L'Assemblée mauricienne accorde l'autonomie à l'Ile de Rodrigues

Saint-Denis- La Réunion (PANA) -- L'assemblée nationale mauricienne vient d'adopter à l'unanimité, deux textes transformant l'île Rodrigues en une région dotée d'une très large autonomie.
Qualifié de "véritable révolution politique" et de "projet historique" par les députés, le dispositif approuvé la semaine dernière, prévoit la création d'une assemblée régionale de 18 membres qui devraient être élus au suffrage universel dès le début de l'année prochaine.
Cette assemblée a appris la PANA ce lundi, sera en fait un mini- parlement susceptible d'adopter des lois spécifiques à l'île Rodrigues.
C'est d'elle qu'émanera un mini-gouvernement compétent dans de nombreux domaines, comme l'action sociale ou le développement économique.
Il sera dirigé par un Commissaire en chef qui pourra être invité à participer, en cas de besoin, au conseil des ministres de la République mauricienne.
Située à 600 kilomètres à l'Est de l'île Maurice, Rodrigues subissait les effets pervers du centralisme mauricien, imposant que toutes les décisions importantes la concernant, soient prises par le gouvernement lointain de Port-Louis, la capitale.
Ces blocages institutionnels expliquent sans doute pour partie, les retards de développement de Rodrigues par rapport à l'île Maurice qui s'est lancée résolument dans les technologies de l'information et les services financiers off-shore.
La situation sociale n'a cessé de se dégrader avec une hausse du chômage, de l'alcoolisme et du suicide sur fond de défiance vis- à-vis de l'île Maurice et de ses fonctionnaires considéré parfois comme des "colonisateurs".
Cette défiance est renforcée par le fait que contrairement à celle de l'île Maurice, la majorité de la population rodriguaise est d'origine africaine et de confession catholique.
Dans ce contexte, les Rodriguais ont progressivement pris conscience de leur singularité au sein de l'ensemble mauricien.
Une singularité qui a trouvé son expression politique avec l'émergence de partis spécifiques, tels l'Organisation du peuple rodriguais (OPR) et le Mouvement rodriguais (MR).
Le même particularisme a trouvé son expression culturelle dans la multiplication de groupes musicaux qui ont sauvé un héritage culturel sur le point de disparaître.
Toutefois, contrairement au souhait des élus rodriguais qui voulaient institutionnaliser un lien direct entre leur île et le Premier ministre mauricien, le poste de Ministre de Rodrigues est maintenu au sein du gouvernement mauricien.
Ce changement institutionnel majeur est cependant l'aboutissement d'une revendication formulée par les Rodriguais depuis plusieurs décennies, mais qui s'était renforcée à la fin des années 1980 sous l'impulsion de l'Eglise catholique.
Le projet d'autonomie répond donc à une aspiration profonde des Rodriguais, en même temps qu'il n'est que la concrétisation de l'une des promesses électorales de l'actuel gouvernement.
Il résulte également de la prise de conscience que l'île Maurice est l'aboutissement ultime des contradictions croissantes qui affectent l'île Rodrigues.
Plus de 20.
000 Rodriguais se sont en effet installés à l'île Maurice en quête d'emploi, grossissant souvent les rangs des exclus aux abords des grandes ville.
"Ce n'est pas un problème rodriguais c'est un problème de la République mauricienne dans son ensemble.
Ne pas prendre au sérieux Rodrigues, c'est d'une certaine manière, menacer la stabilité de l'île Maurice" souligne Antoine Prudence, le responsable du Front pour l'autonomie de Rodrigues regroupant les ONG locales.
La balle est désormais dans le camp des Rodriguais qui devront relever le défi redoutable du décollage économique de leur île.

26 novembre 2001 16:18:00




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