Le président tunisien, Marzouki, apporte un nouveau dynamisme au sommet de l'UA

Addis-Abeba, Ethiopie (PANA) - En accord avec la révolution qui a chassé Zine Abidine Ben Ali du pouvoir en Tunisie, le nouveau président de ce pays s'est présenté au 18ème Sommet des chefs d'Etat africains, à Addis-Abeba, dimanche, sans les signes extérieurs du pouvoir.

Vêtu simplement, Moncef Marzouki, s'est aussi déplacé librement, se passant des services des gardes dont le badge portant l'inscription "sécurité armée" fait comprendre clairement qu'on ne doit pas les approcher quand ils accompagnent les délégations officielles.

"Je ne souhaite pas du tout ressembler à Ben Ali. Le peuple tunisien s'attend à ce que ses nouveaux dirigeants réussissent sans ce qui a fait échouer les précédents", a déclaré le président Marzouki.

Même lors d'un rendez-vous prévu avec la presse, il est arrivé dans une salle à moitié vide avant beaucoup de journalistes, rompant ainsi avec la pratique qui veut que les journalistes attendent longtemps les dignitaires.

Le discours du président Marzouki au sommet était également dépourvu des platitudes diplomatiques habituelles et a apporté une nouvelle forme de dynamisme sur le débat sur le "Printemps arabe".

Il a déclaré au sommet que les Tunisiens ont mené une "révolution civilisée sans aucun dirigeant", se donnant ainsi l'occasion unique dans une vie de créer leurs nouvelles institutions de gouvernance.

"Elle (la révolution) a transmis au monde le message que le peuple n'accepterait plus jamais la dictature. Toutes les régions ont reçu ce message. La révolution va détruire toute institution qui s'opposera à elle", a-t-il soutenu.

En rejetant les arguments intéressés de son prédécesseur pour justifier la non-ratification par la Tunisie des traités de l'UA, le nouveau président a annoncé l'intention de son pays de ratifier tous les 42 traités, dont seulement la moitié ont été ratifiés et appliqués depuis les années 60.

Il s'est également démarqué des partisans de la non-ingérence dans les affaires des autres Etats membres de l'UA, en annonçant l'intention de la Tunisie de jouer un rôle de premier plan dans le maintien de la stabilité dans la région du Maghreb et au-delà.

"La Tunisie va jouer un rôle dans la revitalisation de la région du Maghreb. Elle va s'assurer que le Maroc revienne à l'UA. Elle va mettre fin à la confrontation au Mali et au Sénégal", a-t-il déclaré.

A l'endroit des autres pays africains, le président Marzouki  a annoncé son intention d'ouvrir les structures d'enseignement tunisiennes à tous les Africains et a promis un partenariat avec l'Afrique.

"Nous devons faire de notre mieux pour mériter cet honneur. Nous sommes fiers de vivre sur le continent berceau de l'humanité", a-t-il déclaré dans son bref discours.

Lors de sa rencontre avec la presse, en marge du sommet, le président Marzouki a déclaré que le chômage était le principal problème de la Tunisie après la révolution.

"Il y a d'énormes attentes du peuple. Le problème est que nous sommes en mesure de leur assurer des emplois, car la situation économique en Tunisie dépend de la relance des marchés libyens. Nous espérons que la stabilité apportera des investissements étrangers d'ici 2013/2014", a-t-il souligné.

"Notre priorité est le chômage, le chômage, le chômage", a-t-il répété.

En un peu plus de 30 jours au pouvoir, le nouveau dirigeant tunisien s'est identifié à la révolution en proposant de vendre les luxueuses villas présidentielles pour régler le problème du chômage des jeunes.

Il a également parcouru son pays sans les cortèges officiels habituels et a surpris les villageois de Bizerte, à 50 km de Tunis, quand il a rendu visite à une famille ayant perdu un de ses membres durant la révolution.

Les villageois se sont rapidement rassemblés pour le féliciter après qu'il se soit présenté lui-même aux membres de cette famille, choquée de voir leur nouveau dirigeant négliger le confort dû à son rang.

Dans la foulée des exigences des révolutionnaires, le président Marzouki a déclaré qu'il fallait que son prédécesseur soit jugé dans son pays pour divers crimes, dont celui de blanchiment d'argent.
-0- PANA AO/SEG/JSG/IBA  30jan2012

30 janvier 2012 11:19:07




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