Le 7ème art en voie de disparition au Congo

Brazzaville- Congo (PANA) -- La léthargie du cinéma congolais, qui, après quelques années de gloire, a cessé d'exister au niveau continental et national, est considérée par les observateurs comme un signe avant-coureur de la disparition pure et simple du 7ème art au Congo Brazzaville.
Cette léthargie, en dépit de la bonne volonté des cinéastes, est entretenue par les pouvoirs publics qui semblent avoir tourné définitivement le dos au cinéma.
De 1965 jusque dans les années 80, la production cinématographique bénéficiait de l'encadrement de l'Office national du cinéma (ONACI).
Au lendemain de la démocratisation du pays dans les années 90, cette société a disparu, emportant avec elle tout un pan du cinéma congolais.
Plus de dix ans après la disparition de l'ONACI, le 7ème art ne figure toujours pas dans les programmes des différents gouvernements qui se sont succédés au Congo Brazzaville.
"Il n'a pas de politique nationale sur le cinéma", avoue sans détour, la ministre congolaise de la Culture et du Tourisme, Mme Aimée Gnali Mambou connue pour son franc parler.
"Il n'y a pas grand'chose à dire sur le cinéma congolais", a-t-elle ajouté.
"C'est vrai que notre cinéma est un peu malade.
Mais rien n'est perdu, car il ne s'agit que d'une situation temporaire.
Grâce à la détermination de toutes les personnes et institutions qui aiment le 7ème art, le cinéma congolais relèvera la tête", prophétise l'un des premiers cinéastes africains, Sébastien Kamba, symbolisant l'attitude de ses collègues congolais qui ne veulent pas se laisser aller au découragement.
M.
Kamba qui est aussi co-fondateur du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO), pense que "tôt ou tard", le cinéma congolais reviendra à son niveau des années passées par l'apport de l'Association des cinéastes congolais (ACC) qu'il vient de créer.
"Les autorités gouvernementales doivent se réjouir de la naissance de l'ACC parce que le cinéma est un domaine objectif, professionnel qui leur donne des informations justes", dit-il, rappelant que dans les années passées, le cinéma a fait parler du Congo au plan international.
Cet optimisme est cependant atténué par d'autres cinéastes membres de la même association qui déplorent l'absence de salles de projection dans l'ensemble du pays.
"Nous sommes capables de produire, même avec des moyens financiers modiques, mais nous aurons de sérieux problèmes de distribution et d'exploitation dans un pays où toutes les salles ont été vendues à des sectes religieuses", fait remarquer Nestor Ebongo, membre de l'ACC.
"Il faut que les pouvoirs publics nous donnent un coup de pouce en nous restituant ces salles devenues aujourd'hui des temples.
Sans salle, on ne peut pas promouvoir le cinéma local", a-t-il dit.
Hormis l'absence d'appui officiel, la projection cinématographique est confrontée au Congo, à une concurrence déloyale de nombreux vidéoclubs installés dans de petites maisons.
"C'est la prolifération de ces vidéoclubs qui a fortement contribué à la disparition totale du grand écran dans notre pays et seul un travail concerté du gouvernement et des cinéastes peut redonner le goût du 7ème art aux Congolais", explique Eugène Gampaka, journaliste spécialiste des arts à l'hebdomadaire indépendant "Tam-Tam d'Afrique".
"Si rien n'est fait, le 7ème art disparaîtra à jamais de la mémoire des jeunes générations et avec elle, la profession de cinéaste", avertit-il.
Selon lui, il faut une politique nationale sur le cinéma à l'instar de la musique, du théâtre et d'autres activités culturelles.
"Il faudra entre autres propositions, l'organisation de festivals nationaux du cinéma pour sensibiliser les Congolais", a suggéré M.
Gampaka.
En dépit du nombre restreint de productions, le cinéma congolais a remporté plusieurs prix avec "Mami Wata" d'Alain Nkodia en 1970, "Zamba Nkoukou" de Jérôme Tsile en 1972, "La Rançon d'une alliance" de Sébastien Kamba en 1975, "la Légende de Mpfoumou Ma Mazono" de Sylvain Mbemba.
D'autres productions n'ont pas connu un grand écho pour des problèmes de distribution.
Il s'agit de "La chapelle" (1979) et "les Lutteurs" (1982) de Jean Michel Tchissoukou décédé en 1986.

17 october 2001 15:25:00




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