Le préfet français de Mayotte s'en prend aux Comoriens

Saint-Denis- La Réunion (PANA) -- Le préfet de Mayotte, l'île française de l'archipel des Comores, s'en est pris violemment contre les Comoriens les accusant "d'envahir" Mayotte et de "violer" les maisons des Mahorais, provoquant la stupéfaction d'un journal réunionnais.
Dans une interview parue en deux parties lundi et mercredi dans le Quotidien de La Réunion, le préfet de Mayotte Jean-Jacques Brot, qui s'exprimait sur l'incendie criminel non élucidé il y a deux semaines des paillotes de ressortissants comoriens dans l'île, s'en est pris violemment à l'immigration clandestine des Comoriens qu'il a qualifiée d"'invasion migratoire qui sape les efforts de développement de Mayotte".
Ce discours a choqué le journal réunionnais qui, dans un commentaire dans son édition de jeudi, qualifie les propos du haut fonctionnaire français de "racistes" et "xénophobes".
Le préfet de Mayotte a estimé que l'immigration clandestine des Comoriens, issue principalement de l'île voisine d'Anjouan, "est littéralement le viol de notre maison par des gens qui n'ont rien à y faire.
Et qui, non seulement n'ont rien à y faire, mais il y a 30 ans ont considéré que la France était bonne à jeter".
Selon le préfet de Mayotte "l'invasion migratoire contrarie, non, le mot est trop faible, s'oppose ou viole notre hospitalité, viole notre souveraineté, viole la liberté exprimée dans les urnes en 1974".
"Nous faisons face à une invasion migratoire.
Je pèse mes mots et qui ne sont pas politiquement corrects.
C'est une invasion migratoire qui prive nos compatriotes français, les Mahorais, du choix pour la France qu'ils ont librement exprimé", a poursuivi le préfet.
Il a également estimé qu'il faut se débarrasser du "complexe de culpabilité néo-coloniale" vis à vis des Comores, dans une autre interview parue mercredi dans le même journal.
"Encore une fois, la France n'a plus aucune responsabilité aux Comores.
L'histoire est injuste mais c'est l'histoire.
On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre", a ajouté le préfet affirmant que "la coopération est une chose, la solidarité nationale s'en est une autre".
"L'immigration clandestine ne doit pas être uniquement appréciée du point de vue de Mayotte", a-t-il ajouté.
"Mayotte est une porte d'entrée sur La Réunion et sur la métropole (France)", a-t- il dit, jugeant que "le trafic de faux papiers aux Comores est un sport national".
Selon Jean-Jacques Brot, "l'immigration clandestine, c'est au moins 45.
000 personnes à Mayotte alors qu'il y a environ 10.
000 étrangers en situation régulière" et qui "sont les bienvenus".
"L'immigration clandestine concerne à peu près une personne sur quatre", a-t-il ajouté.
"La France n'a aucun intérêt stratégique, ni économique, à Mayotte.
Le seul intérêt, c'est un intérêt de cour parce que c'est la parole donnée à des gens qui, quatre fois, ont demandé à rester français", a-t-il encore déclaré.
Les Comores ont obtenu leur indépendance en 1975 alors que Mayotte, une des quatre îles de l'archipel a choisi de rester française lors d'un référendum en 1974.
Depuis cette date, la France et les Comores se disputent, à fleuret moucheté au sein des Organisations internationales et régionales, leur souveraineté sur l'île.
Avec le développement économique de l'île Mayotte dont le niveau de vie ne cesse de progresser avec les transferts financiers de la France, les habitants des autres îles, Grande Comores, Anjouan et Mohéli voient en cette petite île sous perfusion de la France, un eldorado artificiel fuyant la crise politique et séparatiste que connaît l'Union des Comores depuis son indépendance.
Mayotte et son statut sont, selon beaucoup d'observateurs comoriens, parmi les causes de cette instabilité chronique comorienne.

13 novembre 2003 08:23:00




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