L'Afrique, la région la plus affamée du monde selon CI

Dakar- Sénégal (PANA) -- L'Afrique subsaharienne demeure la seule région du monde où le nombre de personnes affamées et mal nourries, notamment les enfants, continue de croître, indique un rapport de l'ONG "Consumers International" (CI), qui relève que cette région enregistre une baisse ou une stagnation des revenus agricoles et une dégradation progressive des sols et de la végétation, en de nombreux endroits.
Dans la majeure partie des pays africains, les décideurs disposent rarement des informations et des possibilités nécessaires à des échanges de vues informées ainsi que des capacités industrielles requises pour élaborer des politiques appropriées afin d'atteindre leurs objectifs, note le rapport dont la PANA a reçu copie mercredi.
L'ONG relève toutefois que l'augmentation de la production alimentaire est assez importante, notamment dans les pays à faible revenu et à déficit alimentaire, pour satisfaire les besoins des populations en situation de malnutrition et d'insécurité alimentaire et pour satisfaire aux exigences de la croissance démographique, de la demande de nouveaux produits alimentaires dûe à la hausse des niveaux de vie et aux modifications des habitudes de consommation.
Elle estime que le monde produit actuellement des céréales et autres produits alimentaires en quantité plus que suffisante pour permettre à toutes les populations de jouir d'une alimentaire saine, mais environ 852 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire, la majorité d'entre elles vivant en zone rurale.
Cependant, indique "Consumers International", même lorsque les disponibilités alimentaires mondiales sont suffisantes, la pauvreté entrave l'accès de tous à la quantité et la variété de nourriture nécessaire pour satisfaire les besoins des populations, souligne l'ONG, qui estime que l'amélioration de la disponibilité de la nourriture au niveau mondial ne se traduit pas nécessairement par une amélioration de la sécurité alimentaire aux niveaux national ou familial.
L'ONG, qui affirme que la sécurité alimentaire existe lorsque tous les individus jouissent d'un accès permanent à une nourriture suffisante, sûre et nutritive afin de satisfaire leurs besoins alimentaires et leurs préférences alimentaires, pour une vie active et saine.
Elle note que l'accès à une nourriture satisfaisante, d'un point de nutritionnel, et sûre, est essentiel pour garantir le bien- être des individus et le développement national, social et économique, conformément à la Déclaration mondiale sur la Nutrition, adoptée par la Conférence internationale sur la Nutrition (CIN), à Rome en 1992.
Par ailleurs, le rapport rappelle que l'agriculture a connu de profonds changements au cours des dernières décennies, avec l'augmentation de la production alimentaire due aux nouvelles technologies, à la mécanisation, à l'accroissement de l'utilisation de produits chimiques, à la spécialisation et aux politiques gouvernementales qui privilégient la maximalisation de la production.
Cependant, ces changements permettent à quelques agriculteurs ayant de faibles besoins de main d'oeuvre de produire la majeure partie de l'alimentation dans le monde.
Même si les changements ont eu de nombreux effets positifs et ont réduit bon nombre de risques agricoles, ils s'accompagnent de nombreux coûts, en particulier pour les petits exploitants agricoles, écrivent toutefois les auteurs du document.
"Récemment, la biotechnologie en est venue à se référer plus à la production d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ou à la fabrication de produits à partir d'organismes génétiquement modifiés", affirment-ils, relevant que le génie génétique est rapidement entré dans l'agriculture, avec des millions d'hectares aujourd'hui exploités dans quelques pays.
Dans le monde, 672 millions hectares de terre environ étaient exploités en 2003, indiquent-ils encore, précisant que les seuls Etats-Unis ont planté, depuis 1996, plus de cultures transgéniques que tout autre pays, avec une superficie de 105,7 millions d'hectares exploitée pour produire ce genre de cultures.
L'Argentine est le second producteur (34,4 hectares), suivi du Canada (10,9 millions d'hectares), du Brésil (8,4 millions d'hectares), la Chine (6,9 millions d'hectares) et l'Afrique du Sud (1 million d'hectares).
Ces six pays pris ensemble renferment 99% des terres exploitées pour produire des cultures transgéniques, constate encore le rapport de CI.
L'ONG estime qu'en transférant des gènes d'un organisme à un autre, cela permet de surmonter les obstacles à la productivité que rencontrent les techniques conventionnelles de sélection des plantes.
Un autre argument tient au fait que les nouvelles plantes transgéniques réduiront l'utilisation des pesticides et renforceront la sécurité alimentaire dans les pays en développement.
"Une idée largement répandue est aussi que la 'nouvelle' économie mondiale reposera sur le génie génétique et tous les pays qui resteront en marge perdront leur compétitivité.
Cette idée a influencé les cercles de décideurs en Afrique.
Cependant, avec de telles cultures, les petits exploitants agricoles africains seront les seuls lésés", a encore relevé l'organisme de protection des consommateurs.
Selon le réseau d'ONG, "Agriculture paysanne et Modernisation Africa", les agriculteurs sont la première catégorie d'individus lésés par les cultures transgéniques.
Compte tenu du fait que ce sont eux qui sèment et qui récoltent, ce sont aussi eux qui se retrouvent au début de la chaîne alimentaire.
Le débat autour des organismes génétiquement modifiés demeure important pour les consommateurs et les organisations de consommateurs du monde entier.
Consumers International plaide pour l'instauration de la sécurité alimentaire en Afrique, mais pas pour les aliments transgéniques, étant donné que rien ne prouve à l'heure actuelle qu'ils peuvent permettre de résoudre le problème de la faim dans le monde et les affirmations des défenseurs de cette technique détournent l'attention des véritables causes de la faim en Afrique.
D'autres techniques et réformes agricoles ne faisant pas appel aux produits génétiquement modifiés offrent de meilleures opportunités d'amélioration de la productivité agricole et de la sécurité alimentaire dans les pays en développement, a indiqué CI.
Ces techniques et approches visent généralement à prendre en charge des objectifs plus larges en matière de développement en sus de l'augmentation de la productivité, comme dans le cas du NERICA (Nouveau Riz pour l'Afrique).
Ces approches favorisent la participation des agriculteurs au développement technologique, rendent moins nécessaires les intrants d'origine extérieure, comme les produits agrochimiques, et renforcent le contrôle des agriculteurs sur les ressources et les intrants utilisés.
Les difficultés économiques doivent être surmontées si l'on veut que les changements technologiques apportent des bénéfices et aident à assurer la viabilité des petits exploitants.
Il s'agit, en particulier, de la répartition inégale des biens et intrants (terre, eau, crédit, assistance technique), des politiques du gouvernement en matière d'échanges commerciaux et de prix ainsi que de la distribution.
Si les agriculteurs bénéficiaient des incitations et des conditions susceptibles de leur permettre de concentrer leurs énergies sur la production, l'Afrique pourrait alors facilement assurer sa sécurité alimentaire pour plusieurs générations.
Selon les chercheurs Ezumah et Ezumah, les ressources naturelles disponibles en Afrique subsaharienne sont "largement sous- utilisées", étant donné que le continent ne produit que 0,8% de ses rendements agricoles potentiels.
Les chercheurs estiment que les "principaux obstacles qui entravent les efforts d'augmentation de la production agricoles sont socioéconomiques".
C'est la source des préoccupations en Afrique, étant donné que, dans plusieurs pays, les cultures transgéniques sont soit déjà sur le terrain soit sur le point d'arriver sur le terrain, observe enfin "Consumers International".

07 Dezembro 2005 19:29:00




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