L'Onu accuse l'armée tchadienne de violations des droits de l’homme en Centrafrique

Paris, France (PANA) – Le Tchad a vivement réagi aux accusations portées par le « rapport Mapping » des Nations unies sur les multiples conflits en République centrafricaine entre 2003 et 2015 et qui met en cause nommément les éléments de l’Armée nationale tchadienne (Ant) et le détachement tchadien au sein de la Misca dans de nombreux cas de violations des droits de l’homme dans ce pays au cours de cette période.

Le rapport Mapping du Bureau des droits de l'homme des Nations unies et de la Mission des Nations unies en République centrafricaine (Minusca), rendu public le 30 mai dernier,  documente des violations graves du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire commises par des forces gouvernementales successives et divers groupes armés locaux et étrangers, ainsi que par des forces de défense internationales et étrangères en Centrafrique.

Le rapport, mandaté par le Conseil de Sécurité des Nations unies en prélude à la mise en place de la Cour Pénale Spéciale, décrit en détail 620 incidents commis pendant cette période, des récits effroyables, des villages entiers brûlés, des viols collectifs de femmes et de filles parfois âgées d’à peine cinq ans en passant par des exécutions extrajudiciaires et des décès, suite à des cas de torture ou de mauvais traitements dans des centres de détention.

Le document a cité les « crimes » commis par les forces gouvernementales tchadiennes intervenant dans les forces internationales ou dans le cadre bilatéral, des crimes commis par des forces armées soutenues par l’Ant et des milices bénéficiant de la bienveillance de l’Etat tchadien, d’une part, et les crimes des groupes armés tchadiens en dissidence avec les autorités tchadiennes et des combattants tchadiens incorporés dans les groupes armés centrafricains, d’autre part.

« Le gouvernement du Tchad proteste vivement contre ce rapport rédigé à charge et porte de sérieuses réserves vis-à-vis des allégations contenues dans ce rapport. Tous les faits impliquant les soldats tchadiens sont disproportionnellement exagérés. Des allégations de collusion entre nos soldats, notre gouvernement et des bandes armées sont développées à longueur de pages sans aucune réserve, ni nuance », a écrit le ministre tchadien de la Justice, Ahmat Mahamat Hassan.

Dans son courrier adressé à l’Office du Haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies à Genève, le ministre tchadien a ajouté que « ce rapport est truffé d'allégations mensongères, diffamatoires et attentatoires à l’honneur et à la dignité des soldats tchadiens, des autorités du Tchad et à tout le peuple tchadien », avant de préciser que le Tchad se réserve le droit de « reconsidérer » ses relations avec les différentes instances des Nations unies.

« Nous savons que la publication de ce rapport inquiète certaines personnes. Nous parlons de celles qui ont commis certaines des violations les plus abominables, qui sont désormais conscientes que leurs actions ont été observées et soigneusement documentées. Naturellement, elles craignent que la justice les rattrape. C’est cette justice qui constitue la demande incessante de la population centrafricaine et le principal motif de ce rapport », a déclaré M. Andrew Gilmour, sous-secrétaire général aux droits de l'homme.

Le rapport a formulé des recommandations comme la nécessité d’une approche échelonnée et globale de la justice transitionnelle, tenant compte du contexte sécuritaire actuel et du non-désarmement et la nécessité d’une stratégie de poursuite pour la Cour pénale spéciale en République centrafricaine, en raison de l’ampleur des crimes commis durant les conflits et de l’impossibilité de poursuivre tous les auteurs.

Le document a recommandé également l’importance pour la Cour pénale spéciale d’identifier des axes prioritaires d’enquête afin de refléter les crimes les plus graves, la nécessité d’inclure une dimension du genre dans tous les aspects des processus de justice transitionnelle, y compris dans la stratégie de poursuite de la Cour pénale spéciale et la nécessité de créer une Commission vérité et réconciliation.

« Le gouvernement et tous les acteurs nationaux, avec l'aide de la Communauté internationale, doivent travailler ensemble pour briser le cycle de l'impunité une fois pour toutes », indique le rapport.
-0-  PANA BM/BEH/SOC 05juin2017

05 june 2017 15:44:09




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