Le Cameroun utilise la loi anti-terroriste pour faire taire la presse critique, selon le Cpj

Yaoundé, Cameroun (PANA) - Selon un rapport du Comité pour la protection des journalistes (Cpj) publié ce mercredi à New York, les autorités camerounaises utilisent la loi anti-terroriste pour arrêter et menacer les journalistes.

Le rapport intitulé «Journalistes, pas terroristes : Au Cameroun, la législation anti-terroriste est utilisée pour imposer le silence aux opposant et réprimer la dissidence» constate qu’en dépit d’un décret présidentiel mettant fin aux poursuites engagées contre au moins quatre journalistes, la loi utilisée à leur encontre est toujours en vigueur à l’approche des élections de l’année prochaine.

La loi anti-terroriste, promulguée pour combattre le groupe extrémiste Boko Haram, est utilisée pour faire taire les journalistes qui enquêtent sur le groupe militant, ou sur les troubles civiles qui sévissent dans les régions anglophones du Cameroun.

Les journalistes arrêtés en vertu de cette loi, parmi lesquels le radiodiffuseur de Radio France Internationale (Rfi) et récipiendaire du prix international de la liberté de la presse du Cpj, Ahmed Abba, sont traduits devant le tribunal militaire et encourent des peines sévères, voire la peine de mort. Ahmed Abba purge actuellement une peine de prison de 10 ans.

Le rapport cite en outre les cas de plusieurs journalistes camerounais arrêtés, notamment Atia Tilarious Azohnwi, arrêté le 9 février dernier à Buea et libéré après 204 jours de détention, Tim Finnian arrêt le 26 janvier dernier à Bamenda, incarcéré pendant 218 jours, Jean-Claude Agbortem, arrêté le 25 janvier dernier à Douala et emprisonné pendant 37 jours, et Hans Achomba, arrêté le 23 janvier dernier à Bamenda et détenu pendant 221 jours.

Par ailleurs, le rapport évoque « les informations relayées par les médias, le 20 janvier, lors d’une émission de l’organe public de diffusion Cameroon Radio and Television (CRTV), Essoka, le président du Conseil National de la Communication, aurait menacé de suspendre ou de fermer tout organe médiatique qui diffusait un contenu « séditieux » concernant les manifestations réclamant la sécession ou le fédéralisme dans les régions anglophones.

Selon ces rapports, Essoka aurait nommément cité les journaux Le Messager, Cameroon Post, The Guardian Post, The Times Journal, les chaînes Equinoxe TV, Spectrum TV, Canal 2 International, ainsi que certaines radios communautaires, qui selon lui, soutenaient les manifestants.

Les journalistes interviewés dans le cadre du rapport se disent trop effrayés par la répression de la presse au Cameroun pour couvrir les questions sensibles ou de nature politique.

«Le Cameroun utilise manifestement la législation anti-terroriste pour faire taire les critiques dans la presse», a déclaré la directrice du programme Afrique du Cpj, Angela Quintal.

« Quand vous assimilez le journalisme au terrorisme, vous créez un environnement dans lequel moins de journalistes sont disposés à couvrir les sujets sérieux qui font l’actualité par crainte de représailles. Le Cameroun doit modifier sa loi et arrêter de traduire les journalistes - qui sont des civils – devant un tribunal militaire», ajoute-t-elle.

Il faut dire que certaines personnes arrêtées dans le cadre de la crise anglophone ont été libérées sur instruction du chef de l’Etat, Paul Biya.

Parmi celles qui restent en détention on dénombre deux hommes de médias, Thomas Junior Awa, correspondant de la Radio Afrik 2 à Bamenda, et Mancho Bibixy, animateur à Abakwa FM de la même ville à qui le Syndicat National des journalistes du Cameroun (Snjc) a rendu visite dimanche.

Trois autres journalistes camerounais, à savoir Felix Cyriaque Ebole Bola, un ancien du quotidien ‘Mutations’, Rodrigue Tongue de Canal 2 et Baba Wame, enseignant de journalisme, sont toujours poursuivis devant le tribunal militaire de Yaoundé depuis octobre 2014 pour « non dénonciation d’actes terroristes ».
-0-PANA EB/BEH/SOC 20sept2017

20 Setembro 2017 20:09:16




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