Le racisme, au coeur de l'ONU, selon des africains

New York- Etats Unis (PANA) -- Trois fonctionnnaires africains des Nations Unies ont accusé le système de racisme, d'intolérance et de fanatisme à l'endroit de ses employés noirs.
Ces accusations ont été faites vendredi au cours d'une conférence de presse à New York par le bissau-guinéen Joao Gomes, la ghanéenne Nana Ackom-Mensah, et l'américain, d'origine somalienne, Abdi Yahya.
Ackom-Mensah et Yahya, qui ont tous les deux servi dans l'Administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (UNMIK), ont démissionné pour protester contre la discrimination faite à leur endroit au sein de cette mission.
Les trois fonctionnaires, qui déclarent avoir été victimes de discrimination dans le cadre du travail, de la promotion au niveau de l'ONU, prétendent que le racisme est un phénomène très répandu au sein de l'organisation.
Selon eux, la discrimination, particulièrement, à l'endroit des employés noirs, dure depuis longtemps, mais la situation s'est aggravée ces dernières années avec la nomination d'un africain d'origine ghanéenne, Kofi Annan, comme secrétaire général.
"Nous voulons que l'ONU règle ce problème et arrête de nier", a déclaré Gomes, dont le contrat qui a commencé depuis 1989, a été interrompu dix ans après dans des circonstances douteuses.
Gomes soutien que la discrimination a commencé à son encontre lorsqu'il avait fait une demande pour un poste P3 qui lui a été refusé contre un poste P2 "parce que je suis africain".
La promesse de lui octroyer le grade de P3 après deux ans de service n'a été honorée qu'en 1999.
Il estime avoit été affecté tour à tour dans les différents services du département d'Information Publique dans le seul but de lui refuser une promotion.
Cependant, son problème avait pris une autre tournure en 1998, lorsque sa famille était coincée par la guerre qui avait éclaté dans son pays natal.
Lorsqu'il était allé rechercher sa famille déplacée à cause de la guerre, Gomes dit, avoir été enlevé pendant cinq mois durant lesquels il a été torturé et plusieurs fois menacé à mort par des bandes armées.
Durant tout cette période de difficultés, dit-il, l'ONU n'a rien fait pour l'aider, et lorsqu'il est retourné au siège à New York, on lui avait signifié que son contrat ne sera pas renouvelé.
Ackom-Mensah, qui a travaillé pour l'ONU pendant dix-huit ans sans un contrat d'emploi permanent, rapporte que la dernière épreuve pour elle, remonte à la mission au Kosovo, où elle était affectée à des "postes de second plan", à cause de la couleur de sa peau.
"Maintenant, il est temps de dénoncer les injustices qui ont eu lieu au Kosovo", a-t-elle fait remarquer.
Son collègue africain de cette même mission, Yahya, déclare que le racisme au sein de la mission de Kosovo, qui avait pour objectif de promouvoir la tolérance, était ironique, ethnique.
Il a également précisé que tout allait bien au début de la mission, mais lorsque le premier chef de mission a été remplacé par une autre personne, "ce fût l'enfer".
Yayha déclare que la mission allait être dirigée sur une base raciste.
Alors que les personnes, qui ne sont pas d'origine européenne, étaient placées au niveau des services généraux, les blancs occupaient les plus hautes responsabilités.
Ainsi, dit-t-il, il a démissionné lorsque rien n'a été fait pour régler ces pratiques présumées racistes au sein de la mission.
Le Somalien a ajouté que le racisme était devenu une culture au niveau de l'ONU, mais que la plupart des agents ne veulent pas combattre cette injustice de peur d'être persécutés.
Lui et Gomes se sont engagés à utiliser tous les moyens qui sont à leur disposition pour, disent-ils, combattre la discrimination qui prévaut dans cette organisation mondiale.
Yahya promet d'expliquer le problème à l'ambassadeur américain auprès des Nations Unies, aux congressistes africains américains du Black Caucus et à l'Association nationale pour l'avancement des gens de couleurs, la plus grande organisation de défense des droits des noirs aux Etats-Unis.
Gomes, dont le dossier est maintenant sur le table du tribunal du personnel de l'ONU, appelle à la convocation d'urgence d'une réunion du personnel et de la direction pour débattre du problème de racisme au sein de l'organisation.
Il a également promis d'envoyer un représentant à la Conférence organisée par l'ONU "sur le Racisme, la Discrimination, la Xénophobie et l'Intolérance" qui s'ouvre le 31 juillet à Durban, en Afrique du Sud.
Même s'il y a eu des cas de dénonciations anonymes contre le racisme et la discrimination à l'ONU, c'est la première fois que des membres du personnel de l'organisation s'en prennent aussi ouvertement au système.
Selon les conclusions du rapport du Secrétariat Général, publié en début d'année, aucune preuve de discrimination n'a pu être établie, d'autant plus que l'ONU ne recrute, ni ne motive ou ne sanctionne sur une base raciale.

14 juillet 2001 19:10:00




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