La presse malienne se rejouit de la décision du président Kéita de surseoir au referendum constitutionnel

Bamako, Mali (PANA) - La presse malienne a salué, lundi, dans ses colonnes, la décision du président Boubacar Kéita de surseoir au référendum sur la révision de la Constitution dans une adresse à la nation, vendredi, tard dans la nuit.

Ce projet de révision constitutionnelle avait suscité de vives tensions dans le pays entre les partisans du Non, regroupés au sein d’une plate-forme "Anté bana -Touche pas à ma Constitution", composée de plusieurs associations de la Société civile et de partis politiques de l’opposition républicaine et ceux du Oui (mouvance présidentielle), favorable à ce projet initié par le gouvernement.

Le quotidien national "L'Essor" publie en intégralité le message du chef de l'Etat à ses compatriotes, vendredi soir, à la télévision publique, avec une photo du président à sa Une.

Le journal relate également le meeting organisé samedi par la plate-forme opposée à cette révision, pour "saluer la décision du président de la République de surseoir à l’organisation du référendum, qu’elle considère comme "une victoire de la plate-forme des partisans du Oui".
  
"Au-delà du référendum qui vient d’être sursis, il est important de savoir que la plate-forme "Anté bana" a réussi à unir, fédérer cette nouvelle génération de jeunes et mettre en place un dispositif qui s’érigera désormais en sentinelle contre toutes les dérives autoritaires qui puissent survenir au Mali ", écrit le journal qui reprend les propos du président de la plate-forme, Amadou Thiam.

Le journal relate également une intervention du chef de file de l’opposition républicaine,  Soumaila Cissé, qui remercie les jeunes qui ont fait preuve de patriotisme.

"Pendant deux mois, des milliers de jeunes maliens sont sortis, il n'y a eu ni casse, ni violence. Je crois que c’est à leur honneur. Cette décision de surseoir à l’organisation du référendum est la victoire du peuple", a déclaré Soumaila Cissé lors du meeting.

Bien que le président Kéita ait annoncé vendredi sa décision de surseoir à l’organisation du référendum, les animateurs et les sympathisants de la plate-forme "Anté bana-Touche pas à ma Constitution" se sont rassemblés par milliers à la Bourse du Travail à Bamako, lieu emblématique de contestation du pouvoir depuis la chute de la dictature militaro-civile en mars 1991, pour savourer "leur victoire", écrit le journal privé "L’Indépendant",  pour qui,  "celle-là  est assurément le résultat d’une maturation politique et organisationnelle au sein de l’opposition et du secteur de la Société civile qui s’est associé à elle pour mettre en place la plate-forme.

Pour ce journal, le président Kéita est aussi comptable de cette "victoire" car, ajoute "L’ Indépendant" , il a su mesurer les enjeux et s’élever à la hauteur de l’événement.

"IBK sait désormais à quoi s’en tenir. Il doit faire preuve d’une meilleure gouvernance et s’occuper du Mali davantage qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Faute de quoi, il n’aura ni repos, ni répit.  C’est aussi le prix qu’il devra payer pour légitimer sa candidature à sa propre succession en 2018. Et rempiler pour un second et ultime mandat quinquennal", conclut le journal.

"Dénouement heureux vers un Mali uni", titre "Le Républicain" (quotidien privé), proche de l’opposition, qui pense que malgré "cette victoire", la  lutte de la plate-forme n’est pas terminée, car elle veut continuer à jouer le rôle de sentinelle vigilante pour combattre la mauvaise gouvernance au Mali.

Pour le journal, "les Maliens dans leur ensemble, des villes et des campagnes, civils et militaires, politiques et religieux, de la plate-forme et du pouvoir, tout le monde a gardé une conscience aiguë du danger supplémentaire qui guettait le pays, au-délà de ce que nous ont réservé jusque-là des terroristes de tout acabit, de l’intérieur comme de l’extérieur".

"La formule magique a été de surseoir à l’organisation du référendum constitutionnel et tout le monde s’en tire finalement à plus ou moins bon compte", se convainc le journal, pour qui le peuple malien a fait l’économie d’un référendum incertain, d’un projet mal emmanché de révision constitutionnelle.

Un autre quotidien privé, "Les Echos", qualifie IBK, d’homme d' Etat après sa décision de surseoir au référendum.

"IBK a enfin sifflé la fin de la partie en acceptant de surseoir à son projet de révision de la Constitution, endossant ainsi sa tunique de rassembleur appelé à jouer le rôle d’ainé sans être le plus âgé", se réjouit le journal.

Cependant, avertissent  "Les Echos",  "la Constitution du Mali ne doit pas s’inspirer de la Constitution française, américaine ou russe. Elle doit juste être votre, à s’inspirer du Mali, du Kouroukanfouga, du Mandé, du Wassoulou, du Guidimakan ou de l’Azawad (zones géographiques et culturelles du Mali), être notre reflet, notre ciment".

Le journal rappelle que le projet de référendum est la plus grosse crise à laquelle IBK a eu à faire face. Il reste juste à espérer, indique le journal, que le président malien comprenne que la vertu est dans le dialogue et que lorsqu’il parle avec le peuple et les forces vives, il en tire toujours une dividende pour lui et pour sa mission.

"Info-Matin" (quotidien privé proche du gouvernement)  titre à sa page 4: "BK et la Révision constitutionnelle: Reculer pour mieux sauter".

Le journal qualifie la décision du président de surseoir au référendum de "victoire à la Pyrrhus pour les partisans du Non, mais amertume, frustration et voire déception dans la camp du Oui.
Le président a-t-il vraiment eu raison de retirer ce projet de révision de la Constitution de 1992 ?", s’interroge "Info Matin".

"Malgré l’adoption du projet à l’Assemblée nationale et l’arrêt le 4 juillet de la Cour constitutionnelle favorable à la tenue du référendum, malgré tous ces acquis, qu’est-ce qui a donc poussé le président à faire marche arrière?, IBK a-t-il eu raison de renoncer à ce projet?" se demande le journal.

"Outre la stupéfaction, la frustration et même la déception qui gagnent le camp du Oui, à la suite de cette décision, la situation sécuritaire précaire du pays (des régions du Nord et du Centre), n’encourage pas le président à ouvrir un nouveau front à Bamako", pense "Info- Matin" qui estime que: "ce renoncement ou ce sursis n’enlève rien à l’importance de ce projet qui, au- delà de la nécessité pour le Mali, de se conformer à certains de ses engagements internationaux (la Cour des comptes au niveau de l’UEMAO), reste indispensable pour la conquête de la paix et la réconciliation nationale, entamée par le Mali depuis 2013".

Cette décision présidentielle, conclut le journal, devrait permettre de tirer tous les enseignements de cet échec apparent en vue de mieux relancer le processus, donc permettre à IBK de mieux sauter prochainement.
-0- PANA GT/JSG/IBA 21août2017

21 août 2017 11:57:56




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