L'UA invitée à revoir l'organisation de ses sommets ordinaires

Addis-Abeba- Ethiopie (PANA) – Les chefs d'Etat af-ricains devraient revoir leur décision d'organiser deux sommets ordinaires annuels de l'Union africaine (UA), indique un rapport consacré à ces rencontres.
Le rapport intitulé "Vers une Union africaine des Peuples – Obstacles actuels et nouvelles opportunités”, recommande aux Etats membres d'envisager de réduire le nombre des sommets des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA.
Le document, qui prétend présenter les avis de quelques organisations de la société civile africaine, souligne que la multiplicité des réunions ministérielles et des sommets ordinaires et extraordinaires de l'UA, ont coûté très cher à la Commission de l'UA et aux gouvernements.
"La pratique qui consiste à convoquer deux sommets par an exerce une importante pression sur les capacités administratives de la Commission de l'UA, à préparer les rencontres des chefs d'Etat et à mettre en oeuvre leurs décisions", indique le document publié à Addis-Abeba en marge des réunions préparatoires du huitième sommet de l'UA prévu du 29 au 30 janvier la capitale éthiopienne.
Le rapport souligne que bon nombre de décisions prises à l'issue des sommets de l'UA requièrent la convocation d'autres réunions pour en définir les politiques et stratégies de mise en oeuvre, ce qui amène la Commission à consacrer beaucoup de temps à l'organisation de consultations.
S'interrogeant sur le rôle des Communautés économiques régionales, le rapport indique qu'il est difficile de comprendre comment les régions africaines adoptent des positions communes et peuvent être soumises à l'obligation de rendre publiquement compte de leur action au niveau de l'UA.
Selon le rapport, les procédures relatives aux préparations des sommets de l'UA devraient faire l'objet d'une révision.
Les leaders de la société civile interrogés dans le rapport ont parlé de leurs difficultés récurrentes, par exemple en ce qui concerne l'obtention des visas d'entrée sur le territoire du pays devant accueillir le sommet, la délivrance des accréditations leur permettant d'assister aux réunions ou même l'autorisation d'accéder aux salles de réunion.
"De manière fondamentale, nous avons constaté que ce sont les ministères des affaires étrangères et les présidences qui sont généralement responsables de la préparation des sommets.
Il n'y a pas beaucoup de coordination entre les ministères ou les présidences et la société civile", souligne un Sud-Africain, Nobuntun Mbelle, cité dans le rapport.
Le rapport se penche également sur le Conseil économique, social et culturel (ECOSOCC), l'organe de la société civile de l'UA et observe que les procédures régissant l'élection aux structures provisoires du Conseil sont à la fois sources de problèmes et non démocratiques.
"Si l'on veut que l'ECOSOCC joue son rôle, il faut que le Conseil devienne un organisme beaucoup plus représentatif et autonome, auto-organisé, au lieu d'être placé sous la tutelle des gouvernements", a déclaré le Kenyan Irungu Houghton.
L'une des 16 recommandations des Etats membres exige du pays accueillant le sommet qu'il s'engage, à l'avance, à faciliter l'accès de la société civile, notamment en s'abstenant de tout harcèlement contre ses observateurs.
Au moment où l'UA étudie les critères à appliquer pour l'octroi du statut d'observateur, M.
Houghton estime que "l'un de premiers objectifs de l'étude consiste à veiller à ce que les organisations participent en plus grand nombre aux sommets, aux sessions ministérielles et soient plus impliquées dans les politiques.
"Et il ne doit pas s'agir uniquement des organisations en mesure de faire entendre leur voix [mais aussi] des organisations qui représentent les peuples directement touchés par ces problèmes qui nous préoccupent, les maladies, l'injustice, l'exclusion", a-t-il ajouté.
Insistant sur l'une des 11 recommandations faites par le rapport à la Commission de l'UA en vue de la définition d'une politique en matière de diffusion d'information, Irungu Houghton a fait valoir que cette initiative marquerait une avancée qu'il conviendrait de concrétiser avant l'expiration du mandat des hauts responsables élus de la Commission de l'UA, en septembre 2007.
"Cette politique devrait prévoir la publication automatique de la majeure partie des documents, ainsi que le droit, pour les citoyens africains, de demander et d'obtenir l'accès à tous les documents officiels, à l'exception de ceux officiellement classés confidentiels, en vertu de critères connus et restrictifs", recommande le rapport.
Selon l'un des chercheurs ayant participé à la rédaction du rapport, le Sénégalais Ibrahima Kane, les recommandations de la société civile ont pour finalité d'aider l'UA et les Etats membres à améliorer le fonctionnement de la Commission de l'UA, notamment en ce qui concerne ses relations avec la société civile.
De l'avis de M.
Kane, seules la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) ont des relations enrichissantes avec la société civile.
"Ces deux organisations nous offrent des exemples dont nous devons nous inspirer pour renforcer les mécanismes de l'UA elle-même", a-t-il affirmé.
"Nous constatons qu'il y a eu une réelle mutation au niveau de l'UA.
Il existe un nouveau cadre juridique qui permet à la société civile de se faire entendre officiellement au sein de l'UA.
Parallèlement, il existe des problèmes liés à ce cadre juridique et la société civile ne maîtrise pas toujours les questions soulevées", a déclaré M.
Kane.
"Les préparations des Etats en direction des réunions de l'UA excluent généralement la société civile.
Il s'agit là d'un problème qu'il faudrait prendre en charge", a-t-il ajouté.
Le directeur de cabinet du président de la Commission de l'UA, John K.
Shinkaiye, a reconnu que la phase de préparation des sommets laissait à désirer, aussi bien au niveau de la Commission qu'aux niveaux national et régional.
"Les documents ne parviennent pas aux Etats membres à temps et ces derniers ne procèdent pas à la large consultation qui aurait permis aux organisations de la société civile d'apporter leur contribution", a-t-il affirmé.
"En fait, l'UA n'est pas bien connue dans nos pays, ni d'ailleurs ce qu'elle fait, comment ses activités pourraient améliorer la vie des populations et comment ces dernières pourraient contribuer à sa réussite", a déploré M.
Shinkaiye.
Il a cependant critiqué le rapport, estimant qu'il n'a pas fait une évaluation des organisations de la société civile, de leurs forces et faiblesses, de leurs méthodes de coopération, ni entamé une réflexion sur les mécanismes leur permettant de travailler avec d'autres acteurs au sein de l'UA.
Bien que ce rapport de 72 pages se focalise essentiellement sur les procédures du sommet, il s'agit de la première évaluation indépendante publique des avancées réalisées par l'UA vers l'objectif du respect de l'obligation de rendre compte et de l'accessibilité.
Cette étude avait été commanditée par le Forum africain et Réseau sur la Dette et le Développement (AFRODAD), le Projet AfriMAP et Oxfam Grande-Bretagne.

27 janvier 2007 12:31:00




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