La diaspora courtisée avec ou sans la sixième région d'Afrique

Dakar- Sénégal (PANA) -- L'Afrique et sa diaspora se donnent rendez- vous en mars 2006 au Brésil pour un colloque international qui devra relancer le débat sur la problématique de la contribution de la diaspora africaine au développement de son continent d'origine.
Au dernier colloque organisé en 2004 à Dakar, il était vivement question, au titre des recommandations, d'appuyer l'idée du chef de l'Etat sénégalais, Me Abdoulaye Wade, de faire de la diaspora africaine la sixième région du continent africain.
Le gouvernement issu de l'alternance démocratique survenue au Sénégal en février/mars 2000, prenant en marche le train de l'UA, avait constaté que le mot "diaspora" lui-même était absent de l'Acte constitutif de l'organisation, d'où sa suggestion consistant à ajouter cette entité aux cinq régions traditionnelles que sont l'Afrique du Nord, l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique de l'Est, l'Afrique centrale et l'Afrique australe.
Aujourd'hui encore, l'on en est à la phase des débats en ce qui concerne cette sixième région, toutes les parties n'étant pas parvenues à un consensus sur cette question que soutiennent, sans réserve, les avant-gardistes tels Me Abdoulaye Wade et ses homologues nigérian Olusegun Obasanjo et sud-africain Thabo Mbeki.
Cependant, les instances de l'Union africaine ont eu le mérite de réaliser des avancées notables au sujet de l'épineuse épreuve que constituait la définition de la "diaspora" dans le contexte spécifique du projet d'intégration africaine.
"Il s'agit de sortir de la situation paradoxale créée par la tendance à croire que les Noirs d'Amérique et des Antilles constituent les seuls membres de cette diaspora", explique le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, dans un entretien lundi avec la PANA.
"Le problème est donc réglé, se réjouit-il, en précisant que sont également concernés les Noirs péruviens, les Noirs colombiens, les Afro-Cubains et les Africains brésiliens aussi bien que les Nigérians américains, les Sénégalais européens, les Camerounais hollandais, les Gambiens suédois, les Algériens de France, les Marocains et Tunisiens d'Espagne et d'Italie, etc.
" Ainsi, l'appartenance à la diaspora africaine "ne saurait être conférée par le seul critère racial, mais également par l'origine africaine et le sentiment de se reconnaître comme tel, facteurs qui libèrent naturellement cette volonté de se rendre utile à ce continent", indique le ministre sénégalais.
Certes, l'implication de la diaspora africaine dans le développement du continent appelle la mise en place de conditions suscitant chez l'expertise africaine expatriée le désir d'apporter sa contribution à l'Afrique.
D'autant plus que parmi la diaspora figurent des intellectuels de haut niveau qui ont été contraints, par le passé, de quitter leurs terres natales pour des raisons évidentes de manque d'emplois, de gestion inéquitable des ressources nationales ou d'instabilités générées par le non-respect des droits humains fondamentaux.
Pour le chef de la diplomatie sénégalaise, les conditions favorables au retour des cadres expatriés seront réunis "lorsque ces derniers cesseront d'être considérés comme des dangers ou d'être victimes de harcèlement moral" dans leurs propres pays.
"L'espoir est permis", affirme M.
Gadio, qui indique que l'expérience tentée dans certains pays, comme l'Inde, demeure encourageante.
"Le travail continue: il s'agit maintenant de mettre en oeuvre les stratégies nécessaires pour attirer la diaspora", insiste-t-il, citant les programmes TOKTEN (en français: Transfert des connaissances à travers les nationaux expatriés) qui constituent des exemples édifiants de mise à contribution de la diaspora pour le développement de l'Afrique.
Lancés en 1970 par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), les programmes TOKTEN ont le mérite de donner à l'expertise africaine expatriée la possibilité de prendre contact avec les réalités du pays, de les apprécier dans leur exemplarité et de se faire une juste idée de la contribution qu'elle pourrait apporter à la réalisation des programmes nationaux de développement sous forme de contrats à durée déterminée ou à la faveur d'un retour définitif au pays.
Le Sénégal, le Mali, le Rwanda et le Burundi figurent en bonne place sur la liste des pays africains s'étant engagés à mettre en oeuvre ce programme.
D'autres pays n'ont pas attendu l'institutionnalisation de la sixième région d'Afrique pour entreprendre les démarches indispensables au renforcement des partenariats et de la coopération avec la diaspora.
L'Afrique du Sud, conjointement avec le gouvernement jamaïcain et l'Union africaine, a organisé en mars 2005 à Kingston (Jamaïque) une conférence à l'issue de laquelle des mécanismes ont été mis en place pour l'établissement de relations économiques et politiques plus fortes entre l'Afrique et la diaspora caribéenne.
Six ans auparavant, le chef de l'Etat béninois Mathieu Kérékou initiait la Conférence internationale des leaders pour la réconciliation et le développement qui devait déboucher sur la création du festival "Gospel et Racines".
La mise sur pied de l'Agence béninoise pour la réconciliation et le développement (ABRD) pour conduire l'initiative a permis le développement de divers programmes oeuvrant "pour une implication de nos frères et soeurs de la diaspora" dans le développement du continent.
La création, en 2003 à Bâton Rouge, en Louisiane, par les membres de la diaspora, de l'Organisation non-gouvernementale Réconciliation et Développement (RADCORP) augure de l'adhésion des Africains de la diaspora au projet de participation au développement du continent.
Le chef de l'Etat sénégalais, Me Abdoulaye Wade, n'est pas en reste, qui "envisage dans quelques mois une tournée dans plusieurs communautés de la diaspora dans les Caraïbes et en Colombie notamment", confie M.
Gadio, sans doute pour apporter sa part d'eau au moulin de la formation de la sixième région africaine.

07 février 2006 15:25:00




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