La presse au Mali, un environnement atypique

Bamako- Mali (PANA) -- Le pluralisme démocratique a entraîné l'émergence voire l'explosion de media écrits et audio-visuels au Mali, rendant le cas du pays atypique en Afrique avec plus de 150 radios et une cinquantaine de journaux privés.
Depuis l'avènement de la démocratie en mars 1991, il a été octroyé plus de 164 récépissés pour création d'organes de presse privés et, si l'Etat détient toujours le monopole en matière de télévision avec une seule chaîne nationale, deux sociétés de rediffusion ont fait leur apparition avec des bouquets de chaînes de télévision étrangères cryptées.
Pluriels et variés, les médias audiovisuels et écrits du Mali sont sans doute parmi les plus libres en Afrique.
Aucun service de presse privée n'a été contraint, à ce jour, de fermer ses portes par le gouvernement, contrairement à plusieurs pays du continent.
Les sièges des organes de presse ne sont jamais investis par les forces de l'ordre, même si, au plus fort de la contestation électorale de 1997, la police avait mâté plusieurs opposants et journalistes lors d'une conférence de presse, après qu'un des siens eut perdu la vie lors d'un meeting de l'opposition.
Hormis ce point noir, le pays peut se targuer d'être l'une des nations les plus progressistes en matière de liberté de presse en Afrique.
Malgré ce tableau presque flatteur, force est d'admettre que la presse malienne présente de nombreuses tares dont, notamment le non-professionnalisme de ses animateurs, un marché d'annonces très limité, le coûts élevé des équipements, un lectorat limité et la quasi inexistence de services de messagerie.
Selon une récente réflexion du président du Conseil supérieur de la Communication (CSC), M.
Mamadou kaba, le diagnostic établi fait apparaître au Mali la coexistence "du meilleur" et "du pire" dans le monde de la presse.
"Le pire c'est, avait-il précisé, "cette autre presse" dont "les abus et dérapages sont régulièrement distillés dans les journaux et radios et qui n'hésite pas à publier de fausses nouvelles ou à attaquer gratuitement de paisibles citoyens.
Pour M.
Kaba, cette presse se caractérise par "un manque évident de professionnalisme, une méconnaissable inadmissible de l'objectivité".
Comme pour corroborer les propos du président du CSC malien, un homme politique bien connu au Mali a coutume de dire qu'il "suffisait souvent de tendre 5000 F CFA à un journaliste malien pour le pousser à insulter un adversaire politique".
Un autre homme politique n'hésitait pas non plus à déclarer savoir "combien coûte chaque journaliste malien".
Au-delà de ce constat accablant, il est à signaler que la presse malienne est caractérisée par une absolue précarité de ses conditions d'exercice.
La plupart des journalistes ou même animateurs de radios sont venus à la profession par nécessité.
Le métier offre peu de garantie sociale, car il n'existe aucun statut protecteur.
Sur la cinquantaine de journaux privés, moins d'une dizaine d'organes accordent un salaire mensuel à leur personnel, relève un rapport du Conseil supérieur de la Communication.
"Les salaires sont insignifiants (entre 40.
000 et 50.
000 francs CFA) pour ne pas dire inexistants", constate avec amertume un confrère malien.
Dans les radios, c'est presque le "bénévolat", ajoute un autre qui dit connaître "des animateurs de radio qui payent 1000 francs CFA de l'heure pour bénéficier d'un temps d'antenne".
Cette précarité salariale semble peu préoccuper les pouvoirs publics quand bien même les deuxièmes journées nationales de l'information et de la communication, tenues en décembre 1996, avaient recommandé au CSC la mise en place d'une commission pour la matérialisation d'une convention collective pour la profession.
Le président de la "Maison de la Presse", M.
Sadou Yattara, souhaite vivement l'entrée en vigueur d'une telle convention pour, dit-il, "sécuriser au mieux les hommes de médias maliens".
Un projet sur la Convention collective est à l'étude au niveau de la "Maison de la presse", mais en attendant, seule l'aide de 200 millions de francs CFA allouée chaque année par l'Etat aux media permet à nombre d'organes maliens de tenir.
Cependant, le problème est que malgré cette volonté de l'Etat d'épauler la presse, de nombreux journalistes affirment que cette aide ne profite pas aux hommes des media, mais à leurs employeurs qui s'en servent à d'autres fins.
La destination de l'aide à la presse est un secret de polichinelle.
Le dénuement de la plus part des organes de presse en terme de matériel de travail en dit suffisamment long sur la propension de nombre de patrons de presse à vouloir s'accaparer seuls de la subvention.
"L'aide à la presse a contribué tout au plus à favoriser l'émergence d'une pléthore de titres qui se disputent la palme de la médiocrité", confie un confrère.
"En cinq ans (1996-2000), l'Etat aura injecté pour rien 1 milliard dans le secteur médiatique, si l'aide allouée devait servir à autre chose qu'à soutenir les media", déplore le président Mamadou Kaba.
Face à cette situation, plusieurs journalistes réclament plutôt des aides indirectes, notamment la baisse du prix des intrants, la réduction des factures de téléphone et d'électricité ou la mise sur pied de programme de formation.

27 avril 2001 15:55:00




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