Le Sud libyen entre les rivalités tribales et les enjeux de la contrebande

Tripoli, Libye (PANA) - Les affrontements armés meurtriers à Sebha (800 km sud de Tripoli) ayant fait plus d'une dizaine de morts lors des dix jours d'affrontements armés, révèlent l'insécurité endémique et récurrente dans le sud libyen en proie aux rivalités entre tribus et les luttes acharnées pour le contrôle du vaste et florissant trafic et de la contrebande dans cette région frontalière libyenne.

Une situation qui contribue à accroître l'insécurité dans le pays en proie au chaos depuis plus de sept ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi et avec lui toutes les structures et organes de l'Etat.

Les combats ces derniers jours à Sebha ont opposé la tribu des Ouled Sleiman à celle des Toubous dans la ville qui a connu ce jeudi un calme précaire.

"Les Libyens des différentes composantes sont les perdants de la guerre dans le Sud", ont indiqué des dignitaires des différentes tribus du Sud qui ont tenté depuis ces derniers jours, une médiation entre les deux tribus belligérantes pour trouver un accord de cessez-le-feu.

Pour ces tribus, il y a l'existence d'une tierce partie agissant dans la région et voulant précipiter la perte des différentes parties, indiquant que cette partie comprend des extrémistes de l'organisation de Daech, en plus des éléments de l'extérieur de l'Etat libyen.

Elles ont souligné, par ailleurs, qu'il y a des pays qui ne veulent pas la stabilité du sud de la Libye, indiquant que la détérioration de la situation dans le Sud résulte de l'absence totale de l'Etat de cette région. La reprise des affrontements inter-tribaux dans le sud libyen témoigne de la consolidation du rôle de la tribu qui forme le socle des composantes sociales en Libye.

Toutefois, cette présence manque d'un atout majeur qui servait de régulation entre les membres de la société libyenne et permettait de baisser les tensions, à savoir, les médiations entre le tribus.

Pour Ahmed Absessalem, universitaire libyen, ce procédé ne présente plus la même efficacité qu'il avait à l'époque avant le révolution, en raison de la prolifération des armes et des affrontements meurtriers et autres arrestations arbitraires et assassinats collectifs qui ont endommagé le tissu social dans une même ville, donnant lieu à l'émergence d'intérêts égoïstes et à l'exacerbation des rivalités.

Bien que les tribus aient pu récemment réussir des médiations dans des conflits entre des villes et tribus, Abdessalem a reconnu que cela ne présente pas la même efficacité, soulignant que les rapports sont devenus plus complexes, chacun veillant à ses propres intérêts.

En effet, sous l'ancien régime et en situation normale, les mécanismes de médiation entre tribus étaient efficaces.

Au départ des hostilités, c'est souvent des rancœurs enfouies qui resurgissent entre membres des tribus ou des actes motivés par des vendettas qui sont à l'origine du déclenchement des hostilités entre tribus.

Mais au Sud, une région frontalière jouxtant cinq pays, à savoir, le Niger, le Tchad, l'Egypte, et l'Algérie, s'est developpe un gigantesque et florissant trafic en tous genres.

Des armes en provenance de l'arsenal laissé par les Brigades de Kadhafi font l'objet d'un trafic intense, tout comme la drogue et autres stupéfiants, ainsi que la traite des personnes et l'immigration clandestine.

De véritables gangs entretenant des rapports avec les tribus et les groupes terroristes sont établis dans cette région libyenne et contrôlent ce fructueux commerce diversifié qui rapporte   des centaines de millions de dollars, selon des estimations récentes.

Les groupes djihadistes, notamment Daech, s'activent dans la région après avoir été chassés de leurs bastions à Syrte et à Benghazi. Ils profitent de l'absence de l'Etat pour tenter de réorganiser leurs forces pour procéder à une forme de guérilla destinée à harceler les citoyens aux périphéries des villes en menant des attaques ponctuelles.

Profitant de la porosité des frontières, d'autres bandes de trafiquants se livrent à organiser les voyages des immigrés clandestins, un business très florissant dont le contrôle en Libye soulève des inquiétudes, aussi bien auprès des autorités libyennes que de leurs partenaires internationaux, notamment l'Italie et l'Europe, qui ont agi efficacement contre ce phénomène.

D'ailleurs, c'est dans ce sens que le commandement général des forces armées libyennes a, dans un communiqué du 8 mars 2018, demandé que tous les Africains présents dans le Sud du pays s'en aillent dans un délai de neuf jours, précisant que la décision a été prise dans le contexte des affrontements armés qui ont lieu dans la ville de Sebha.

Les forces armées libyennes, sous commandement du maréchal Khalifa Haftar, ont demandé aux expatriés africains en provenance des pays voisins de ne pas se laisser entraîner derrière les milices hors la loi et leur exploitation pour déstabiliser la sécurité et la stabilité du Sud.

Il a été également demandé à la main-d’œuvre africaine de quitter le territoire libyen immédiatement et de retourner dans leurs pays en leur donnant jusqu'au 17 mars, date limite de leur présence sur le territoire libyen.

Les forces armées libyennes ont également menacé dans leur déclaration qu'elles utiliseraient la force pour expulser les Africains par tous les moyens disponibles par voie aérienne et terrestre, s'ils ne respectaient pas la date limite.

Autres rivalités qui accentuent l'instabilité dans le sud libyen, c'est la concurrence que se font le Conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale et les forces de l'armée nationale qui tentent de prendre le contrôle du Sud.

Des renforts de deux parties ont été dépêchés sur les lieux, révélant l'ampleur des enjeux de contrôler cette région et des risques d'embrasement de la situation si une confrontation directe éclatait entre les deux camps.

Tant que les organes sécuritaires de l'Etat libyen ne seront pas unifiés pour imposer la volonté des autorités, le Sud libyen sera à la merci des rivalités qui le secouent.
-0-PANABY/BEH/SOC 09mars2018

09 mars 2018 18:33:11




xhtml CSS