Le Clergé catholique revendique le droit d’ingérence face à l’impasse politique au Burundi

Bujumbura, Burundi (PANA) - Les Archevêques de tous les huit diocèses catholiques du Burundi estiment, dans une déclaration commune, dont une copie est parvenue lundi à la PANA, que «face à l’impasse politique» du moment dans le pays, il leur incombe d’être «attentifs au bien commun et d’exercer le droit d’élever la voix pour interpeller ceux qui ont le pouvoir de décision».

Les signataires de la déclaration sont les Archevêques des diocèses de Muyinga (Nord-Est), Mgr Joachin Ntahondereye, Evariste Ngoyagoye de Bujumbura, la capitale du Burundi, Simon Ntamwana, de Gitega (Centre), Gervais Banshimiyubusa, de Ngozi (Nord), Venant Bacinoni, de Burundi (Sud-Ouest), Bonaventure Nakimana, de Rutana (Sud-Est), Burasiyo Nahimana, de Ruyigi (Est) et Georges Bizimana (Ouest).

«Rien ne nous est indifférent, que ce soit en matière de politique, d’économie, de travail, de droit ou de culte», s’engagent à fond les signataires.

En politique, la déclaration dépeint un paysage où les «mésententes ont fini par dégénérer en suspicions, en exclusions mutuelles, en chasse à l’homme et en assassinats», depuis la crise politique autour des élections générales controversées et émaillées de violences de 2015.

Sur le plan social, le puissant lobby religieux plaide la cause des compatriotes qui ont été forcés à quitter leurs biens pour chercher refuge à l’étranger où ils vivent dans des conditions «malheureuses».

On n’oublie pas dans l’opinion que la puissante église avait influencé, pour beaucoup, la chute du pouvoir jugé «autoritaire» de l’ancien président burundais des années 1980, Jean Baptiste Bagaza, et une influence toujours grande dans la vie politique nationale.

L’on doit également à l’église catholique du Burundi, le retour à la légalité constitutionnelle au lendemain du putsch militaire de 1993, grâce à sa médiation.

La même déclaration indique que parmi les déplacés forcés de la nouvelle crise burundaise, figurent aussi bien des politiciens que des membres des forces de l’ordre et de sécurité, des opérateurs économiques et des responsables de différentes organisations de la société civile.

A cause de cette situation, la déclaration relève que «notre pays est en train de perdre énormément dans tous les secteurs de la vie nationale».

Or, «que ce soit ceux qui sont au pouvoir ou ceux qui cherchent à le conquérir, et même tous les Burundais, ce sont des voyageurs qui partagent la même route, ils ont besoin chacun de l’apport de l’autre», tempère la déclaration.

Pour sortir de l’impasse politique du moment, l’église catholique du Burundi montre le chemin du dialogue «inclusif qui doit être privilégié pour l’intérêt supérieur de la nation et en vue de barrer le chemin à tous ceux qui voudraient emprunter la voie de la guerre».

La déclaration concède qu’un dialogue inter-burundais a été organisé à l’intérieur du pays, "cependant, il n’a pas rassuré tout le monde».

Et puisqu’il existe un autre dialogue destiné à se tenir à l’extérieur, « là où même ceux qui sont en exil peuvent facilement se rendre, il est bon que tous les concernés soient conviés et y prennent part afin de trouver des solutions adéquates à cette situation d’impasse que vit notre pays», suggère le Clergé burundais.

Le dialogue extérieur, qui a également la faveur de la communauté internationale, est facilité par l’ancien Président de la Tanzanie, Benjamin William M’Kapa, mandaté par la Communauté d’Afrique de l’Est.

La déclaration rappelle les questions importantes qui ont été déjà identifiées par le Médiateur tanzanien, notamment celle de la révision de la Constitution qui devrait être discutée et trouver des solutions selon l’esprit de la réconciliation des Burundais qui a marqué l’accord d’Arusha.

Cet accord d’août 2000, dans la ville tanzanienne d’Arusha, avait mis fin à la guerre civile des années 1990 et mis en place un mécanisme d’un partage plus équitable du pouvoir entre les différentes composantes politiques et ethniques longtemps antagonistes au Burundi.
-0- PANA FB/IS/SOC 11sept2017

11 septembre 2017 18:08:09




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