La presse nigérienne se débat dans des difficultés

Niamey- Niger (PANA) -- La presse privée nigérienne est née à la faveur du processus de démocratisation du pays, précisément à l'issue de la Conférence nationale souveraine tenue en 1991.
   Depuis lors, on a assisté à une éclosion de titres, notamment dans la domaine de la presse écrite avec la parution de plusieurs hebdomadaires, bimensuels et mensuels d'informations générales, d'opinion et de réflexion.
En dépit de la situation politique et sociale favorable, ces titres, nés dans l'euphorie du processus de démocratisation, n'ont pas pu survivre pendant un an pour la plupart d'entre eux, en raison de l'étroitesse du marché publicitaire.
Le gouvernement et les entreprises publiques réservent souvent la publicité aux organes publics d'information, le quotidien "Le Sahel" et l'hebdomadaire Sahel Dimanche".
La faible tradition de lecture des Nigériens et la situation économique du pays constituent des handicaps pour la bonne vente des journaux.
En outre, les journaux font face à des coûts exorbitants d'impression et des intrants, notamment le papier-journal et les films.
Actuellement, en dehors du "Républicain", dont le propriétaire dispose d'une imprimerie, la principale du pays, aucun journal n'en a.
Pour le président de l'Union des journalistes privés du Niger, la presse nigérienne est dynamique, eu égard à ses capacités d'analyse, à son sens critique et surtout sa persévérance dans la création de nouveaux titres, en dépit des multiples difficultés évoquées ci-dessus.
    Actuellement, l'espace médiatique est composé d'une dizaine de dix radios privées pour la plupart émettant en FM à Niamey.
Il s'agit de Radio Anfani, RM, Radio Ténéré, Radio Tambara, la Voie de la femme, Radio Sarounia, Radio Souda et Radio Gaya(qui émettent à Gaya au sud de Niamey).
Il existe également une vingtaine de radios communautaires financées par le PNUD et émettant dans plusieurs régions du pays.
Une télévision privée "Ténéré TV" a vu le jour au cours de l'année 2000.
Elle émet à Niamey sur un rayon de quelque 30 km, produit ses propres émissions, mais diffuse en grande partie la chaîne internationale MCM.
Pour élargir le débat politique et permettre aux citoyens de suivre les travaux de l'Assemblée nationale, le Parlement nigérien vient de se doter récemment d'une radio parlementaire.
La nouvelle radio qui émet en FM à Niamey, couvre seulement la capitale et des localités environnantes sur un rayon de 40 km.
   Dans le domaine de la presse écrite, on compte également une quinzaine de titres, en majorité des hebdomadaires, dont les plus représentatifs sont "Le Républicain", "Le Démocrate", "Alternative", "L'Enquêteur", "Le Canard Libéré", "Le Canard Déchaîné" et "Libération".
Sur l'ensemble des journaux privés, seul "Le Républicain" est l'organe qui est paru régulièrement au cours de l'année 2000, en raison des facilités d'imprimerie dont il bénéficie.
Depuis l'éclosion de la presse privée en 1991, c'est cette année que l'on a assisté à la création de quotidiens privés.
"Ténéré Express" et "Mat Info" ont vu le jour seulement en début mars dernier.
La presse privée au Niger, en particulier les radios utilisent un grand nombre de collaborateurs.
Cette situation influe négativement sur leur rentabilité.
Selon un promoteur de radio à Niamey, il n'existe pas de radio privée qui n'utilise pas plus de vingt personnes.
   Seulement ce personnel, en majorité des collaborateurs et des pigistes, est très mal payée et accuse des arriérés de salaire de plusieurs mois.
   Au Niger, si les journaux sont libres de paraître, leurs promoteurs sont cependant régulièrement sous la menace des procès en diffamation en cascade.
Récemment, trois organisations de la presse indépendante, l'Association  nigérienne des éditeurs de la presse indépendante, l'Union des journalistes privés du Niger, et le réseau des journalistes pour les droits de l'homme (RJDH) ont dénoncé les entraves au libre exercice du métier de journaliste dans le pays.
Selon ces organisations, au cours de l'année 2000, les intimidations et les menaces ont été le lot quotidien des journalistes.
Elles ont relevé cinq procès intentés contre des journaux dont les responsables ou employés ont passé des jours en prison "au mépris des textes de la Constitution nigérienne qui garantit la liberté d'expression et d'opinion ainsi que la loi sur le régime de la presse qui consacre le droit à l'information".
Des journalistes et promoteurs d'organes de presse ont été condamnés à des peines privatives de liberté, ont-elles fait remarquer.
Le cas le plus flagrant est la condamnation du fondateur du journal "L'Enquêteur", Idrissa Maïga à huit mois d'emprisonnement ferme le 16 novembre 2000.
   Au cours de la même année, on a assisté à des arrestations et condamnations collectives des membres d'une même rédaction pour un même motif.
Au regard de ces nombreuses atteintes à la liberté de la presse, les trois organisations de la presse indépendante avaient demandé au président nigérien "ressaisir pour faire du Niger un véritable état de droit, où le droit, rien que le droit est dit".
Elles avaient condamné la "politique systématique d'emprisonnement des journalistes et les coups de filets au sein des rédactions", et lancé un appel aux professionnels des médias pour s'unir afin de faire échec à toute tentative de liquidation de la presse indépendante".

28 avril 2001 12:38:00




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