L'Afrique et l'Arabie doivent transcender l'histoire de l'esclavage

Dar es-Salaam- Tanzanie (PANA) -- Lorsque le guide libyen, Mouammar Kadhafi, s'était récemment excusé au nom des pays arabes auprès des pays africains pour leur implication dans la traite négrière en Afrique, certains observateurs considéraient ses propos de fantaisistes, surtout parce qu'ils sont peu nombreux à vouloir aborder de nouvelles idées sur le dénigrement de la dignité humaine engendrée par la soumission des Africains aux affres de la traite des esclaves.
Beaucoup de personnes en Afrique connaissent l'esclavage grâce à leurs cours d'histoire à l'école, alors que d'autres ont également vu ou voyagé à travers des sites, des villes, de bornes routières et de ports retraçant la traite négrière du fait des Arabes en Tanzanie et dans le reste de l'Afrique de l'Est.
D'après les études disponibles, plus de cinq millions d'Africains ont été capturés et acheminés au Proche-Orient, en Inde, en Asie et en Occident.
La population africaine d'aujourd'hui a horreur de l'esclavage autant que leurs ancêtres l'avaient fait et comme il apparaît, plusieurs d'entre eux ont besoin d'autre chose que des excuses.
Des analystes ont cependant salué le courage du leader libyen d'avoir non pas seulement abordé ouvertement la question, mais aussi pour s'être excusé au nom des pays arabes impliqués dans cette traite négrière.
"Même tardive cette excuse du leader libyen, le frère Kadhafi, est à saluer", a déclaré un enseignant tanzanien à la retraite, Edison Maige.
"Aucun leader arabe n'a manifesté un tel courage et une ouverture pour admettre ces atrocités que leurs ancêtres ont infligés aux populations africaines.
Le poids du temps n'a pas effacé dans nos sociétés, les rancunes contre les étrangers qui ont perpétué cette traite", a-t-il ajouté.
"Des comptes rendus des gens qui ont souffert de cette traite menée par les Arabes ont été transmis de génération en génération.
Ceci explique pourquoi les descendants des populations arabes locales sont souvent détestés, surtout lorsqu'elles sollicitent des postes de responsabilité", a poursuivi M.
Maige.
Comme résultat de cet esclavage établi, les Arabes étaient devenus dans les années 1800, les premiers planteurs de cocotiers, de clous de girofle et d'autres épices à Zanzibar et le long des côtes de l'Afrique de l'Est.
Ces cultures sont, depuis lors, la principale activité économique de ces îles, même si leur rentabilité n'est plus ce qu'elle était jusqu'aux années 1970.
L'abolition officielle de l'esclavage dans les îles, en 1897, n'a pas beaucoup changé pour la majorité de la population.
Le décret d'abolition par les puissances coloniales et les mesures prises pour les mettre en œuvre, étaient conçus, en fin de compte, pour pousser les Arabes propriétaires d'esclaves à les maintenir dans les plantations grâce à des contrats et à décourager l'indépendance des travailleurs.
Plusieurs années durant, il est devenu clair que le nombre d'esclaves affranchis était modeste et que les ex-esclaves n'avaient pas d'accès au marché de la main-d'œuvre libre.
D'après les documents, la fin de l'esclavage dans les côtes de l'Afrique de l'Est, dont Zanzibar, est intervenue grâce à la destruction progressive des réseaux complexes de regroupement et de distribution d'esclaves.
Les plantations de clous de girofle de Zanzibar ont survécu et ont enrichi les Arabes grâce à la main-d'œuvre noire, vu que l'esclavage lui-même était intégré dans le système social selon lequel les Africains étaient considérés comme propriété privée.
Le changement du paysage politique en Afrique de l'Est a grandement contribué à la liberté des esclaves et réduit la dépendance économique envers les propriétaires terriens arabes.
L'expansion de l'activité impériale britannique avait augmenté la demande en porteurs pour les caravanes et Zanzibar en devint un centre de recrutement.
Avec le port de Mombasa, au Kenya, devenu un lieu d'escale pour les caravanes en direction de l'Ouganda et la construction des chemins de fer reliant les deux pays ont créé un nouveau besoin en main-d'œuvre.
De ce fait, les propriétaires d'esclaves à Zanzibar ont fait face à un exode massive avec la fuite des esclaves pour retrouver leur liberté et avoir de nouvelles opportunités économiques dans la construction des chemins de fer.
Bien que le travail dans ces camps soit manuel et souvent dangereux, un esclave qui avait déserté son maître vers la fin des années 1890 pouvait survivre dans la dignité.
Les salaires dans les chemins de fer étaient supérieurs aux taux pratiqués le long des côtes où les options économiques pour les anciens esclaves étaient très limitées.
Ils n'avaient aucune difficulté avec le concept de travail salarié, mais ils voulaient contrôler leurs conditions de travail pour que leurs salaires entrent dans leur vie économique plutôt que d'être dépendant du travail des plantations.
Les terres fertiles de Zanzibar avaient permis à de petites surfaces de produire assez de produits pour nourrir une famille et avoir un surplus pour la vente.
Avec leurs revenus financiers, ils pouvaient acheter toutes leurs provisions pour lesquelles, dans le passé, ils comptaient sur leurs propriétaires.
Les propriétaires arabes n'ont pas finalement réussi à garder leurs anciens esclaves comme employés dans leurs propriétés et, comme le vent de la liberté avait commencé à souffler en Afrique au sud du Sahara, le rôle du sultanat arabe et d'un Etat colonial à Zanzibar fut remis en question.
Le 12 janvier 1964, la prédominance des Arabes et leur structure de domination ont été balayées par une révolution qui a donné naissance à l'actuel Zanzibar où tous les citoyens jouissent des mêmes avantages sociaux et économiques de la part de l'Etat.
Malgré l'implication des Arabes dans la traite des esclaves, les relations entre l'Afrique et le monde arabe ne traduisent pas le sort de ses victimes.
D'après M.
Maige, il est réconfortant de voir les leaders africains et arabes essayer de donner une nouvelle vie aux relations entre leurs deux parties.
"La base de nos relations doit fondamentalement changer.
Nous n'acceptons plus de soumission dans n'importe quelle activité les deux mondes pourraient convenir d'entreprendre", a-t-il dit, estimant que les politiciens africains ne devraient pas profiter de la traite des esclaves pour justifier le sous-développement du continent.
"L'esclavage n'a pas signifié la fin des races africaines.
Un partenariat renouvelé avec le monde arabe ne devrait pas être une source de querelles avec l'Afrique, mais elle doit permettre aux populations des deux côtés d'avancer vers de nouvelles conditions de vie parce que nous avons besoin les uns des autres", a-t-il noté.

24 octobre 2010 17:06:00




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