Le Nigeria, la Gambie et la Mauritanie boudent toujours l'Accord de Partenariat économique avec l'UE

Dakar, Sénégal (PANA) - L’Accord de Partenariat Economique entre l’Afrique de l’Ouest et l’Union Européenne (APE)  est encore loin d’être effectif, l’étape de la signature par les Etats membres de CEDEAO étant incomplète.

A ce jour, 3 Etats (la Gambie, le Nigeria et la Mauritanie) sur 16 de l’Afrique de l’Ouest n’ont pas encore porté leurs signatures au bas du document approuvé de façon définitive en juillet 2014 par les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui l’avaient par la suite ouvert à la signature des Etats, avant d’être soumis aux différentes Parties, spécifiquement les Etats pour ratification.

L’APE a été négocié sous la configuration Région de l’Afrique de l’Ouest qui comprend les quinze Etats Membres de la CEDEAO (Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Liberia, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo), ainsi que la Mauritanie.

Pour la conduite du processus APE, la Conférence des chefs d’Etat et de  gouvernement de la CEDEAO a donné mandat au président de la Commission de la CEDEAO, en collaboration avec le président de la Commission de l’UEMOA, de conduire les négociations au nom des Etats. Un mécanisme de suivi de ces négociations est mis en place pour assurer la pleine implication des Etats et de leurs principaux acteurs.

L’accord régional couvre le commerce des marchandises et la coopération au développement. Il prévoit une clause de rendez-vous pour des négociations futures sur le commerce des services et sur les questions liées au commerce.

En 2015, la valeur des flux totaux du commerce entre l'Afrique de l'Ouest et l'UE était d’environ 56,5 milliards d'euros. A part les produits minéraux, l’UE importe de l’Afrique de l’Ouest « des produits alimentaires, boissons et tabac », tandis qu’elle exporte principalement vers celle-ci « les machines et les appareils ».

La balance commerciale de ce partenariat économique reste déficitaire pour l’Afrique de l’Ouest dont les importations en provenance de l’Union européenne se situent au-delà de 30 milliards d’euros, pour culminer en 2012 à plus de 40 milliards d’euros, tandis que les importations de l’Union européenne en provenance de l’Afrique de l’Ouest dépasse à peine 30 milliards d’euros.

Par ailleurs, l’Accord prévoit entre autres clauses, « l’Accès en franchise de droits et sans contingent au marché de l’UE pour toutes les importations en provenance de l’Afrique de l’Ouest »  et « l’ouverture progressive et asymétrique du marché ouest-africain aux biens en provenance de l’UE. L’Afrique de l’Ouest s’est engagée à libéraliser progressivement 75% des importations venant de l’UE sur une période de 20 ans".

Ces clauses constituent principalement les raisons du refus, notamment du Nigeria, de s’engager dans cet Accord, estimant que ces clauses auront des impacts économiques négatifs sur ses industries.

A l’époque de l’approbation par la CEDEAO de cet Accord CEDEAO-UE, le ministre nigérian de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Olusegun Aganga, affirmait que le Nigeria produisant déjà certaines des marchandises que l’UE a inscrites dans la clause de libéralisation, « à partir de 2025-2026, en fonction des articles inclus et exclus, il y a aura une perte significative de recettes pour le gouvernement, une perte d’emplois et d’investissements ».

« En tant qu’économie tributaire des importations, il serait contre-productif pour le pays d’ouvrir totalement ses portes aux importations, sans avoir en premier lieu développé son secteur industriel pour se mesurer à la concurrence mondiale », précisait le ministre nigérian.

Il faut rappeler que le contenu de l'Accord porte également sur la possibilité de modifier le calendrier de libéralisation convenu, selon les engagements tarifaires de l’Afrique de l’Ouest pour des besoins spéciaux en matière de politiques sectorielles communes; l’engagement de l’UE et de ses Etats membres à financer le Programme de l’APE pour le Développement (PAPED) sur une période au moins équivalente à la période de libéralisation du commerce des marchandises de l’Afrique de l’Ouest.

L'Accord prévoit aussi le maintien du mécanisme autonome de financement de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, en attendant la mise en place d’un nouveau mode; l’engagement de la Partie Union européenne à ne pas octroyer des subventions pour l’exportation des produits agricoles à destination de l’Afrique de l’Ouest; l’engagement à renforcer la coopération administrative et douanière pour faciliter le développement du commerce.

D’autres clauses, non moins importantes promettent des mesures de Défense commerciale pour protéger la production régionale, en cas de menaces dues à la libéralisation; le soutien aux politiques agricoles pour renforcer les secteurs agricoles et assurer la sécurité alimentaire; l’institution d’un dialogue sur les réformes fiscales et absorption de l’impact fiscal net découlant de la libéralisation.
-0- PANA SSB/IBA 24juin2016

24 juin 2016 13:18:45




xhtml CSS