La ratification de l'acte attendue pour juin 2001

Yaoundé- Cameroun (PANA) -- La ratification, par le parlement camerounais, de l'acte constitutif de l'Union africaine, pourrait accuser le même retard que l'exécutif de ce pays a mis à signer le texte pourtant unanimement approuvé au 36ème sommet de l'OUA en juillet 2000 à Lomé, au Togo, notent les observateurs politiques à Yaoundé.
Selon des sources proches du parlement camerounais, "le texte sur l'Union africaine n'avait pas encore été déposé au bureau de l'Assemblée nationale par le département compétent à la dernière session parlementaire de mars 2001".
Les mêmes sources précisent par conséquent, qu'il faudrait "attendre au mieux, la session budgétaire de juin 2001, pour que l'assemblée camerounaise puisse se prononcer sur ce texte" virtuellement entré en vigueur avec 37 Etats africains qui l'ont déjà ratifié à la date du 19 avril 2001.
Pourtant, cette problématique de l'Union africaine est depuis plusieurs mois, au coeur du débat politique camerounais.
Le président Paul Biya qui avait quitté en juillet 2000, le 36ème sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) sans avoir signé l'acte constitutif de l'Union, avait fait l'objet, à son arrivée au Cameroun, d'un tir groupé de la part de son opposition largement acquise, par conviction ou par stratégie politique, à la cause de l'Union.
La société civile que cette question ne laisse point indifférente, n'avait pas non plus, caché son affliction, face à "l'intérêt marginal" que le régime camerounais accordait à ce projet réactualisé par le colonel Mouammar El Kadhafi, Guide de la Jamahirya arabe libyenne.
D'une manière générale, la presse locale unanimement acquise dans ses éditoriaux, à l'idéal unitaire panafricain, n'avait pas hésité à se faire le porte-parole de l'opinion camerounaise soutien inconditionnel du projet.
Elle s'était alors vivement indignée de cette "négligence du gouvernement", allant jusqu'à insinuer qu'il était désormais manifeste que le régime du Président Paul Biya fait partie des Etats africains mis en scelle par la France, pour torpiller une initiative dont la réussite pourrait contribuer à niveler et ses intérêts et ses positions acquises sur le continent, depuis la coloniale.
C'était trop pour que le gouvernement continue à garder le silence sur cette question qui préoccupait autant ses administrés.
Aussi, le 19 janvier 2001 le chef de l'Etat camerounais Paul Biya se proposa de "remettre les choses à leur place" en prenant visiblement à témoin son homologue français Jacques Chirac, lors d'une conférence de presse conjointe à la fin de la 21ème conférence des chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique et de France à Yaoundé.
Que personne ne se méprenne de notre adhésion à l'idéal unitaire de continent, source à laquelle se sont abreuvées toutes les générations de camerounais depuis l'indépendance avait-il dit en substance.
"Nous allons signer cet acte, mais puisque nous devons jouer cartes sur table, je ne vous cacherai pas qu'il y avait de petites réserves qui nous ont empêché de le faire séance tenante à Lomé" à t-il poursuivi.
Le président Biya citera en exemple "le principe de la loi de l'unanimité" qu'il a cherché en vain à faire adopter dans un premier temps, "pour le processus de prise des décisions" en lieu et place de la régle des deux tiers.
"Malgré tout, nous signerons" a réitéré le Président Biya, qui avait reçu quelques jours plus tôt à Yaoundé, un membre du gouvernement libyen venu s'informer sur la position du Cameroun".
A ses adversaires politiques qui l'accusent de privilégier "ses relations d'allégeance avec l'Europe" sur "l'indispensable solidarité avec ses frères d'Afrique et leur quête de dignité", le Président Biya a rappelé sur un ton plus mesuré, qu'il "n'y a pas d'antinomie entre une concertation France-Afrique et une éventuelle concertation entre l'Europe et l'Union africaine".
L'hôte du dernier sommet Afrique-France a dit bien connaître "l'attachement de ses compatriotes au projet panafricain".
Pour cause, il a assuré que par delà le Cameroun, l'Union africaine est en fait "un projet cher à tous les peuples du continent.
C'est une idée ancienne qui est devenue, je ne dis pas comme un serpent de mer, mais nous allons la soutenir".
Le chef de l'Etat camerounais annonçait alors en cette occasion, la participation de son pays au cinquième sommet extraordinaire de Syrte en Libye "pour continuer à aller de l'avant dans la constitution de l'Union".
A la réunion en question, tenue à Syrte, en Libye début mars 2001, le Cameroun s'était en effet fait représenter par une importante délégation conduite par le Premier ministre Peter Mafany Musongè qui a finalement inscrit Yaoundé, parmi les 53 pays africains signataires du document consensuel de 34 articles.
Tant pour l'opposition que pour une bonne frange de l'opinion camerounaise, il reste maintenant à attendre du gouvernement, que le Cameroun qui figure parmi le dernier carré des 16 Etats à n'avoir pas encore ratifie l'acte, "respecte ses engagements jusqu'au bout".
Le gouvernement, avait cependant tenu à avertir le président Paul Biya lors de sa conférence de presse "ne peut servir que de courroie de transmission du texte vers le parlement".
"Quant à la ratification - a-t-il indiqué - je dois dire que c'est l'Assemblée nationale du Cameroun qui doit m'autoriser à le faire".
Encore faudrait-il que le texte soit déposé avec plus de diligence rétorquent aujourd'hui, ses détracteurs.

20 avril 2001 10:37:00




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