L'avortement sans risque, un des tabous les plus résistants des 60 années de lutte de l'IPPF en faveur de la Planification familiale

Johannesburg, Afrique du Sud (PANA) - Dans une des salles de l’immense complexe hôtelier de Birchwood, dans la banlieue de Johannesburg, en Afrique du Sud, une cinquantaine de jeunes, représentant différents pays du continent se réunissent ce lundi, dans le cadre du Forum africain de la Jeunesse, pour préparer les recommandations à soumettre au Conseil régional Afrique de la Fédération internationale pour la Planification familiale (IPPF), prévu mardi, en marge du 60ème anniversaire de l’IPPF.

A l’issue du précédent Conseil régional Afrique, l’IPPF avait marqué un pas important dans l’intégration des jeunes dans les programmes et activités relatives à la Santé sexuelle et de reproduction, en traduisant dans les actes, la résolution selon laquelle 30 pc des membres du Bureau du Conseil régional devraient être choisis parmi les jeunes de 25 ans au plus.    

La tâche n’est point aisée pour ces jeunes gens et jeunes filles auxquels la Déclaration politique sur le SIDA, adoptée en 2011 par l’Assemblée générale des Nations unies, avait également fixé des objectifs prioritaires à atteindre d’ici à 2015, à savoir réduire de 50 pc la transmission du VIH par voie sexuelle, donner accès au traitement à 15 millions de Personnes vivant avec le VIH et éliminer la discrimination à l’égard des personnes vivant ou affectées par le virus.

Les résultats attendus de ce Forum africain de la Jeunesse traduisent le niveau de responsabilité auquel les jeunes sont appelés à accéder, dans la gestion des réponses à apporter aux problèmes lies a la SSR, notamment le besoin de libérer la sexualité des tabous, aux niveaux familial, communautaire et scolaire, afin de garantir l’accès de cette tranche d’âge aux informations relatives à leur santé sexuelle et prendre des décisions concernant leur vie.

En effet, du tabou il est vivement question dans le cadre du 60ème anniversaire que l’IPPF entend marquer par des témoignages sur la longue et difficile bataille qu’elle a menée contre les tabous dont l’avortement constituait une des composantes-clé.

"Si l’on considère rétrospectivement ce qui a été accompli au cours des six dernières décennies et pendant la période où j’étais aux commandes, je me sens comblé. En matière d’avortement, nous avons fait d’immenses progrès: jadis tabou, il peut à présent être discuté ouvertement", raconte le directeur général de l'IPPF, Tewodros Melesse, dans l’ouvrage "60 ans, 60 récits" qui sera présenté à la soirée de gala prévue mardi soir.

Les expériences de lutte présentées, d’un pays à l’autre, révèlent dans cet ouvrage les divers degrés de radicalisation à laquelle les bénévoles des associations nationales de bien-être familial se sont heurtées dans la quête de l’adhésion populaire à ce procédé salutaire dans les cas critiques des grossesses "à problèmes".

En Ouganda, où l’on évitait de prononcer le mot "avortement", le courage de Reproductive Health Uganda (RHU) a permis de lancer une campagne en faveur d’un meilleur traitement des cas d’avortement sur les plans juridique et médical, expliquant surtout que les avortements à risques contribuaient au taux élevé de mortalité maternelle dans le pays.

"La RHU a réussi à inscrire la question comme prioritaire au programme du Parlement, du gouvernement et du public. L’association a constamment rappelé aux organes publics que ne pas fournir des services d’avortement sans risque et une prise en charge post-avortement constituaient un déni des droits humains des femmes affectées", ajoute le témoignage.

"La sensibilisation accrue en matière d’avortement sans risque et de prise en charge post-avortement donnent des résultats positifs dans la gestion des taux de mortalité maternelle de l’Ouganda. Au fil des années, le nombre de femmes nécessitant des soins post-avortement est en hausse, avec plus d’un millier qui en bénéficient chaque année", précise le document.

Mais si l’opposition à l’avortement sans risque fonde ses arguments, d’une manière générale, sur les croyances et les blocages culturels, à l’image du Sénégal où, à son avis, Fatou Diop, membre de l’Association sénégalaise du bien-être familial (ASBEF), estime qu’il "sera difficile que l’avortement soit perçu comme la solution à une grossesse non désirée", ailleurs la dimension "pauvreté" et "préjugés" l’emporte sur celle des obstacles religieux.
-0- PANA SSB/AAS/JSG/IBA  26nov2012

26 novembre 2012 13:21:02




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