Le Bardot de San-Pédro, le quartier de tous les dangers

San-Pédro- Côte d'Ivoire (PANA) -- Le quartier Bardot de San- Pédro, plus grand bidonville de Côte d'Ivoire et de l'Afrique de l'ouest, croule actuellement sous le poids de l'insalubrité et baigne également dans l'insécurité totale.
Le quartier Bardot regroupe 80% des 200.
000 habitants de San Pedro, la deuxième ville portuaire du pays située à 400 km à l'ouest d'Abidjan.
Dans ce gros bidonville, l'insalubrité est à vue d'oeil la chose la mieux partagée.
Les ordures ménagères sont jetées à la devanture des concessions sans aucun calcul préalable.
L'absence de canalisation fait que les eaux de ruissellement coulent dans les ruelles et le liquide sale stagne par endroits.
"Je vis au Bardot depuis 15 ans avec ma famille.
J'habite cet endroit malgré moi, car à San-Pédro il est difficile de trouver une maison.
Quand il pleut, nous sommes entourés d'eau et toutes les ordures que nous jetons sont ramenées devant nos portes", explique Achille Lago, employé dans une société de la localité.
De son côté, M.
Cissé Abdoulaye, transporteur et père de douze enfants, qui habite une cour commune, déplore la prolifération des moustiques tout en se disant maintenant habitué.
Il reconnaît cependant qu'il accompagne "très souvent" ses enfants à l'hôpital pour des "cas de fièvre".
La ville de San Pédro, dans son ensemble, présente un réel problème d'assainissement.
Pour le chef de cabinet du maire, M.
Diabagaté Bakary, "il urge que le gouvernement vienne en aide à l'équipe municipale afin de combattre l'insalubrité grandissante, accentuée naturellement au quartier Bardot dont les constructions ont été réalisées de manière anarchique, sans aucun schéma directeur".
Les populations qui y vivent affirment pour la plupart s'accommoder de leur environnement malsain.
Pourtant, les centres de santé ne désemplissent pas.
De sources médicales, on affirme que plus de la moitié des patients accueillis quotidiennement dans les formations sanitaires viennent du Bardot et que plus de 40% des états de morbidité sont dus au paludisme.
"Toutes les tranches d'âge se présentent à nous, mais les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes sont les plus importants", confie le Directeur régional de la santé, le Dr Diarra Souleymane.
"Malgré les campagnes de sensibilisation des agents du ministère de la Santé publique, la moustiquaire imprégnée est très peu utilisée au quartier Bardot", commente une infirmière.
On rappelle que la ville de San-Pédro a abrité le 26 avril dernier la cérémonie officielle de la Journée nationale de lutte contre le paludisme.
Un choix symbolique selon les organisateurs de la manifestation tant il est vrai que le paludisme est transmis par un moustique, l'anophèle, qui vit dans les eaux sales et les ordures: un schéma qui cadre bien avec le quartier Bardot où la manifestation s'est déroulée.
Le Bardot, véritable nid de moustiques, est aussi un lieu de bandits de grand chemin en raison de l'inexistence de rues et de l'absence d'électrification.
Dans la plupart des zones, les hors- la-loi trouvent leur gîte idéal.
On rappelle que le 30 avril, le commissaire de police Vincent Atsin a été abattu en plein coeur de ce bidonville alors qu'il se trouvait sur les traces d'une bande de malfaiteurs.
Dans la zone surnommée Colombie, dans la partie sud de Bardot, la drogue se consomme parfois au vu et au su des passants.
Le nom Colombie ne relève d'ailleurs pas d'un hasard, car il concentre les plus grands dealers de la localité.
Quant au secteur dit Zimbabwe, il se distingue par son flot d'agressions à mains armées, de nuit comme de jour.
Au commissariat du Bardot, au moins 35 cas de vols, d'agressions et de viols sont signalés quotidiennement, ce qui revient à près d'un millier de cas dans le mois.
A la faveur de l'enquête relative au meurtre du commissaire, des réseaux de braqueurs et de dealers ont été démantelés.
Une "opération coup de poing" dans le bidonville a aussi permis d'interpeller plusieurs dizaines de suspects et de mettre aux arrêts de nombreux gangsters.
De plus, quatre malfrats, faisant partie du gang qui a tué le commissaire, ont déjà été abattus alors qu'ils tentaient de fuir.
Il s'agit du chef de gang Moussa Ouédraogo et de ses trois complices: Edmond Hié dit Petit Guéré, Zié Seydou et Dakoury Gogoli.
Manifestement, les habitants du Bardot côtoient quotidiennement l'insalubrité et flirtent avec l'insécurité.
Maladies, agressions, crimes, drogue font des victimes tous les jours.
En définitive, on ne le dira jamais assez, le Bardot est le quartier de tous les dangers.

05 مايو 2001 12:09:00




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