L’Afrique de l’Ouest toujours sous le joug de l’inégalité entre les sexes

Cotonou, Bénin(PANA) - L’Afrique de l’Ouest continue de ployer sous le joug de l’inégalité entre les sexes, selon le profil sous régional de la zone réalisé par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et mis à disposition dans le cadre de la réunion des experts de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEA0) démarrée lundi à Cotonou.

«Les inégalités entre les sexes continuent de marquer l’Afrique de l’Ouest, en dépit des progrès réalisés par la plupart des pays en termes de participation des femmes dans les secteurs économique et social», révèle ce document mis à disposition dans le cadre de la rencontre destinée à examiner «les implications du potentiel élargissement de la CEDEAO et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA)».

A l’exception du Sénégal et du Togo, les autres pays se situent dans les 20 derniers du classement mondial en 2015 de l’indice d’inégalité des sexes du PNUD, avec des niveaux d’inégalité plus accentués au Mali et au Niger, respectivement classés 156ème et 157ème sur un total de 159 pays.

L’évaluation de l’inégalité des sexes est basée sur les performances en matière de mortalité maternelle, de taux de fécondité des femmes de 15 à 19 ans, du pourcentage de sièges au parlement réservé aux femmes, de l’accès à l’éducation secondaire et de la part des femmes dans la population active.

Dans cette zone, les taux de mortalité maternelle restent élevés en dépit des améliorations relevées sur les deux dernières décennies.

Au Niger, révèle-t-on, le taux de mortalité maternelle est passé de 700 décès pour 100 000 naissances vivantes en 1990 à 520 décès en 2015, soit une baisse de 7,2 points par an en moyenne entre 1990 et 2015. En Guinée, elle a baissé de 980 à 724 décès entre 2005 et 2012.

Les niveaux restent toutefois toujours préoccupants et très loin de la moyenne mondiale de 200 décès pour 100 000 naissances avec des taux de 1360 en Sierra Leone en 2015, 335,5 en 2017 au Bénin, 330 en 2015 au Burkina Faso et 243 au Nigeria en 2014, note-t-on.

Pour atteindre la cible retenue dans les objectifs de développement durable de 70 décès pour 100 000 naissances, il conviendrait, entre autres, de rendre universel le suivi des grossesses et les naissances assistées par un personnel de santé qualifié et de renforcer l’éducation des mères.    
  
En ce qui concerne les taux de fécondité des adolescentes, il est relevé des taux parmi les plus élevés au monde avec des niveaux de 117 naissances pour 1000 femmes âgées de 15 à 19 ans pour la CEDEAO contre des niveaux de 114 dans la CEEAC et 103 pour l’Afrique subsaharienne.

Ce résultat est influencé par l’ampleur du mariage précoce. Au Niger, 76% des filles sont mariées avant l'âge de 18 ans, l’un des taux les plus élevés en Afrique et dans le monde. Un taux de prévalence supérieur à 50% est également noté au Mali (55%), au Nigeria (52%) et au Burkina Faso (52%).  

Dans le domaine de l’éducation, les écarts entre les sexes dans les taux de scolarisation se sont réduits, avec même une exception pour le Cap Vert où l’accès à l’enseignement au niveau secondaire et tertiaire est plus élevé pour les femmes comparativement aux hommes.

Le taux net de scolarisation dans le secondaire pour les femmes est en effet de 74,8% par rapport à 65,6%. Un score de parité d’accès à l’école secondaire est noté pour la Gambie et le Ghana. Par contre, une situation plus favorable aux hommes continue d’être notée en Côte d’Ivoire, au Niger et au Mali où le taux d’accès au secondaire était en 2015 de 22,7% pour les filles contre 34,2% pour les hommes.

En termes d'emploi, fait-on remarquer, la situation est globalement plus défavorable aux femmes, avec des performances variées entre les pays.  

Alors que la Sierra Leone affiche une parité (score de 10) en 2017, les autres pays affichent une prédominance des hommes, de faible ampleur au Ghana, en Gambie, au Nigeria et en Guinée Bissau et de niveau plus accentué au Mali et au Niger.  

En termes de représentation politique, les femmes continuent d’être largement sous représentées, notamment au niveau des parlements. Un seul pays, le Sénégal est au-dessus de la moyenne continentale de 23,6%. Dans ce pays, à la faveur de la loi sur la parité dans les instances politiques adoptée en 2010, les femmes occupaient 42,8% des sièges en 2017, classant le pays au 7ème rang mondial. Les performances des autres varient d’une moyenne de 23,6% au Cap Vert à un fiable niveau de 5,6% au Nigeria.

En ce qui concerne la propriété foncière, le rapport souligne que des discriminations persistent à l'égard des femmes. De grandes disparités en défaveur des femmes sont notées au niveau de la Côte d’Ivoire et du Niger, avec des scores de 1, correspondant à des niveaux élevés d’inégalité.

Des scores plus modérés ont été cependant notés au Burkina Faso, avec un score de 6 ainsi qu’une quasi parité au niveau de la Sierra Leone.

Des réformes et politiques plus favorables au genre sont nécessaires pour inverser cette situation qui limite fortement les opportunités d’autonomisation des femmes, recommande le rapport.

Organisée par la CEA, la rencontre permettra d’approfondir la réflexion sur les potentielles implications économiques et socio-économiques de l’élargissement de la CEDEAO qui résulterait de l’adhésion du Maroc, de la Tunisie et de la Mauritanie.

Les experts présents à Cotonou mettront l’accent sur les implications économiques, notamment en termes de flux commerciaux et de recettes publiques, les implications sur le bien être de la population, afin d’identifier et de discuter des principaux défis et enjeux économiques pour la CEDEAO et également pour les candidats à l’adhésion.
-0- PANA IT/IS/SOC 26juin2018

26 juin 2018 17:44:48




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