L'Egypte se présente en synthèse de trois civilisations

Le Caire- Egypte (PANA) -- "L'Egypte peut se targuer de représenter à la fois l'Afrique, les Arabes et le monde musulman.
De ce fait, elle représente une candidature intéressante qui concilie à la fois les revendications des trois organisations que sont l'UA, la Ligue arabe et l'Organisation de la conférence islamique", a estimé Hicham Mourad, docteur en Sciences politiques et enseignant à l'Université du Caire.
"Il ne fait aucun doute que les multiples casquettes que possède le pays représentent son meilleur atout face à ses autres concurrents africains", a indiqué M.
Mourad, également directeur de la rédaction du journal "Al-Ahram Hebdo" et considéré comme l'un des meilleurs spécialistes égyptiens sur les questions africaines.
Il est vrai que l'Egypte bénéficie d'une situation exceptionnelle et particulière qui la place au confluent de plusieurs aires civilisationnelles et qui fait que le pays est à la fois enracinée en Afrique, se situe au centre majeur du monde musulman et est historiquement lié depuis l'antiquité au Proche-Orient.
Mais c'est bien sur les questions purement africaines que la candidature égyptienne sera jugée.
Et c'est peut-être là que les problèmes se posent.
Si l'Egypte de Gamal Abdel Nasser a su jouer un rôle de tout premier plan dans la lutte du continent pour son indépendance, ses héritiers auront plutôt tendance à déserter le terrain africain.
C'est en tout cas ce que pense Hicham Mourad qui attribue au président Anouar El-Sadate, la responsabilité de ce recul.
"C'est depuis l'époque de Sadate que l'Egypte a délaissé les questions africaines.
Le Sommet arabo-africain de 1977 marque la dernière action diplomatique d'importance de l'Egypte en Afrique.
Il a toujours existé une volonté de rapprochement avec les pays africains, mais depuis Sadate, le pays s'est exclusivement tourné vers le Moyen-Orient et l'Occident.
Tout cela s'est fait aux dépens de la politique nassérienne et son rôle tiers-mondiste", a encore dit M.
Mourad.
Un diplomate égyptien, qui a requis l'anonymat, a estimé de son côté qu'au contraire, ce n'est pas l'Egypte qui s'est détournée de l'Afrique, mais le pays en a été éloigné par les crises du Moyen- Orient auquel il est étroitement lié.
Faisant allusion aux deux dernières décennies, le même diplomate a rappelé que "l'Egypte s'est toujours engagée en faveur de l'Afrique, même si elle a dû s'impliquer plus dans les questions moyen-orientales qui restent motivées par sa propre sécurité".
"Depuis, elle est revenue pleinement sur la scène africaine et s'est impliquée dans le COMESA, l'Initiative des pays du bassin du Nil, le NEPAD, l'UA et beaucoup d'autres.
.
.
".
Pour M.
Mourad, même s'il se félicite des nouvelles orientations véritablement pro-africaines du président Hosni Moubarak, son pays risque de payer cher les négligences passées si le Sommet de Syrte trouve un consensus sur les deux candidatures africaines au Conseil de sécurité.
L'universitaire fait remarquer qu'il ne fait aucun doute que l'Afrique du Sud fera l'unanimité sans difficultés, tandis que le Nigeria et l'Egypte se disputeront la deuxième place avec un avantage certain pour Abuja qui peut se targuer d'un engagement africain plus constant.
"L'Egypte espère secrètement que le Sommet de Syrte ne débouche pas sur un compromis pour le choix des deux candidats africains.
Le pays gagnerait à ce que tout soit décidé en septembre à l'ONU car elle y disposerait de plus d'appuis que le Nigeria.
Il est certain que, dans ce cas, les désaccords par ailleurs nombreux parmi les pays africains, jouent en faveur de la candidature égyptienne".
Ces propos sont confirmés par le diplomate qui souhaite ouvertement que ce soit l'ONU qui fasse, en septembre, le choix des deux pays africains.
L'Egypte pourra y compter sur tous ses appuis parmi les Etats arabes et occidentaux avec qui elle entretient d'excellentes relations, a-t-il fait remarquer.
Hicham Mourad estime par ailleurs que l'UA devrait fixer des critères clairs pour les candidatures, estimant à ce propos qu'il "n'existe pas de critères clairs établis pour le choix" des candidats.
"Si l'UA devait utiliser des critères sérieux, l'Egypte disposerait alors de chances très sérieuses" vu son poids démographique et militaire, a-t-il argumenté.
"La population devrait entrer en ligne de compte et l'Egypte fait partie des deux Etats les plus peuplés du continent.
Ensuite, le pays dispose d'une armée puissante, certainement la plus puissante d'Afrique.
Cet élément se révèle d'une très grande importance pour assurer les missions de paix au niveau africain, a encore fait remarquer M.
Mourad, expliquant qu'"un contingent égyptien est d'ailleurs présent au Sud-Soudan depuis une semaine pour assurer le cessez-le-feu entre l'armée soudanaise et la rébellion".

04 juillet 2005 12:52:00




xhtml CSS