L'euphorie le cède au scepticisme

Bamako- Mali (PANA) -- La possibilité de fabriquer des médicaments génériques est loin d'être à portée de main, malgré l'espoir né du récent retrait de la plainte des firmes pharmaceutiques contre le gouvernement sud-africain, si l'on en croit certaines voix autorisées à l'usine malienne de Produits Pharmaceutiques (UMPP).
La plainte des firmes pharmaceutiques contre l'Afrique du sud, rappelle-t-on, bloquait, depuis trois ans, l'application d'une loi en faveur de l'importation, par ce pays, de médicaments génériques anti-Sida bon marché.
"Nous ne sommes pas en mesure de fabriquer aujourd'hui des génériques pour traiter le VIH/SIDA", déclare d'emblée le directeur adjoint de l'UMPP, M.
Bakary Nana Coulibaly, démentant ainsi une opinion généralement répandue selon laquelle la décision de ces firmes serait une aubaine pour les laboratoires pharmaceutiques africains.
Cette incapacité s'explique par le fait que l'usine malienne de Produits Pharmaceutiques "ne dispose pas encore de technologies appropriées pour produire des cachets anti-VIH", explique ce responsable, qui précise que seules quelques dérivés de la nivaquine (chloroquine), du paracétamol (doliprane), d'aspirine ou d'antibiotiques sont fabriqués par son unité et écoulés sur le marché malien.
Pour la mise au point au Mali de médicaments génériques contre le VIH, "il va falloir un transfert de technologie", affirme-t-il.
Pour le directeur du Centre de Soins, d'Assistance et de Conseils du Mali (CESAC), le Dr Aliou Sylla, "l'importation, de médicaments génériques contre le Sida doit obéir au respect de certaines normes médicales".
Les autorités sanitaires doivent faire l'effort de n'importer que des génériques de meilleure qualité, acquis à moindre coût.
Cela pour parer à d'éventuels cas de résistance, explique le Directeur du CESAC.
Le tri des malades éligibles aux traitements des antirétroviraux doit être en outre rigoureux, pense le Dr Aliou Sylla, pour qui la mise sur pied d'un comité de sélection de malades susceptibles de suivre le traitement serait bien indiquée.
Ces craintes sont également partagées par le Dr Bassidiki Traoré du Programme national de Lutte contre le Sida (PNLS) qui estime que "l'euphorie de l'arrivée prochaine des génériques ou des antirétroviraux ne doit pas nous fait perdre de vue l'application de nos programmes de lutte contre la pandémie".
L'implication personnelle du chef de l'Etat du Mali, Alpha Oumar Konaré, dans les activités de lutte contre le Sida et la volonté politique de son gouvernement se sont traduites par plusieurs actions concrètes, y compris la mise en place d'une ligne budgétaire d'un milliard de francs CFA pour la prise en charge des personnes infectées ou affectées par le VIH/SIDA.
A l'instar d'autres pays africains, le Mali, rappelons-t-on, s'est engagé dans une initiative d'accès aux soins et aux traitements, dénommée "Initiative malienne d'Accès aux antirétroviraux".
Dans ce cadre, le pays a conclu, le 7 avril dernier, un accord avec quatre laboratoires de recherche pharmaceutique, permettant la fourniture de médicaments antirétroviraux à des prix pouvant atteindre une réduction de 89 pour cent par rapport aux prix pratiqués en Occident.
Cette réduction de coût constitue une aubaine pour les 130.
000 personnes infectées, dont certaines étaient contraintes de débourser, mensuellement, entre 310.
000 et 450.
000 F CFA.
Avec le concours du Centre de Soins, d'Assistance et de Conseil, une centaine de malades maliens s'approvisionnaient librement en médicaments antirétroviraux sur le marché occidental.
L'Etat malien, totalement absent du circuit d'approvisionnement des malades vivant avec le VIH, n'avait alors mis en oeuvre aucune politique.
La signature de ces accords, ainsi que la mise en place d'un mécanisme de subvention approprié de soins, devront permettre au Gouvernement du Mali de traiter 300 à 400 patients en 2001 et 500 à 600 patients en 2002.
L'espoir suscité par la baisse du prix des antirétroviraux s'est cependant vite estompé chez de nombreux maliens, porteurs du virus.
La présidente de l'Association féminine d'aide et de soutien aux veuves et orphelins du Sida (AFAS), Mme Aïssata Sacko, n'est pas sans amertume.
"Nous avons le sentiment que les autorités veulent nous marginaliser dans le choix des candidats aux traitements.
Dès l'annonce de la baisse du prix des antirétroviraux, beaucoup de malades anonymes se sont déclarés porteurs du virus".
Les propos de Mme Sacko ont été confirmés au Programme national de lutte contre le Sida où affluent, de jour en jour, plusieurs malades, jusque-là tapis dans l'anonymat.
La présidente de l'AFAS espère du gouvernement malien "l'implication entière des associations de personnes atteintes du Sida dans la gestion et la distribution des antirétroviraux".
Cheick Kalil Tounkara, de l'Association malienne des personnes vivant avec le VIH (AMPV), est plus critique envers les autorités sanitaires.
"Nous avons toujours espéré que les personnes infectées, qui militent dans une association, seront prioritaires dans le traitement.
Au regard de la démarche cavalière des autorités, nous ne pouvons que désespérer", s'est-il plaint.
La disponibilité des antirétroviraux ou de médicaments génériques anti Sida est cependant vu d'un bon oeil par le corps médical malien.
Le médecin généraliste Moctar Koné, qui exerce dans un Centre de Santé communautaire (CSCOM), trouve louable l'initiative du gouvernement facilitant l'accès de médicaments aux malades maliens.
"Il était grand temps pour nous autres soignants de disposer de médicaments efficaces pour nos patients", affirme-t-il.
Le Dr Abdoulaye Diallo, qui monnaye parallèlement ses services dans une clinique privée de la capitale, exhorte ses homologues à plus de diligence afin de mieux appréhender les nouveaux produits.
"Les antirétroviraux ne doivent pas être administrés à n'importe quel patient.
De sérieux critères médicaux et bio cliniques doivent être établis avant le début d'un traitement.
Il va falloir que le personnel socio-sanitaire s'y mette pour se mettre à niveau", laisse-t-il entendre.

25 avril 2001 13:47:00




xhtml CSS