La politique alimentaire du Kenya à l'épreuve de la famine

Nairobi- Kenya (PANA) -- La situation de famine au Kenya jette un doute sur la politique alimentaire nationale qui vise à assurer en permanence, un approvisionnement adéquat en céréales sur l'ensemble du territoire national.
Cette politique expliquée clairement dans le Plan de développement national 2002-2008 était censée préparer le Kenya à faire face au défi de la pénurie alimentaire.
Pourtant, deux mois après l'apparition de la famine, de nouvelles prévisions laissent indiquer que la situation alimentaire ne serait pas normalisée avant janvier 2005.
Selon le Système d'alerte avancée aux risques de famine (FEWS), alors qu'il faudrait 156000 tonnes pour couvrir les opérations alimentaires d'urgence du Kenya jusqu'en janvier 2005, seules environ 80000 tonnes de vivres ont été promises pour l'essentiel par le gouvernement du Kenya, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon.
Environ 2,34 millions de personnes vivant dans 26 districts arides et semi-arides du Kenya, dont 544000 écoliers, ont actuellement besoin d'aide alimentaire.
"Sur les 81,3 millions de dollars US requis pour les opérations alimentaires d'urgence, seuls 36,6 millions ont été confirmés, ce qui laisse un déficit, en termes financiers, de 55 pour cent" a expliqué FEWS.
"Ce déficit et le retard enregistré dans le cadre de l'approvisionnement en vivres aggraveront la situation alimentaire dans les zones les plus touchées dans les mois à venir" a noté FEWS dans un rapport.
Toutefois, les conclusions de FEWS diffèrent des projections du ministre kenyan de l'Agriculture, Kipruto Arap Kirwa, pour qui la famine ne durerait que jusqu'en novembre, début de la récolte des principales cultures de maïs.
Pour M.
Kirwa, le Kenya devrait connaître un déficit de 4 millions de sacs de 90kg de maïs jusqu'en novembre.
D'après lui, pour couvrir ce déficit en maïs, le gouvernement procèderait à l'importation de 2 millions de sacs de maïs par le biais du National Cereals and Produce Board (NCPB), tandis que le secteur privé importerait la moitié restante.
Le ministre a renoncé à une taxe d'importation de 25 pour cent sur les importations de maïs à titre de mesure temporaire.
"Nos plans à long terme doivent servir à faciliter des crédits aux paysans, afin d'éviter une situation semblable à l'avenir" a dit le ministre.
Mutua Mundikwa, le responsable des relations publiques du NCPB a pour sa part, assuré que l'institution procèdera également à l'achat de maïs auprès des paysans, pour augmenter les réserves stratégiques nationales de maïs presque vides.
M.
Mundikwa a en outre indiqué que le NCPB "entend atteindre un objectif d'environ 2 millions de sacs de 90 kg d'excédents de maïs vendable" à un prix relativement attractif de 1400 Kshs soit l'équivalent de 17 dollars US pour le sac de 90kg.
Il ne pouvait cependant confirmer la quantité qui avait déjà été achetée auprès des paysans.
"Nous encourageons les paysans à livrer leur maïs auprès de tous les dépôts NCPB, afin de profiter de ce prix très attractif" a-t-il dit.
Il précise que le principal problème rencontré par le NCPB durant l'achat du maïs auprès des paysans était le manque de produits de qualité, avec la présence de matières étrangères, de grains pourris, d'insectes et une faible teneur en eau.
La production agricole du Kenya est très dépendante de la pluviométrie et cette année, la rareté des longues pluies durant la saison de mars à mai, est la cause de la famine actuelle, d'après le ministre de l'Agriculture.
Ceci dit, les experts critiquent la politique agricole du gouvernement, qui disent-ils, ne protège pas les intérêts des petits exploitants agricoles.
Dr Hezron Nyangito de l'Institute of Policy Analysis and Research (IPAR - Institut de recherche et d'analyse politique) écrit dans un document d'orientation qu'à titre d'exemple, une analyse des prix du maïs au Kenya indique qu'ils sont inefficaces et ne favorisent que les consommateurs.
Par le passé, les cultivateurs de maïs s'étaient plaints que les rendements tirés des ventes de maïs par superficie durant certaines saisons étaient bien inférieurs aux montants investis.
Un officiel du Centre d'information agricole, un département du ministère de l'Agriculture qui éduque les paysans sur l'utilisation efficace des intrants, a affirmé que le département était limité par un financement insuffisant et une pénurie de personnel technique.
La famine actuelle est la pire qui ait touché le Kenya ces derniers temps.
Le président Mwai Kibaki l'a qualifiée de "catastrophe nationale" en juillet, avant de lancer un appel à la communauté internationale pour de l'aide alimentaire.
Ironie du sort, la famine a été aggravée par la vente présumée des réserves stratégiques de maïs par le National Cereals and Produce Board (NCPB) à des pays d'Afrique australe, dans le cadre d'une transaction approuvée par l'administration du président de l'époque, Daniel Arap Moi.
Pour l'instant, le gouvernement n'a pris que l'unique option disponible qui est d'initier une distribution effective de l'aide alimentaire, ce qui a un impact positif sur le terrain, d'après un officiel du ministère des Programmes spéciaux rattaché aux services du président.
L'officiel a déclaré que le gouvernement avait déjà distribué 43156 tonnes de vivres à 26 des districts les plus affectés durant juillet et août et continuera tout au long des mois de septembre et octobre, jusqu'à ce que l'approvisionnement alimentaire revienne à la normale.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a également initié une opération d'urgence ce mois-ci, dans 11 districts prioritaires.
Il s'agit de Turkana, Marsabit, Mandera, Kwale, Kilifi, Makueni, Kitui, Garissa, Wajir, Isiolo et Tana River Le Plan national de développement 2002-2008 note parmi les principaux facteurs qui compromettent la sécurité alimentaire au Kenya, l'accent qui est mis sur la quantité et non la qualité, l'absence de système d'alerte avancée, l'insuffisance des réserves stratégiques et de la recherche, la faiblesse des institutions agricoles et enfin, l'absence de contrôle efficace des maladies qui frappent les cultures et le bétail.

22 Setembro 2004 19:29:00




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