L'Union fait l'objet d'un lynchage médiatique, selon un chercheur

Yaoundé- Cameroun (PANA) -- Les Africains pourraient rater une nouvelle occasion de prendre leur destin en main s'ils continuent de ne se fier qu'à l'interprétation que certains milieux d'intérêts leur proposent de leurs propres réalités, a déclaré à Douala un chercheur camerounais.
Intervenant à l'occasion d'une table ronde sur l'Union africaine, le Pr Jean-Emmanuel Pondi, directeur de l'Institut camerounais des relations internationales (IRIC), a relevé "les campagnes médiatiques virulentes de ces deux dernières années contre l'Union africaine et la Libye, depuis que cette idée a été remise à l'ordre du jour par le guide libyen".
Il s'est étonné toutefois que "les même journaux, européens notamment, qui se gaussaient des prétentions africaines, aient plutôt préféré vendre du silence, quand leurs prédictions se sont révélées fausses".
Ceux qui ne pouvaient plus nier l'évidence ont plutôt choisi "de ne guère rendre compte dans leurs éditions de la création de l'Union africaine en juillet 2000 à Lomé, au Togo, et des pas de géants accomplis depuis lors par la communauté africaine".
"Pour des non-Africains, le problème ne peut se poser en terme d'adhésion ou d'opposition au projet", à cependant estimé le Pr Pondi pour qui la "la question est plutôt de savoir qu'est- ce que nous Africains avons mis en oeuvre en terme de capacité d'interprétation à l'échelle internationale et en terme d'instruments et d'infrastructures de communication pour pouvoir indentifier nos intérêts et les promouvoir".
"Telle est la vraie question", a-t-il dit et "elle est fort embarrassante du reste, parce que pas grand'chose n'a été fait dans cette approche-là".
Il est normal a-t-il ajouté que ceux qui ont leurs médias et servent leurs propres intérêts puissent avoir tendance à interpréter à leur manière, selon leur vision et leurs objectifs.
"Je ne crois pas qu'il faille nécessairement y voir quelque chose de mal, mais je crois que c'est une raison suffisante pour qu'il faille investir davantage ce secteur névralgique.
De ce point de vue, la presse locale et ses animateurs ont une large part de responsabilité", a souligné le chercheur camerouanais.
Au Cameroun, a indiqué le Pr Jean-Emmanuel Pondi, "le projet d'Union africaine, bien que soutenu au sein de l'intelligentsia, n'avait pas été relayé en tant qu' évènement majeur par la presse locale après le sommet de Lomé en juillet 2000.
Le Pr Pondi a reconnu qu'il y a toutefois eu, en cette circonstance, une évolution, comparativement à l'attitude initiale d'hostilité dans les années 80, lorsqu'il donnait des conférences sur le même sujet.
"Il y a manifestement, a-t-il précisé, une nouvelle prise de conscience du fait que l'Afrique des Etats-nations ne pourra pas continuer".
Cependant, dans les milieux de l'Assemblée nationale camerounaise, l'idée de l'Union africaine n'est toujours pas d'une actualité brûlante en raison, principalement, des omissions de la presse locale qui en fait très peu état en termes d'informations factuelles.
Seuls le quotidien national "Cameroon Tribune" et "Le Patriote", un journal proche de Jacques Fame Ndongo, le ministre de la Communication, avaient rendu compte du dernier sommet de Syrte, début mars 2001.
Ce fut pourtant l'occasion au cours de laquelle le Premier ministre Peter Mafany Musongè a enfin consenti à signer l'acte constitutif de l'Union, pour le compte du Cameroun.
Le Pr Pondi regrette ainsi que par déficit d'informations, l'Union africaine, n'ait pas encore été comprise à ce jour, dans ses termes essentiels, par les couches populaires de son pays.
Appréciant ce manque d'engouement, il a indiqué qu'on ne peut pas être engagé par rapport à quelque chose dont on ne connait pas la substance.
"Combien d'Africains savent quel est le contenu de l'acte constitutif de l'Union africaine?" s'est-il demandé.
Manifestement, il y a un besoin de vulgarisation, d'explications, de dissémination des informations afin de créer une sorte de dynamique à l'échelle populaire.
Cela, a-t-il dit, "nous ne pouvons l'attendre des autres sans risque d'être dangereusement abusés", a t-il conclu.

21 avril 2001 12:19:00




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