La presse sénégalaise, entre vitalité et précarité

Dakar- Sénégal (PANA) -- Dix-sept (17) radios, huit (8) quotidiens et de nombreux hebdomadaires : les Sénégalais ont l'embarras du choix.
La vitalité de leur presse étonne même les étrangers et les enfants du pays qui retrouvent Dakar apres plusieurs années d'absence.
En moins de huit années, sept quotidiens privés ont vu le jour.
Les deux premiers, "Sud Quotidien" et "Wal fadjri", ont fait oeuvre pionnière et sont sur le marché depuis 1993, suivis un peu plus tard d'une multitude de titres.
Mais certains n'ont pas tenu longtemps.
Depuis l'avénement de l'Alternance politique dans ce pays en mars 2000, une seconde génération, "la presse people", est apparue, sans qu'on ne puisse établir un lien entre ces dejux événements.
Cette nouvelle presse à fort tirage s'abreuve de faits divers et n'hésite pas souvent à naviguer au seuil de la pornographie pour racoler ses lecteurs.
Vendue au prix modique de 100 FCFA, elle a un réel succès auprès du public, au grand dam des puritains de conviction ou de façade.
Le monde des affaires commence tout juste à s'intéresser au secteur médiatique.
C'est le cas par exemple du célèbre chanteur et homme d'affaires, Youssou Ndour.
Avec l'appui d'associés, le numéro Un de la musique moderne sénégalaise a lancé en 1999, sur le modéle de Sudcommunication précurseur dans le domaine, le groupe "7 Com", composé de trois journaux et d'une radio.
Malgré tout, la presse sénégalaise vit dans la précarité par défaut de bases financières très solides, du fait surtout d'un lectorat faible dans un pays où le taux d'analphabétisme atteint les 73 pour cent.
Une donne sociologique qui explique sans nul doute, la grande audience des radios lancées en majorité par les patrons de presse afin de diversifier leurs sources de revenus.
En outre, les journaux ne comptent, bien souvent que sur les ventes, qui représentent 80 pour cent de leurs ressources.
Ce manque de moyens les fragilise.
"Il n'y a pas très longtemps, les sociétés nationales distribuaient la publicité comme une aumône", ironise un directeur de publication.
"Les choses commencent à changer mais ce n'est pas encore le Pérou", poursuit-il.
Les tirages sont faibles : entre 5 000 et 20 000 exemplaires, avec des coûts d'impression élevés.
A cela s'ajoutent les difficultés du circuit de distribution.
Si les journaux sont bien distribués dans la capitale, l'intérieur du pays les reçoit au compte goutte.
Pour pallier ces faiblesses, le gouvernement a institué, au début des années 1990, un fonds d'aide à la presse.
Dans ce cadre, une enveloppe exceptionnelle de 300 millions de FCFA a été débloquée pour aider les journaux à couvrir la campagne électorale, à la veille des élections législatives qui vont se dérouler ce dimanche.
La liberté de presse est cependant une réalité dans le pays même si les relations des professionnels de la presse avec les autorités de l'alternance sont en dent de scie.
Le nouveau pouvoir reconnaissent volontiers le rôle primordial joués par les médias dans la consolidation de la Démocratie sénégalaise et le changement de régime intervenu dans le pays, ce qui n'empêche que les journalistes ont dû répondre, à plusieurs reprises ces derniers mois, des accusations de diffamation, d'outrage au chef de l'Etat, ou encore de propagation de fausses nouvelles.
Des délits de presse contre lesquels le syndicat des journalistes s'élève.
Des journalistes se sont même vus confisquer leurs passeports.
Pour l'instant, ces affaires se sont bien terminées grâce aux "interventions bienveillantes d'amis de la presse", notamment auprès du chef de l'Etat sénégalais, Me Abdoulaye Wade, qui a retiré au moins deux plaintes en une année d'exercice du pouvoir.
"Personnellement, je n'ai jamais eu de problèmes avec les pouvoirs en place.
Et, pourtant Dieu sait si je les ai malmenés, tout en demeurant dans les limites de la légalité et de la bienséance", affirme Odia, l'un des caricaturistes les plus féroces de la presse dakaroise.
Les difficultés des journalistes sénégalais sont surtout d'ordre matériel.
La presse sénégalaise s'est dotée d'une convention collective dont l'application est loin d'être généralisée.
Le seul employeur qui a les moyens de s'y conformer intégralement demeure l'Etat.
Les organes privés mettent en avant le manque de moyens pour sous-payer certains de leurs collaborateurs, qui, quelquefois, en tant que stagiaires, travaillent gratuitement.
Ceux-ci sont, en outre, confrontés à des problèmes de formation et de maîtrise de leurs droits et devoirs.
"Nous devons assainir le milieu.
Notre profession est la plus ouverte qui soit.
S'y engouffre n'importe qui pour peu qu'il sache écrire un peu.
La déontologie est méconnue de la plupart.
Dans ces conditions, ce n'est pas étonnant que les poursuites judiciaires se multiplient", déplore une journaliste.
Enfin, les nouvelles technologies de l'information et de la communication demandent de nouvelles compétences que la plupart des journalistes n'ont pas.
"Avec un ordinateur pour une rédaction de vingt personnes, comment peut-on se familiariser avec l'outil informatique ?", se plaint une consoeur, désabusée.
D'autres rédactions, à la pointe du progrès, notamment certains quotidiens, sont cependant beaucoup mieux loties.
En réalité, certaines rédactions se trouvent dans une véritable situation de sous-équipement.
Malgré son professionnalisme, avec des talents avérés et un sens de l'imagination difficilement égalable, la presse sénégalaise n'a, hélas, pas les moyens de ses ambitions.
Sa vitalité est souvent freinée par le manque de ressources imposé par le marché.

28 avril 2001 11:49:00




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