L'absence du Burundi au sommet de l'UA à Kigali, nouvelle illustration d’un profond malaise dans les relations entre Bujumbura et Kigali

Bujumbura, Burundi (PANA) - L’absence du Burundi au 27ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA), en cours à Kigali, au Rwanda, traduit un malaise grandissant depuis des mois entre les deux "pays frères" et devrait mobiliser les décideurs du continent pour qu’il n’y ait pas d’effet contagion sur le reste de la vulnérable sous-région des Grands Lacs, de l’avis général des analystes à Bujumbura.

Tout est parti de la crise politique en cours au Burundi depuis le mois d’avril 2015 et dans laquelle le Rwanda aurait un rôle de catalyseur à jouer, par groupes armés interposés, accuse-t-on ouvertement dans les milieux officiels à Bujumbura, malgré des dénégations maintes fois répétées de Kigali.

Tous les ingrédients de proximité géographique, culturelle, linguistique et ethnique étaient réunis pour que le Burundi soit le premier pays à se manifester à Kigali, selon les mêmes analystes.

La réalité est que plus rien n'est comme avant depuis que le Burundi est entré dans une crise politique débordante au départ liée à un simple conflit électoral entre le pouvoir et l'opposition avant qu'elle ne vire vers des violences de masse et un mouvement d'exode massif de populations vers les pays voisins.

Au niveau de la sous-région, les tensions se sont exacerbées en début de cette année, quand le gouvernement burundais a décrété des marches-manifestations de rue, "jusqu’à ce que cessent les ingérences du Rwanda et de ses dirigeants dans les affaires intérieures du Burundi".

Des "espions" pour le compte de Kigali ont été interceptés et montrés à l’opinion comme autre preuve d’implication du Rwanda dans les affaires intérieures du Burundi.

Un diplomate rwandais a été également déclaré "persona non grata" par Bujumbura pour ingérence dans les affaires intérieures du Burundi.

La circulation des personnes, des biens et des marchandises est également au point mort entre les deux pays, au grand dam des simples citoyens, se lamente-t-on de part et d'autre de la kanyaru, la principale rivière frontalière au Burundi et au Rwanda.  

La crise entre les deux pays ne s’est pas arrêtée là et la communauté internationale est régulièrement prise à témoin, surtout par le pouvoir burundais.

Les échos médiatiques en provenance de Kigali indiquent que la chaise vide du Burundi a été motivée, entre autres, par le fait que l’UA n’a réservé à ce jour aucune suite à une plainte des autorités burundaises contre l’immixtion du Rwanda dans les affaires intérieures de son voisin du Sud.

Le pouvoir burundais dit disposer de "preuves tangibles" que les autorités rwandaises laissent faire des entraînements militaires dans des camps de réfugiés burundais pour revenir déstabiliser le pays d’origine.

Le 26ème sommet d’Addis-Abeba, en Ethiopie, avait été plutôt favorable au pouvoir burundais en lui donnant raison sur son refus d’une "Mission africaine de prévention et de protection au Burundi" (MAPROBU), forte de 5.000 militaires et policiers au nom de la souveraineté nationale.

Le nouveau sommet de Kigali a encore programmé la MAPROBU à son agenda et il n’est pas exclu que les mêmes réticences réapparaissent au grand jour parmi les chefs d’Etat africains dont nombreux sont ceux qui adhèrent également au sacro-saint principe de la souveraineté des Etats africains.

Conscient de la délicatesse de ses relations avec le Burundi, le Rwanda avait été parmi les pays africains à décliner toute contribution et participation à la MAPROBU au moment où elle était encore d’actualité chaude.

Les deux pays s’affrontent aussi dans les instances internationales de prise de décision, avec un léger avantage, pour le moment, pour le Burundi, soutenu inconditionnellement par la Russie et la Chine au Conseil de sécurité des Nations unies où toutes les résolutions "interventionnistes" ont été à ce jour bloquées.

L’allié traditionnel américain du Rwanda a également appris à ménager les susceptibilités du pouvoir burundais pour des intérêts géostratégiques régionaux.

Les Etats-Unis voient particulièrement d’un bon œil l’apport spontané du Burundi aux efforts de maintien de la paix dans certaines zones d’influence de Washington, comme en Somalie, dans la Corne de l’Afrique.

Les intérêts divergents des grandes puissances mondiales désavantagent avant tout les Burundais aussi longtemps qu’ils ne feront pas preuve d’imagination pour se sortir eux-mêmes de la mauvaise passe du moment, analyse-t-on toujours dans les milieux politico-diplomatiques à Bujumbura, convaincus par l’adage qui veut qu’ "un tient vaut mieux que deux fois tu auras".  
-0- PANA FB/TBM/IBA 17juil2016

17 juillet 2016 21:41:42




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