La crise aggrave les difficultés du transport urbain à Abidjan

Abidjan- Côte d'Ivoire (PANA) -- La crise politico-militaire déclenchée le 19 septembre dernier a amplifié les difficultés déjà existantes dans le transport urbain à Abidjan où se déplacer relève désormais du parcours du combattant du fait de l'afflux des déplacés de guerre, a-t-on constaté sur place.
La capitale économique ivoirienne, qui comptait environ 3 millions d'habitants avant les évènements, enregistre aujourd'hui quelque 5 millions d'âmes du fait de la présence des populations déplacées des zones de guerre, assiégées par la rébellion armée.
Malgré un nombre croissant de moyens de transport urbain (bus de la Société de transport abidjanais (SOTRA), taxis compteurs, minicars appelés communément "gbakas"), les usagers ont du mal à se rendre à leurs lieux de travail.
Pour l'un des responsables du service d'exploitation de la SOTRA, M.
Souleymane Coulibaly, "il est évident qu'avec la crise actuelle qui secoue la Côte d'Ivoire, l'unique société publique de transport n'est plus en mesure de satisfaire à la demande des usagers.
M.
Coulibaly évoque la vétusté du parc auto de la compagnie qui a aussi été à maintes reprises victime de différentes attaques lors des manifestations de mécontentement des militants des partis politiques.
"Nos engins sont cassés ou brûlés au moindre mouvement de mécontentement.
Cela n'arrange pas la société, face à la demande croissante des usagers qui attendent durant des heures aux arrêts de bus dans l'espoir de se faire transporter", explique Coulibaly.
De nombreux Abidjanais préfèrent pourtant les bus de la SOTRA aux taxis et minicars à cause du prix qui est à la portée de presque toutes les bourses ainsi que de la garantie de sécurité que procure cette société.
"Pour une distance de dix kilomètres, le passager paie environ 210 à 300 FCFA alors qu'avec le taxi, c'est environ 3.
000 FCFA qu'il devra débourser.
Avec les minicars, l'usager devra payer 500 FCFA, sans compter les tracasseries policières que subissent les chauffeurs de taxis et minicars contrairement aux conducteurs de bus qui ne subissent pas de contrôle routier de la police", affirme Athanase Kondo, un fonctionnaire.
"Je suis à Yopougon et mon école est à Koumassi, distante de 12 kilomètres.
Il faut attendre durant des heures les premiers bus de la SOTRA pour lutter afin d'être à l'heure aux cours, mais jamais malgré mes efforts je ne peux être à l'heure aux cours.
Les soirs je rentre chez moi très tard vers 21 heures tout fatigué", se plaint Anges Séka, un élève de Terminale.
Nombreux sont les Abidjanais qui vivent ce calvaire et souhaitent qu'une solution rapide soit trouvée à ce problème.
Si à la SOTRA on ne fait pas cas de problèmes liés aux forces de l'ordre, les chauffeurs de taxis compteurs et de minicars, ne sont pas du tout contents des policiers et gendarmes qui régulent le contrôle routier, rendant ainsi leur travail encore plus difficile.
"Les gendarmes et policiers sont décevants.
Nous travaillons pour des patrons qui, malgré la crise, nous demandent des recettes exorbitantes que nous avons du mal à trouver avec les activités qui tournent au ralenti.
A cela, il faut ajouter les nombreux barrages dressés par les policiers et les gendarmes pour nous soutirer entre 500 et 1000 FCFA à chaque passage (1 dollar US = 585 FCFA).
Tout se passe dans l'indifférence totale de nos autorités politiques", déplore pour sa part Barry Abdoulaye, chauffeur de taxi compteur.
Pour Zoumana Silla, un chauffeur de minicar qui assure la ligne Abobo-Adjamé, deux quartiers populaires d'Abidjan, les forces de l'ordre font comme bon leur semble.
Selon lui, quand les chauffeurs se plaignent de leur attitude, les policiers et gendarmes leur répondent en ces termes : "Vous pouvez aller vous plaindre où vous voulez, nous ne faisons que notre travail ou alors garez vos véhicules jusqu'à ce que de nouvelles mesures nous fassent quitter les routes".
Devant toutes ces difficultés, les usagers comme les transporteurs espèrent tous que la nouvelle équipe gouvernementale de réconciliation nationale se penchera sur l'épineux problème du secteur des transports en Côte d'Ivoire.
L'appel lancé par les transporteurs et les usagers aux autorités, a conduit ces temps-ci à la formation d'une unité de régulation de la circulation, pour redorer l'image de la police nationale.
Au total, 243 agents formés à cet effet ont prêté serment à la mi-mai au tribunal de première instance d'Abidjan.
Ces policiers qui travailleront à partir du 2 février prochain, seront les seuls habilités à délivrer des contraventions aux usagers "fautifs".
En clair, "les automobilistes ne devront donner de l'argent à aucun autre policier s'il n'est issu de cette unité.
Cette nouvelle disposition contribuera à rétablir la confiance entre la population les policiers, estime le directeur général de la police nationale, le général Adolphe Baby.

26 مايو 2003 20:47:00




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