Le Libyen ne peut être polygame sans l'accord de son épouse

Tripoli- Libye (PANA) -- "Il faut être fou pour prendre une deuxième épouse en Libye".
Cette opinion est largement partagée par les Libyens, depuis l'adoption, il y a dix huit ans, de la loi "10".
Cette loi jusqu'ici largement décriée par la gente masculine, fait de l'accord de la première épouse, une condition obligatoire pour une deuxième mariage dans ce pays pourtant traditionnellement attaché, au plan social, aux coutumes arabo- musulmanes.
Selon cette loi adoptée par les congrès populaires libyens (la plus haute instance du pouvoir libyen) mis en place avec l'avènement de la révolution, l'accord ne peut être sollicité que dans des cas strictement définis, dont en particulier, la stérilité médicalement établie ou une maladie incurable de la première épouse, dûment attestée par trois médecins.
Mieux encore, en cas de divorce à la demande du mari, son patrimoine, à commencer par sa maison et la plus grande partie de son salaire, reviennent automatiquement à la femme répudiée.
Naguère, l'homme libyen, comme dans la plupart sinon toutes les sociétés arabo-musulmanes ayant interprété les préceptes du Coran et les lois célestes dans l'unique intérêt des hommes, pouvait répudier sa femme, la battre sans craindre des poursuites judiciaires.
Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Le Coran, le livre saint des musulmans, a beau autoriser la polygamie, les conditions à remplir pour épouser une seconde femme sont presque impossibles si l'on fait une bonne interprétation des versets coraniques commentent les militantes libyennes qui se savent largement appuyées par leur Guide.
"Craignez votre seigneur qui vous a créées à partir d'un seul être" verset (1).
"Si vous craignez d'être partiaux que ce soit alors une seule épouse", verset (3) Sourate IV [les femmes].
Les textes coraniques sont claires selon elles.
Mais leur interprétation n'avait malheureusement servi jusqu'ici que les intérêts des seuls hommes.
Avec l'avènement du Colonel Mouammar Kadhafi qui a déclenché la révolution en 1969 contre l'injustice sous toutes ses formes, sociale, politique et économique, la femme libyenne a commencé à se libérer du carcan des traditions aveugles, contraires à la religion islamique.
Le guide libyen s'est en effet livré à un dur combat de plus de deux décennies pour détruire les liens et les contraintes sociales qui étouffaient la femme libyenne.
Il s'est alors lancé dans une véritable bataille pour réaliser l'émancipation de la libyenne tout en veillant cependant à ne pas remettre en question les recommandations de la Charia islamique.
A l'occasion de la journée mondiale de la femme, l'association de bienfaisance "Aïcha" a organisé le week-end dernier une conférence axée sur les entraves et les contraintes qui continuent à étouffer la liberté de la femme malgré les différentes options du dirigeant libyen pour son émancipation.
Selon, les différentes études menées au cours de la décennie écoulée, on est encore loin, en Orient comme en Occident, de parvenir à une véritable émancipation de la femme tant que cette dernière reste éloignée des "lieux de prise de décision".
La conférence a été axée sur d'autres aspects tels que la loi sur la nationalité, l'état civil, le statut ou encore le code pénal.
Elle s'est attelée à l'examen des lois en vigueur en Libye qui continuent à serrer l'étau autour de la liberté de la femme, parmi lesquelles celle sur la nationalité.
Selon la responsable du comité juridique de l'association de bienfaisance "Aïcha", le professeur Moufida Gaddafi, l'ONG libyenne cherche à attirer l'attention des "décideurs sur la nécessité d'amender la loi sur la nationalité pour que les fils de la veuve ou de la femme libyenne divorcée d'un étranger, puissent bénéficier à sa guise de la nationalité libyenne.
Mme Mofida a expliqué qu'en fonction de cette mesure, la Libyenne mariée à un étranger serait plus en sécurité en sachant que ses enfants ne seraient plus considérés comme des étrangers et pourraient bénéficier de la gratuité de l'enseignement et de la santé, de même que des autres facilités automatiquement accordées aux Libyens.
La responsable du comité juridique de l'ONG libyenne a estimé d'autre part, que la loi libyenne sur le travail, qui a accordé les mêmes droits aux hommes et aux femmes, devrait également, dans le cadre de l'émancipation de la femme, prendre en considération la nature physique de la femme et lui accorder d'autres avantages tel que l'augmentation du congé payé de l'accouchement de 30 à 45 voire 60 jours.
La conférence s'est également intéressée au code pénal libyen qui fait une sorte de discrimination entre l'homme et la femme.
Selon l'avocate libyenne, Aïcha Abou Jomaa, les femmes libyennes sont appelées à militer en faveur de l'amendement du code pénal dans leur pays.
Le code pénal libyen considère qu'un homme qui surprend sa femme avec un autre homme et la tue, agit en légitime défense, tandis qu'une femme qui tue son époux dans un cas similaire ne bénéficierait pas des mêmes circonstances atténuantes.
L'avocate libyenne a expliqué d'autre part que le code pénal libyen devrait également prendre en considération la situation des femmes qui ont déjà purgé une peine de prison.
Selon elle, la condamnation devrait immédiatement disparaître de la fiche judiciaire de la femme condamnée pour lui permettre de se repentir, de réintégrer la société et de trouver du travail.
Ainsi, si la femme libyenne, grâce à la complicité du colonel Mouammar Kadhafi, a pu réaliser plus de progrès dans son émancipation, comparée à la plupart de ses soeurs des pays voisins, la route demeure encore très longue devant elle pour gagner sa liberté totale tout en restant fidèle aux principes de sa religion.

14 مارس 2002 17:05:00




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