L'accès aux ressources à l'origine des crises en Afrique

Cotonou- Bénin (PANA) -- L'accès aux ressources constitue un enjeu de compétition et se trouve à l'origine de l'éclatement de la plupart des crises en Afrique, a déclaré lundi à Cotonou la journaliste camerounaise Suzanne Kalalobé.
"Les conflits en Afrique s'expliquent toujours par l'accessibilité aux ressources, la rareté des ressources et la compétition entre les différents acteurs qui se battent à mort pour pouvoir accéder à ces ressources", a-t-elle affirmé dans un entretien avec la PANA.
Mme Kalalobé, qui travaille pour le journal camerounais "La Nouvelle Expression", séjourne à Cotonou dans le cadre du forum sur les partis politiques, la Société civile et les médias dans la consolidation de la paix en Afrique qui démarre mardi.
L'autre aspect de ces crises est, a-t-elle indiqué, la pression des multinationales qui veulent absolument gouverner le monde et qui activent d'une certaine façon les prétentions des acteurs africains à l'accessibilité à ces ressources.
La difficulté de moduler ces conflits ou de les réguler relève du fait que ceux qui sont engagés dans les tensions ne veulent pas entendre un autre langage que celui de conquête du pouvoir, a ajouté la journaliste camerounaise.
"L'Afrique vit actuellement dans une phase de reconstruction, et personne ne sachant vers quoi nous allons, il y a une sorte de quadrature du cercle semblable au mythe de Sisyphe où chacun essaie à tout prix d'attraper quelque chose", a-t-elle souligné.
Pour Suzanne Kalalobé, le pouvoir politique n'est qu'un instrument d'accès au pouvoir économique et les conflits politiques ne sont que des corollaires des conflits économiques.
Parlant de l'héritage de l'indépendance des pays africains, Mme Kalalobé a indiqué qu'on ne saurait parler d'indépendance puisqu'il y a eu simplement une "formalisation", les nouveaux dirigeants n'ayant pas eu les outils de gestion du pouvoir.
Dans le cas des pays africains, l'indépendance n'a été qu'une étape stratégique pour le colon de pouvoir continuer à avoir des intermédiaires lui permettant d'assurer sa mainmise sur les ressources africaines, a-t-elle déclaré.
"Avec une monnaie qui n'en est pas une - et qu'on pourrait appeler monnaie de singe puisqu'elle ne nous permet pas de vivre et de nous développer -, de quelle indépendance pourrait on parler", s'est indignée Mme Kalalobé, ajoutant que les Africains sont toujours obligés, pour se comprendre, de s'exprimer dans la langue de ceux qui les ont complètement asservis.
Pour cette militante de l'identité culturelle africaine, il revient aux Africains de faire comprendre aux autres qu'ils existent en tant que continent et d'exiger la restitution de tout leur patrimoine en vue de pouvoir conquérir le monde.
"Aucun continent ne peut se construire sans rester ce qu'il est", a conclu Mme Kalalobé, invitant les Africains à avoir une culture de conquérant et non de victime.

27 june 2005 15:34:00




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