La crise ivoirienne a eu un impact négatif sur le secteur privé

Abidjan- Côte d'Ivoire (PANA) -- En dépit de l'optimisme régulièrement affiché par le ministre d'Etat ivoirien chargé de l'Economie et des Finances, Bohoun Bouabré, l'activité économique tarde à reprendre effectivement à cause de la méfiance des opérateurs économiques face à la persistance et même à l'aggravation de la crise politique qui secoue le pays depuis plusieurs semaines, constate la PANA sur place.
Selon les milieux d'affaires Abidjanais, notamment les opérateurs économiques français et certains responsables de la Chambre de commerce d'Abidjan, il y a très peu de chances pour que la conjoncture économique s'améliore à moyen terme.
Cette sinistrose s'expliquerait en partie par la baisse constante de la production.
Ainsi les statistiques de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) annoncent une régression de l'indice harmonisé de production de 6,2% entre les mois d'avril et de mai.
Et cela en dépit d'un léger frémissement au niveau de certaines activités, comme le transport ferroviaire avec la Sitarail, qui exploite le réseau ferroviaire entre la Côte d'Ivoire et le Burkina.
cette tendance baissière a été amorcée en 2003, selon l'Institut national de la statistique (INS), qui relève que l'indice de production sur les 8 premiers mois de 2003 s'établit à -15,6 % comparé à la même période en 2002.
Il ne pouvait en être autrement, dès lors qu'aucune reprise des investissements n'était perceptible, que le chômage s'accentuait et que le pouvoir d'achat continuait de baisser.
Des pans entiers de l'économie, comme celui du textile par exemple, continuent de s'écrouler.
Cependant, des initiatives d'évaluation quantitative de l'impact de la crise sur le secteur productif sont entreprises, et l'on note déjà à titre indicatif, des résultats significatifs au niveau de certaines entreprises.
Ainsi, la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE) comptabilise 3,648 milliards de FCFA de perte au titre des stocks de matériel, 1,2 milliards de FCFA pour la consommation d'énergie non encaissée et 120 millions de FCFA par mois pour les charges salariales du personnel déplacé de guerre.
La société Ivoire Coton a pour sa part subi un préjudice de 3,740 milliards de FCFA au titre des produits vendus mais non exportés, entraînant des conflits avec les clients.
La Palmci accusait à fin juin environ 3,6 milliards de FCFA de perte au titre de ses productions (huile palmiste) dans la seule zone du Bas-Cavally, tandis que la Société ivoirienne de raffinage (SIR) perd depuis le 19 septembre 2002, 34,1 millions de FCFA/jour, au titre de la vente de ces produits sur le marché local, 20,3 millions FCFA/jour sur les produits non vendus sur les marchés du Burkina Faso et du Mali, et 22 millions de FCFA par jour du fait des surcoûts générés par les difficultés d'approvisionnement.
La société sucrière évalue à un peu plus de 5 milliards de FCFA, les dommages subis du fait de la guerre, dont 17.
810 tonnes de production pour une valeur de 3,991 milliards de FCFA, une perte de productivité sous forme de surcoûts et frais divers à hauteur de 1,27 milliards de FCFA, et une dégradation de l'outil de production (perte de véhicule) pour 203 millions de FCFA.
Les fortes baisses de la consommation d'énergie (baisse de 13,7% pour la moyenne tension, et 12,3% pour la basse tension), indiquent à tout le moins que l'activité économique est restée en deçà de son niveau de 2002.
Selon un bilan établi par rapport de l'Union économique et monétaire de l'ouest africain (UEMOA), l'agro-industrie de façon générale a connu un repli d'activité de 3,9% en 2003, le bâtiment a enregistré un recul de 6,1% de son activité, l'investissement global de 5,3% (avec une regression de 5,9% de celui privé), la consommation elle- même aura baissé de 1,5% du fait de la baisse du pouvoir d'achat, donc des revenus des ménages.
Avec l'aggravation de la crise politique, du fait notamment de la répression sanglante de la tentative de marche avortée de l'opposition, le 25 mars dernier, et de la sortie du gouvernement des ministres issus des rangs du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, l'ex-parti unique), du Rassemblement des Républicains (RDR, opposition libérale), de l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire (UDPCI) et des Forces nouvelles, l'ex-rébellion, le climat économique va certainement s'alourdir davantage.

15 avril 2004 17:06:00




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