La fragile stabilité de la RCA menacée par des mercenaires et des combattants étrangers

Bangui, Centrafrique (PANA) -  Le Groupe de travail des Nations Unies sur les mercenaires, en visite en République centrafricaine, a affirmé que: « des mercenaires et des combattants étrangers en provenance de pays voisins, notamment du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Soudan, ont rejoint des groupes armés, principalement les Seleka, provoquant chaos et destruction ».

« Plus de 500 mercenaires et combattants étrangers demeurent en RCA aujourd’hui et ont profité de la fragilité actuelle du pays pour s’enrichir à travers des activités criminelles», a déclaré, dans un communiqué rendu public ce jeudi, l’expert en droits de l’Homme Anton Katz, qui invite le gouvernement centrafricain à contrer de toute urgence cette menace, afin d’éviter une nouvelle escalade de la violence dans le pays.

« La présence continue de ces acteurs compromet gravement le droit des Centrafricains à l’autodétermination et menace la stabilité du pays », indique le Groupe de travail qui a également exprimé des inquiétudes au sujet de la présence de  « l’Armée de la Résistance du Seigneur » ( « Lord Resistance Army » - LRA) qui a provoqué une recrudescence de la violence dans le Sud-est du pays ces derniers mois.

La LRA, principalement composée d’Ougandais et comprenant également des membres provenant du Soudan, de la RDC et du Niger, a, à ce jour, enlevé des centaines de personnes, en particulier des enfants utilisés comme soldats et soumis de nombreuses femmes à la violence sexuelle et à l’esclavage.

La présence de ces groupes armés étrangers dans le pays est également attisée par  l’exploitation des ressources naturelles, en l’occurrence dans le Nord du pays où une entreprise  aurait embauché d’anciens membres Séléka,  afin de protéger un site pétrolier, en contrepartie d’un salaire jugé élevé.

Les frontières poreuses ont rendu facile l’entrée dans le pays des groupes armés étrangers, tandis que les richesses naturelles, telles que le diamant, l’or, l’uranium et le pétrole, représentent une attraction pour ces combattants et que par ailleurs la perception illégale des taxes prélevées auprès de la population, ainsi que le vol, le pillage, le trafic et la contrebande sont devenus une source de revenus pour ces acteurs.

Aussi le Groupe de travail invite-t-il le gouvernement  centrafricain à « mettre en place un système pour sécuriser ces sites et un mécanisme transparent pour gérer ces ressources ».

« Nous demandons au gouvernement de donner la priorité à la protection des civils contre les groupes armés; nous l’exhortons à poursuivre le renforcement des forces de sécurité nationales et le renforcement des mécanismes judiciaires pour lutter contre les menaces des groupes armés ainsi que contre le problème de l’impunité qui prévaut», indique Patricia Arias, membre du groupe d’experts qui a également exhorté le gouvernement à assurer la protection totale et de garanties contre des représailles pour des témoins et des victimes.

« Les victimes de violations des droits de l’Homme doivent également avoir accès à une réparation effective. Sans ces garanties, une réconciliation durable ne peut avoir lieu », déclare l’expert qui estime indispensable le renforcement et la participation de la Société civile, y compris les plates-formes religieuses, dans toutes les étapes du processus de réconciliation.

En ce qui concerne les activités des Sociétés militaires et de sécurité privées (SMSP) et leur impact sur les droits de l’Homme, le Groupe de travail a recommandé l’adoption d’une législation solide, pour réglementer l’industrie des SMSP et permettre aux victimes d’avoir accès à des voies de recours en cas de violations des droits de l’Homme.

Il faut rappeler que le conflit de 2013 a eu pour conséquences plus de 5.000 morts, 380.000 personnes déplacées, 450.000 réfugiés dans les pays voisins, environ 6.000 femmes victimes de violence sexuelle et près de 10.000 enfants recrutés de force comme soldats.

A la suite des élections organisées début 2016 dotant le pays d’un président élu, M. Faustin-Archange Touadéra, ainsi que d’une Assemblée nationale, les autorités avaient initié des mesures positives parmi lesquelles le processus de réconciliation nationale et la lutte contre l’impunité concernant les violations des droits de l’Homme commises pendant ces dernières années de conflit.

D’autres initiatives ont également été prises concernant notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution qui reconnaît la menace des mercenaires, le suivi des recommandations du Forum de Bangui comprenant le Désarmement, la démobilisation, la réinsertion et le rapatriement des anciens combattants (DDRR),  ainsi que les efforts visant à établir une cour pénale spéciale pour enquêter sur les violations graves des droits de l’Homme et poursuivre les auteurs des crimes commis depuis 2003.
-0- PANA SSB/IBA 20oct2016

20 octobre 2016 14:04:58




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