Le Ghana présente un opposant au secrétariat de la CEDEAO

Accra- Ghana (PANA) -- Le gouvernement ghanéen a désigné contre toute attente un membre de l'opposition comme son candidat au poste de secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
Les observateurs politiques ont indiqué que le président John Agyekum Kufuor a dû surprendre les Ghanéens quand il a annoncé qu'il soutenait la candidature de l'ancien vice-ministre des Affaires étrangères Mohamed Ibn Chambas au poste de secrétaire exécutif de la CEDEAO.
Mais, souligne-t-on à Accra, le président ghanéen a porté son choix sur M.
Chambas, 50 ans, en raison de sa grande expérience qui devrait lui permettre d'être désigné face à ses concurrents gambien et béninois.
Alban Bagbin, le chef de l'opposition parlementaire ghanéenne a indiqué que le choix de M.
Chambas était dans "l'intérêt suprême du pays".
"Il est temps que l'Afrique de l'Ouest anglophone accède à ce poste et il serait avisé que tous les Ghanéens soutiennent le candidat Chambas", a-t-il dit.
M.
Chambas, un diplomate avisé, se montre confiant et pense qu'il sera désigné par les chefs d'Etat de la CEDEAO lors de leur sommet annuel à la fin de l'année à Bamako au Mali, pour succéder au Guinéen Lansana Kouyaté.
Il est fort probable que le candidat ghanéen a déjà reçu le soutien du géant de l'Afrique de l'Ouest, le Nigeria.
Il a déclaré à l'Agence ghanéenne de presse que les dirigeants de la sous-région avaient reconnu son expérience sur le plan diplomatique et ses talents de négociateur s'agissant de la résolution des problèmes de la région lorsqu'il occupait le poste de vice-ministre des Affaires étrangères de son pays.
"J'étais pleinement impliqué dans les efforts de médiation au Liberia et j'ai participé directement aux négociations qui ont débouché sur les accords qui ont mis fin à la guerre civile libérienne", a dit M.
Chambas.
"J'ai également été membre du Groupe ministériel d'action du Commonwealth (CMAG), qui s'est attelé à faciliter la transition vers un régime constitutionnel et démocratique au Nigeria, en Sierra Leone et en Gambie", a ajouté M.
Chambas, qui est optimiste quant au soutien que devraient lui accorder les chefs d'état de la CEDEAO.
Il a fait savoir qu'il a une vision claire de cette Communauté de 15 nations, qui a été confrontée à une série de conflits civils sanglants et de crises politiques, qui ont détourné l'attention des dirigeants de son principal objectif qui est l'intégration économique.
M.
Chambas préconise une devise forte pour la CEDEAO, par le biais d'une promotion accélérée de l'intégration des devises dans la sous-région, qui compte actuellement huit monnaies, dont une seule - le CFA utilisé par l'Afrique de l'Ouest francophone - est forte.
Il a déclaré qu'une monnaie forte était importante pour la sous-région pour la réalisation dans les plus brefs délais de ses objectifs économiques.
"Je mettrai l'accent sur cette approche accélérée conçue pour permettre au pays non membres de l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) de se mettre au même niveau que leurs homologues de la zone CFA.
"Les pays de l'UEMOA avec leur monnaie commune, le franc CFA, ont fait preuve d'une grande discipline dans la gestion de leurs politiques fiscales et monétaires", a souligné M.
Chambas.
Dans le cadre d'un mécanisme élaboré par la CEDEAO, cinq pays, la Gambie, le Nigeria, la Sierra Leone, la Guinée et le Liberia, vont devoir s'atteler à harmoniser leurs monnaies comme la première étape vers une devise commune.
M.
Chambas a indiqué qu'un autre domaine qu'il fallait renforcer et élargir était l'étendue des interactions entre les peuples de la sous-région.
Il s'agit, selon lui, d'amener les femmes, les étudiants, les organisations agricoles et industrielles, à accepter le concept de la Communauté et à travailler à sa réalisation.
"Bien que nous ayons réalisé certaines choses dans le cadre de l'Accord sur la libre circulation, les commerçants et les simples voyageurs sont toujours confrontés à plusieurs obstacles, ce qui constitue une véritable honte", a-t-il déploré.
Il a souligné qu'avant la création de frontières artificielles, les ressortissants d'Afrique de l'Ouest se déplaçaient librement, insistant sur le fait que le plus grand défi à relever était que le peuple s'attelle à faire tomber ces barrières.
M.
Chambas a en outre évoqué l'Accord de Cotonou sur l'approche de l'Union Européenne des projets régionaux et de l'intégration, et a déclaré que s'il y avait un marché africain unique il serait plus simple et plus opportun pour l'Union de traiter avec une région avec un marché commun et une monnaie unique.
"Je pense que si nous nous attelons à la réalisation du Marché Commun de l'Afrique de l'Ouest et d'une monnaie unique nous allons tirer le maximum de bénéfices de l'Union européenne", a-t-il ajouté.
Membre éminent de la Commission d'enquête parlementaire sur les Affaires étrangères et du ministère des Affaires étrangères du cabinet fantôme du parti d'opposition, National Democratic Congress (NDC), M.
Chambas peut se vanter d'avoir un profil impressionnant.
Il a eu sa première expérience parlementaire en tant que député du premier Parlement de la Quatrième République du Ghana (1993-96) et a été le premier vice-président du Parlement ghanéen de janvier 1993 à mars 1994.
Au cours de la même période, il a présidé la Commission parlementaire des Affaires étrangères.
M.
Chambas est entré pour la première fois dans le gouvernement en 1987 en tant que secrétaire d'Etat adjoint aux Affaires étrangères et a été membre des délégations présidentielles dans de nombreux pays tels que les Etats-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, la France, la Malaisie, le Nigeria et le Zimbabwe.
Il a aussi conduit des délégations du Ghana à plusieurs conférences dont celles de l'OUA et de la CEDEAO.
Entre 1997 et 2000, M.
Chambas a occupé le poste de ministre délégué à l'Education chargé de l'Enseignement Tertiaire, qui a sous sa tutelle les cinq universités du Ghana et 10 écoles polytechniques.
Il est titulaire d'un diplôme en sciences politiques de l'Université du Ghana, Legon, d'une maîtrise et d'un Ph.
D.
de l'Université de Cornell, Itachan de New York.

27 juillet 2001 18:15:00




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