La stigmatisation et la violation des droits des patients plombent la prise en charge du VIH/SIDA au Cameroun

Yaoundé, Cameroun (PANA) - A la veille de la célébration de la Journée mondiale contre le SIDA, le samedi 1er décembre, les activistes de la société civile camerounaise ont dénoncé au cours d'une conférence-débat à Yaoundé, le rejet des personnes infectées et la violation de leurs droits qu'ils considèrent comme un frein à la prise en charge efficace de la maladie au Cameroun.

Selon des témoignages pathétiques recueillis au cours de la conférence, la stigmatisation et la violation des droits des personnes vivant avec le virus (PVVIH) sont encore une réalité qui annihile les efforts pour la lutte contre cette maladie au Cameroun.
  
Séropositive, Madeleine est venue de Douala, après trois heures de route, pour témoigner. Après la mort de son mari, il y a cinq ans, elle a été chassée de sa maison.

"Ma belle-sœur a quitté son foyer après y a voir eu huit enfants et s’est entendu avec son petit frère et ils ont occupé notre maison. Elle a inscrit sur les murs de la bâtisse: "propriété familiale, interdiction de vente", confie-t-elle.

Son cas s’est encore aggravé lorsque sa fille, infectée par le virus du VIH est décédée.

"Ils ont dit que c’est moi qui avais contaminé leur frère", ajoute-t-elle;

Pour la maison, Madeleine reste cependant confiante parce qu’elle a pris le soin de conserver toutes les factures établies lors de l’achat des matériaux de construction.

Par ailleurs, sentant les velléités de nuisance de sa belle-famille, elle a saisi le tribunal pour contrecarrer certaines de leurs actions.

"Ils avaient voulu annuler mon mariage dix ans après avec mon mari et ont produit un acte de mariage falsifié pour dire que je me suis arrangée avec un officier d’état-civil pour qu’il me délivre la pièce après son décès", poursuit-elle.

Madeleine a été plus vigilante que d’autres femmes comme Solange qui a été répudiée par son mari.

"Il avait demandé le divorce en motivant son acte par le fait que j’étais infidèle et que sa preuve est que je suis séropositive et lui pas", se lamente-t-elle.

Un argument pris en compte par les membres de collégialité qui avaient décidé que Solange ne bénéficie pas de la ration alimentaire pour ses enfants qu’elle est obligée d’élever seule.

Pour Fogue Foguito, un responsable de Positive Generation, une association de personnes vivant avec le SIDA, ces dernières subissent des discriminations à tous les niveaux en commençant pas leur famille.

Elles sont souvent isolées et on les considère comme des gens qui n’ont plus rien à donner à la société.

Au niveau des formations médicales, renseigne-t-il, elles font face aux ruptures permanentes des anti-rétroviraux, à l’augmentation des prix des examens de contrôle (charge virale et Cd4).

Souvent démunies, elles abandonnent le traitement et développent des résistances puis survient la mort.

"Près de 40 pc de perdues de vue sont dues à cette situation. C’est la raison pour laquelle, nous avons organisé cette rencontre avec les experts pour leur dire ce qu’elles peuvent faire pour revendiquer leurs droits", insiste-t-il.

Avocat au barreau national, Me jean-Noël Tamekue relève que plusieurs fois, il a été sollicité pour des cas de violation de droits des personnes vivant avec le VIH.

"Une femme a été privée de traitement tout simplement parce qu’elle avait eu un échange verbal avec une infirmière dans un centre de traitement agréé à Yaoundé. Nous avons aussi des chefs d’entreprise qui exigent le test du VIH aux candidats avant de se faire recruter. Au lieu des compétences, c’est une violation du code du travail et même de la loi camerounaise", estime-t-il.

Le Dr Charles Kouanfack , chef du service de l’hôpital du jour, un des plus grands centres de prise en charge des PVVIH au Cameroun, reconnaît que sur le plan médical, il y a quelques dérives des personnels de santé du fait de l’ignorance et conseille aux patients de se rapprocher d’autres spécialistes plus expérimentés.  

Les chiffres de l’enquête démographique de santé publiée en 2012 révèlent que le taux de prévalence du VIH/SIDA est passé de 5,3 à 4,8 pc dans la population globale, soit 6,8 pc chez les femmes contre 4,1 pc chez les hommes.

Selon le Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS), il y a eu  36.000 nouvelles infections au Cameroun.

On rappelle que la Journée mondiale contre le SIDA porte cette année sur le thème "zéro nouvelle infection à VIH, zéro discrimination et zéro stigmatisation", avec comme slogan: "vers une génération sans SIDA".

En dehors du dépistage gratuit organisé ça-et-là, le programme des activités comporte une réflexion autour du thème de la journée afin de sensibiliser les uns et les autres sur la nécessité de s’impliquer pour faire reculer la pandémie.
-0- PANA ENG/JSG 30nov2013

29 novembre 2013 00:34:15




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