s'interroge sur ce qu'elle a fait depuis 1956, lors de l'invasion, en 1982, du Liban par les forces d'occupation israélienne, lors de la première et de la deuxième guerre du Golfe, lors du raid américain de 1986 contre la Libye, ou encore face à l'embargo américain imposé au peuple irakien.
Et le journal d'ajouter : "Que peut faire la Ligue arabe aujourd'hui devant les projets d'accord qui conduiront sans doute à imposer le protectorat sioniste au peuple palestinien, et un mandat américain sur le Golfe".
Il s'agit, selon le journal de Tripoli, d'une partie des centaines de questions que la Libye et les Libyens son en droit de poser à la Ligue avant que cette dernière ne leur demande de revenir sur leur décision de retrait.
'Al-Zahf Al-Akhdar', qui cite plusieurs exemples d'échecs et de l'impuissance de la Ligue arabe sur les dossiers majeurs du monde arabe, conclut en se demandant si cette organisation est disposée aujourd'hui à introduire des réformes, et de mettre en application les accords signés et adoptés par les chefs d'Etat arabes.
Le journal cite à ce propos les accords de la défense commune et de l'unité économique en réponse aux appels de l'opinion arabe, qui a rejeté publiquement l'attitude des régimes arabes et la capitulation honteuse qu'ils affichent.
Interrogé par la PANA sur la visite de M.
Amr Moussa à Tripoli, M.
Abdel Nasser Abdussalam, professeur à l'Institut de génie électronique de Gorji (ouest de Tripoli), a estimé que ce dernier aurait dû consulter les autres dirigeants arabes avant son déplacement de Tripoli, et discuter avec eux des raisons qui ont poussé Tripoli à prendre cette décision.
Immane Omrane, une étudiante de 21 ans à la Faculté de médecine de l'université Al-Fatah de Tripoli, regrette pour sa part de voir son pays, qui a deployé d'énormes efforts depuis plusieurs décennies pour réaliser l'unité arabe, dans l'obligation de se retirer aujourd'hui de cette organisation.
Pour Wafa Matar, une étudiante d'origine palestinienne à la Faculté de droit de Tripoli, la décision libyenne reflète les doléances de l'ensemble de la rue arabe.
"Si la président Arafat avait eu les mains libres, il aurait réclamé le retrait de la Palestine de la Ligue arabe.
Mais à cause de contraintes diplomatiques, il ne peut pas le faire aujourd'hui.
Heureusement, la Libye a pu traduire dans les faits les cris de détresse des peuples arabes", a-t-elle dit.
De l'avis des observateurs à Tripoli, le message libyen, qui reflète aujourd'hui la situation délicate et critique que connaissent les gouvernements et les peuples arabes, a suscité beaucoup d'inquiétudes dans toutes les capitales arabes.
Pour certains d'entre eux, l'attitude libyenne pourrait pousser une rue arabe, déjà en colère, à réclamer une deuxième lecture de la Charte de l'organisation vieille de plus de 50 ans.
Un diplomate arabe en poste à Tripoli a indiqué à la PANA, sous le couvert de l'anonymat, que la décision libyenne, en ce moment décisif de l'histoire contemporaine arabe, pourrait avoir plusieurs conséquences sur des dossiers tels que ceux de la Palestine et de l'Irak.

27 octobre 2002 14:49:00




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