Lagos, Nigeria (PANA) - La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a suspendu le Mali et averti les putschistes qui ont renversé le président démocratiquement élu de ce pays la semaine dernière qu'ils s'exposaient à une action armée du groupe régional, s'ils ne rétablissaient pas l'ordre constitutionnel.
La CEDEAO a indiqué qu'elle n'était disposée à accorder aucune légitimité à la junte et a également annoncé des mesures contre la libre circulation des putschistes, ainsi qu'un embargo diplomatique et financier qui entrera immédiatement en vigueur s'ils ne rendent pas le pouvoir au président renversé, Amadou Toumani Touré.
Si ces sanctions ne suffisent pas pour déloger les putschistes, la CEDEAO s'est engagée à prendre toutes les mesures nécessaires, dont l'usage de la force pour rétablir l'ordre constitutionnel au Mali.
Pour montrer que ce ne sont pas des menaces en l'air, le bloc régional de 15 membres a demandé à la Commission de la CEDEAO de placer la Force en attente de la CEDEAO (ESF) en état d'alerte maximale pour "parer à toute éventualité".
La suspension du Mali du groupe régional de 15 membres signifie qu'il ne pourra plus siéger au niveau des instances de décision de la CEDEAO, avec effet immédiat.
Ces décisions ont été prises lors du sommet extraordinaire de la CEDEAO de mardi à Abidjan, en Côte d'Ivoire, auquel ont participé neuf chefs d'Etat et des représentants de l'Union africaine, de l'ONU, de l'UEMOA, de l'Algérie et de la Mauritanie.
Ce sommet a été convoqué principalement pour délibérer sur le coup d'Etat au Mali perpétré par des officiers subalternes qui ont déclaré protester contre la mauvaise gestion par leur gouvernement de la rébellion touarègue dans le Nord du pays.
"L'Autorité réaffirme l'inviolabilité des Protocoles de la CEDEAO, en particulier des dispositions du Protocole additionnel sur la démocratie et la Bonne gouvernance (2001), qui stipule une tolérance zéro pour le pouvoir obtenu ou conservé par des moyens inconstitutionnels", ont déclaré les dirigeants dans leur communiqué, obtenu mercredi par la PANA à Lagos.
Le sommet a déploré l'impact de ce coup d'Etat sur les acquis de la région ces deux dernières décennies en matière de stabilité et de culture démocratique.
Cependant, il a décidé de donner à la junte, qui a envoyé des représentants à Abidjan, l'occasion de comprendre les implications de son refus de se conformer à ces décisions en envoyant deux délégations pour lui transmettre les conclusions du sommet.
La première délégation, attendue à Bamako mercredi, comprendra les chefs d'état-major du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, du Nigeria, du Niger, du Togo, du Sénégal et le président de la Commission de la CEDEAO et commandant en chef de l'ESF.
Elle a pour mission de "sensibiliser la junte sur la nécessité d'un retour immédiat à l'ordre constitutionnel; d'informer la junte sur les récentes mesures envisagées par la CEDEAO pour aider le Mali à préserver son intégrité territoriale; évaluer la situation militaire sur le terrain et la chaîne de commandement; informer la junte sur les sanctions auxquelles elle s'expose en cas de refus d'appliquer les décisions de l'Autorité et informer le Comité national de redressement pour la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE) que la CEDEAO prendra toutes les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre constitutionnel au Mali".
La deuxième mission sera une délégation de haut niveau comprenant les présidents Alassane Dramane Ouattara (Côte d'Ivoire et CEDEAO), Thomas Boni Yayi (Bénin et UA), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Ellen Johnson-Sirleaf (Liberia), Issoufou Mahamadou (Niger) et Goodluck Ebele Jonathan (Nigeria).
Elle est attendue dans la capitale malienne en fin de semaine "pour obtenir le rétablissement rapide de l'ordre constitutionnel", selon le communiqué.
-0- PANA SEG/FJG/JSG/IBA 28mar2012