Le nombre de conflits armés non internationaux a plus que doublé depuis le début du siècle, selon une étude du CICR

Genève, Suisse (PANA) - Le nombre de conflits armés non internationaux a plus que doublé depuis le début du siècle, selon les données du Comité international de la Croix-rouge (CICR).

Il y a non seulement davantage de conflits, mais aussi davantage de parties impliquées. On a vu apparaître plus de groupes armés au cours des six dernières années que lors des six précédentes décennies.

Conséquence: des risques plus élevés pour les civils et des défis plus importants pour les humanitaires.

Y a-t-il une solution ? Une nouvelle étude du CICR publiée aujourd’hui sous le titre "The Roots of Restraint in War" (les racines de la retenue dans la guerre) vise à mieux comprendre les dynamiques changeantes qui prévalent sur les champs de bataille. Elle apporte de nouveaux éléments démontrant que le dialogue avec les groupes armés peut produire des résultats positifs, tant pour les civils que pour les humanitaires.

Le CICR s’efforce de nouer le dialogue avec toutes les parties engagées dans un conflit pour obtenir l’accès aux populations qui ont besoin d’une assistance humanitaire et pour faire en sorte que les règles de la guerre soient respectées. Vu le nombre croissant de groupes décentralisés présents sur les théâtres de conflit - souvent liés entre eux par des alliances versatiles -, il devient de plus en plus difficile, mais pas impossible, d’établir un dialogue avec toutes les parties et d’exercer une influence sur elles.

"Notre étude démontre que les formations sur le droit international humanitaire continuent de faire une réelle différence sur le champ de bataille", déclare Fiona Terry, l’une des auteurs. "L’étude met aussi en évidence la vaste typologie d’influences extérieures qui agissent sur les porteurs d’armes et montre que des normes informelles peuvent également avoir un effet important sur le comportement des acteurs en période de conflit. Ce type de recherche aide le CICR à atteindre ses objectifs humanitaires de manière plus efficace et efficiente", a-t-il poursuivi.

Quelques données sur les théâtres de conflit contemporains:

• Seul un tiers des conflits en cours aujourd'hui n'implique que deux parties. Près de la moitié de tous les conflits (44 %) voit s'opposer entre trois et neuf forces antagonistes, tandis qu'un quart des États en conflit compte plus de dix parties qui combattent sur leur territoire.

• À la fin de la guerre en Libye (octobre 2011), 236 groupes armés distincts étaient présents rien que dans la ville de Misrata. La Fondation Carter a recensé plus de 1.000 groupes armés actifs en Syrie en 2014.

• Une part importante des conflits contemporains (40 %) implique des groupes djihadistes. Il convient, par ailleurs, de noter que la grande majorité des interventions étrangères est dirigée contre des groupes djihadistes.

L’étude "The Roots of Restraint in War" s’appuie sur des analyses, des enquêtes et des entretiens menés auprès de forces et de groupes armés, notamment les forces armées australiennes et philippines, des groupes islamistes tels que Ansar Dine au Sahel, des éleveurs armés au Soudan du Sud ou les FARC-EP en Colombie. Elle comprend le premier sondage jamais réalisé auprès de combattants actifs appartenant à des forces armées étatiques sur des questions concernant le droit international humanitaire, l’éthique au combat et la conduite à l’égard des civils en période de conflit.

L’étude constate que dans les environnements changeants propres aux conflits actuels, il est possible d’exercer une plus grande influence sur les groupes armés en comprenant comment ceux-ci instaurent en leur sein une culture de retenue. Les groupes commerciaux, religieux ou communautaires peuvent être des sources d’influence à cet égard.

L’étude relève également qu’il ne devrait pas être illégal d’interagir avec des groupes d’opposition armés. En démontrant que des acteurs extérieurs peuvent influencer le comportement des groupes armés, elle conclut que le fait de sanctionner les organisations humanitaires et les communautés locales qui interagissent avec ces groupes va à l’encontre des efforts déployés pour renforcer le respect des normes humanitaires.

"Si les règles de la guerre étaient mieux respectées, les souffrances des populations seraient moins grandes dans les situations de conflit. Cette étude fournit des éléments concrets sur les facteurs qui favorisent la modération et contribuent à prévenir les violations", déclare Peter Maurer, président du CICR. "Elle donne des pistes que le CICR et d’autres acteurs peuvent suivre pour faire en sorte que les principes essentiels du droit international humanitaire soient ancrés dans l’ADN de tous les membres des forces armées et des groupes armés".
-0- PANA MA/NFB/BEH/IBA 19juin2018

19 juin 2018 13:15:51




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