L'équation Kadhafi hante les assises panafricaines d'Addis-Abeba

Addis-Abeba- Ethiopie (PANA) -- Viendra, viendra pas.
.
.
la participation ou non du colonel Mouammar Kadhafi au 3è sommet de l'Union africaine, du 6 au 9 juillet, anime ici à Addis-Abeba, les conversations de couloir qui servent généralement d'exutoire à la communauté diplomatique astreinte à la réserve publique, sur des thèmes ne servant pas ses intérêts ou stratégies d'alliances.
Pour des raisons différentes, il est vrai, cette hypothèque que le Colonel libyen fait peser sur sa participation à un sommet dans lequel il joue un rôle moteur et où il a battu, ces dernières années, des records d'assiduité, conforte ou inquiète selon les cas.
Il n'a jamais laissé indifférent cependant aucun des délégués et fonctionnaires interrogés par la PANA, dans la capitale éthiopienne, depuis le début, à la mi-juin, des réunions préparatoires du sommet d'Addis.
Ce n'est pas hasard si deux de ses alliés les plus déterminés dans ses efforts d'édification de l'Union, le président Abdoulaye Wade du Sénégal qui a jumelé coups de téléphones et émissaires et le général Olusegun Obasanjo du Nigeria accouru à ses côtés, ont entrepris depuis lors, de le faire revenir sur sa décision.
Depuis qu'il a qualifié "d'inutile" sa présence à Addis Abeba, dans une interview accordée à la PANA à Tripoli, le Guide libyen a réussi à souligner à grands traits, tout au moins dans les esprits, tout le poids dont il a pesé, au moins ces six dernières années, sur la diplomatie continentale en général, la marche triomphante de l'Union africaine en particulier.
Ce mérite certain, que tous les observateurs lui reconnaissent, n'a pourtant jamais été souligné de toute évidence - exception faite du discours politico-diplomatique habituellement mielleux - dans aucun des symboles, ni actes politiques majeurs posés à ce jour par l'Union et ses animateurs de circonstance.
C'est en vain, après son plaidoyer historique de juillet 1999 à Alger, ses mois de forcing qui ont conduit aux nuits blanches de Syrte I et Syrte II, au milieu des sarcasmes, dénigrements et pressions les plus démobilisatrices, que le Guide libyen a manifesté son intérêt pour abriter le premier sommet d'une Union dont il avait, contre vents et marées, fait proclamer l'avènement le 9/9/99 dans sa ville natale.
Ses pairs, dont certains étaient pourtant au nombre des plus réticents à toute idée de transformation qualitative de l'Organisation de l'Unité Africaine, lui préféreront d'abord Lomé, la capitale togolaise du général Gnassingbe Eyadema, où fut signé, en juillet 2000, l'Acte constitutif de l'Union.
Cet insigne honneur échut ensuite à Lusaka.
En lieu et place du sommet extraordinaire constitutif que sollicitait la Libye, ce fut en Zambie que fut proclamée solennellement, en 2001, l'entrée en vigueur de l'Acte constitutif avant qu'un subtil agencement du rythme de mutation de l'OUA ne fasse finalement, en juillet 2002, de la ville portuaire sud africaine de Durban, l'hôte du sommet constitutif historique de l'Union africaine.
N'était-ce la dextérité du Guide libyen, populiste à souhait et son sens personnel de l'opportunité, il lui aurait été refusé par un protocole manifestement téléguidé, jusqu'à la prise de parole au Cricket stadium de Durban, le moment venu de la grande fête africaine, habilement mise en scène, pour magnifier devant l'histoire, face au peuple Zulu et à l'opinion mondiale, la clairvoyance et la témérité du nouveau leadership africain.
Le phénomène de l'usurpation aidant, ce fut le cas, pour bien d'autres leaders, pourtant militants de la première heure de l'impératif de l'Union, mais subitement passés en cette occasion, en seconde ligne, voire en arrière plan, de la représentation africaine.
Ce que d'aucuns identifient comme un déficit de reconnaissance diplomatique a également conduit, pour des raisons jamais expliquées à ce jour, au choix de l'Egypte du président Hosni Moubarak pour représenter l'Afrique du Nord au comité de pilotage du NEPAD, l'un des outils d'intégration les plus ambitieux dont la nouvelle Union africaine s'est dotée dès sa naissance.
Cette Egypte post-Sadate dont le Maghreb récuse, en toutes circonstances, le leadership régional, est plus résolument attachée à son rôle au Moyen Orient qu'à ses racines et missions africaines.
Originelles et pérennes.
Cette Egypte-là, qui a tout oublié des leçons du Grand Africain Gamal Abd El Nasser, ne semble avoir gardé de ses scintillantes années panafricaines que cette banale obsession du leadership qui, fort justement, opposait sainement, sur le terrain du déploiement naturel, le Rais à Kwame Nkrumah.
C'est pourtant sa seule candidature qui reste en course, face à celle de l'Afrique du Sud de Thabo Mbeki, pour abriter le futur siège du premier parlement panafricain.
Prenant ombrage de cet incompréhensible mésestime diplomatique qui l'a amenée, après des désillusions au dernier sommet de Maputo, à ne compter que sur la démission d'une Tunisienne pour pouvoir faire siéger l'une de ses filles à la Commission de l'UA qui, sans elle n'aurait pourtant jamais été si vite installée, la Libye en est arrivée, sans le dire, à remiser dans les faits ses prétentions.
Il n'est pas, jusqu'à la délocalisation du siège de l'Union que Tripoli souhaiterait au moins, sous le modèle de ce que font les Nations Unies, qui ne risquerait de poser problème.
.
.
à en juger par l'ambiance de terreur psychologique instaurée au sein des diplomates africains, par leurs hôtes éthiopiens, dès que la question réservée aux chefs d'Etat, fut simplement évoquée par le Conseil exécutif.
Pourtant, c'est toujours sur le Colonel Kadhafi, sa générosité et son engagement panafricain à toute épreuve, que les yeux de tous les Africains sont à nouveau tournés depuis qu'ambassadeurs et ministres ont successivement donné la preuve, en leur refusant 0,5 des budgets nationaux, qu'ils n'ont aucune ambition véritable pour les Institutions dont ils viennent de doter l'organisation panafricaine.
Dans ces conditions, qu'il boude le Sommet d'Addis, sous divers prétextes, ou qu'il y débarque à tout moment, le Colonel Kadhafi n'en aura pas moins déjà sonné le tocsin que l'Afrique devrait méditer en réfléchissant, par elle-même, sur ses atouts, ses véritables alliés et ses propres intérêts.
Pour cela, l'acte historique de solidarité qui, en juillet 1978 à Ouagadougou au Burkina, a sorti la Libye de l'isolement où il était confiné à la fois par l'ONU et les grandes puissances occidentales avec la passive complicité de ses soeurs arabes, ne devrait continuer à servir de fond de commerce sentimental.
Que Kadhafi vienne ou pas finalement, les observateurs sont d'avis que le temps est venu pour que d'autres nations aussi riches et puissantes que la Libye, ne se dérobent plus si astucieusement, de leurs devoirs de solidarité, et de leurs responsabilités continentales et historiques.

06 juillet 2004 16:13:00




xhtml CSS