Le processus politique en Libye otage des groupes armés

Tripoli, Libye (PANA) - Le bruit des armes ne se sont pas encore tus à Tripoli après six jours, continuant à terroriser les habitants abandonnés à eux-mêmes et impuissants face aux affrontements meurtriers entre groupes armés rivaux dont le comportement remet en question non seulement la stabilité et la paix dans le pays, mais compromet aussi le processus politique et la recherche d'une solution négociée assurant un avenir viable au pays.

La trêve arrachée grâce à la médiation de notables et chefs de tribus et l'intervention du Conseil présidentiel n'aura pas tenu 24 heures car les combats ont repris entre le Bataillon 7 et la Brigade des Thowars de Tripoli qui sont tous les deux des groupes armés sous tutelle des autorités de Tripoli.

Mais le président du Conseil présidentiel, Fayez al-Sarraj, a annoncé jeudi que le Bataillon 7 avait été dissous depuis avril dernier sur décision du gouvernement d'union nationale.

Ne pas trop se fier aux appellations de Bataillon et Brigade qui ne reflètent en rien une organisation militaire proprement dite, car les images de combats retransmises sur les télévisions et les réseaux sociaux montrent des jeunes âgés d'à peine vingt ans, issus des deux camps, habillés en civil et armés de Kalachnikov ou de fusil RPG.

Ils sont des centaines, mais seuls quelques dizaines représentent un poids réel et disposent d'équipements et d'un arsenal diversifié; les groupes armés et milices se sont exercés au maniement des armes et au combat lors de la révolution du 17 févier 2011 où un conflit armé de huit mois a éclaté avec les troupes du colonel Mouammar Kadhafi.

Dans le sillage de l'effondrement des institutions de l'Etat libyen, des organes de sécurité et de l'armée, les nouvelles autorités, depuis le renversement de l'ancien régime, se sont attaché les services des groupes armés pour le maintien de l'ordre et la sécurisation des bâtiments publics et sites stratégiques, les payant gracieusement à coups de millions de dinars.

Les différentes tentatives menées par les gouvernements successifs en Libye depuis 2011 pour intégrer les combattants dans l'armée et la police ont été voués à l'échec; les "Thowars" (Révolutionnaires), ex-rebelles, refusent de désarmer, ayant pris goût à l'argent et se réjouissent de la puissance que leur procure le port d'armes.

Ils s'adonnent parfois à l'intimidation et au racket de responsables des entreprises publiques et financières, à l'instar de ce qui arrivé à la Libyan Insvestment Authority (LIA).

Véritables maîtres sur le terrain, ces groupes et milices armés sont allés jusqu'à défier les différentes autorités. Connues pour leur indiscipline, ces formations n'en font qu'à leur tête et sont accusées par les Libyens de maintenir l'insécurité et le chaos, ainsi que de servir d'obstacle à la formation d'une armée nationale unifiée.

Nabil al-Mahjoub, universitaire libyen, a affirmé que "tant que ces groupes armés existent, il ne peut pas y avoir de construction d'un véritable Etat en Libye", assurant que "les groupes armés ne cesseront de le (l'Etat) déstabiliser en refusant d'exécuter la volonté des autorités".

Evoquant l'actuel processus politique mené sous l'égide des Nations unies et qui prévoit des élections générales en décembre, M. Mahjoub a affirmé que "la présence des groupes et milices armés compromet la mise en œuvre de ce plan d'action", rappelant que "certains parmi les groupes armés sont manipulés par des hommes politiques et des tribus qui les font agir lorsqu'ils sentent leurs intérêts menacés".

Pour Salem Seghair, cadre dans une administration publique, "la Mission des Nations unies en Libye devrait, en collaboration avec la communauté internationale, mettre en œuvre un programme de désarmement et d'insertion des Thowars (ex-rebelles), soit en les intégrant l'armée, soit en faisant une reconversion dans une activité civile après avoir subi une formation".

Selon lui, "aucune paix durable ne peut être construite, ni une démocratie véritable instaurée en Libye tant que les groupes armés ne seront pas désarmés". La prolifération des armes parmi les citoyens alimente l'insécurité, tout comme la présence des groupes armés  représente un obstacle majeur pour la reconstruction d'une nouvelle Libye à laquelle aspirent tous les Libyens, a-t-il souligné.

On rappelle que quelque 23 millions d'armes circulent en Libye, la plupart en provenance de l'arsenal de l'ancien régime, mais aussi l'entrée d'armes de l'étranger, en dépit d'un embargo imposé depuis 2011 par le Conseil de sécurité de l'ONU.

En outre, le plan d'action de paix de l'Envoyé spécial des Nations unies en Libye, Ghassan Salamé, prévoit d'impliquer les chefs des groupes armés dans le dialogue lié au processus  politique dans le pays. Aucune initiative n'a été prise dans ce sens, même si des arrangements sécuritaires sont contenus dans l'Accord politique de Sikhrat et qui n'ont pas montré leur efficacité, notamment à Tripoli où les affrontements armés éclatent régulièrement entre groupes armés rivaux.

Une conférence nationale inclusive est prévue dans le plan onusien et s'est déroulée jusqu'à présent dans différentes régions du pays sans concerner directement les chefs des groupes armés.

Toutefois, des voix en Libye pensent que la question des groupes armés et de leur désarmement peut être reléguée en seconde phase car l'urgence réside dans la mise en place d'institutions démocratiques pour la construction d'un nouvel Etat.

Cette position est partagée par les partisans de l'organisation des élections générales comme mentionnée dans l'engagement de Paris pour décembre prochain afin de doter le pays d'une nouvelle majorité légitimée par le peuple via les urnes.

Ce camp estime que l'adoption de la future constitution et l'élection d'un nouveau Parlement et d'un président permettront à la Libye de franchir une étape importante sur la voie de l'ancrage de la démocratie et de l'alternance pacifique au pouvoir.

Les problèmes, qui persistent aujourd'hui au niveau du Parlement libyen qui n'arrive pas tenir une plénière pour effectuer les amendements nécessaires et adopter la loi référendaire afin de baliser la voie à l'organisation d'élections générales dans le délai qui leur est imparti, compromettent sérieusement l'agenda politique du pays et perpétue la crise politique.

Les affrontements de Tripoli ont apporté de l'eau au moulin des partisans du règlement d'abord des questions en suspension comme celles de la prolifération les armes et la réconciliation nationale avant de passer aux élections.

Pour les observateurs de la scène politique libyenne, il est possible d'installer une nouvelle légitimité issue des urnes qui sera forte et capable de s'atteler aux problèmes liés à la réconciliation, au désarmement et à la dissolution des groupes armés, sur la voie de l'édification d'un nouvel Etat en Libye.
-0-PANA BY/BEH/SOC 31août2018

31 Agosto 2018 17:33:27




xhtml CSS