Human Rights Watch dénonce la faillite des autorités sénégalaises dans la lutte contre l’exploitation des ‘’Talibé’’

Dakar, Sénégal (PANA) - L’organisation internationale de protection des droits humains ‘’Human Rights Watch’’  et la Plate-forme pour la Promotion et la protection des Droits de l'Homme (Ppdh), une coalition d’Ong sénégalaises ont fustigé à travers un rapport rendu public ce lundi à Dakar, l’échec des pouvoirs publics dans la lutte contre le phénomène des garçons mendiants communément appelés ‘’Talibés’’ (discipline, en wolof).

Dans leurs conclusions, les deux organismes constatent que depuis dix ans qu’une loi protège les enfants contre la traite et les pratiques assimilées, le Sénégal n’a porté devant la justice qu’un petit nombre d’affaires liées à la mendicité forcée des enfants.

‘’Les autorités ont failli à leur devoir d’appliquer les dispositions de la loi de 2005 et les enquêtes suivies de poursuites sont extrêmement rares’’, a déclaré Corinne Dufka, la directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest de Human Rights Watch. Elle craint que cette situation ne contribue à accentuer les souffrances de ces garçons en situation d’exploitation par leurs maîtres dans les ‘’écoles coraniques abusives’’.

‘’Les exactions commises par ces prétendus maîtres sont visibles par tous, chaque jour et malgré tout, la Police et le système judiciaire continuent de s’abstenir d’ouvrir des enquêtes et de leur faire rendre des comptes’’, s’est indignée Mme Dufka.

Le rapport indique que les garçons ‘’Talibés" sont soumis à la mendicité forcée et aux sévices corporels en violation des lois en vigueur au Sénégal et des conventions internationales que le pays a adoptées.

Les résultats des recherches précisent que depuis une décennie qu’un texte de loi sanctionne cette forme de traite des enfants, la seule décision de justice vraiment marquante est intervenue en mars 2015 à Saint Louis dans le Nord du pays à environ 360 km de Dakar. Un maître coranique y a été condamné à six mois de prison pour avoir enchaîné les pieds de l’un de ses élèves, ce qui a causé de graves blessures à l’enfant.

Avant ce cas, un autre responsable d’école coranique avait aussi écopé d’un mois de prison après avoir été reconnu coupable de maltraitance envers un ‘’Talibé’’. La dernière décision de justice qu’évoque le rapport concerne douze maîtres coraniques qui ont été condamnés  à six mois avec sursis.  Ce que Human Rights Watch et la Ppdh trouvent très insignifiant comparé à l’ampleur du phénomène.

Ces organisations ont rappelé que beaucoup d’enfants ont péri à cause de ce fléau. En mars 2013, neuf garçons ont perdu la vie à Dakar lors d’un incendie survenu la nuit dans le dortoir en matériaux précaires où dormaient une trentaine de ‘’Talibés’’.  Le rapport mentionne que le maître coranique qui dirigeait l’école a été arrêté et brièvement détenu. « Il a été remis en liberté sans qu’aucun chef d’accusation n’ait été retenu contre lui », renseigne le document.

Le document informe également qu’à Saint-Louis, depuis février 2014, sept enfants ‘’Talibé’’ ont trouvé la morts. ‘’Deux ont été heurtés par des voitures alors qu’ils mendiaient et un autre a succombé à un tétanos non traité dans une école coranique’’, déplore-t-on.

L’étude signale qu’un recensement réalisé par la Cellule de lutte contre la traite des personnes du ministère sénégalais de la Justice a dénombré mille écoles coraniques dans la seule région de Dakar. Ce recensement avait permis de découvrir dans cette même région, que trente mille garçons ‘’sont forcés à mendier pendant plusieurs heures par jour’’.  En 2010, une enquête de Human Rights Watch avait estimé à cinquante mille le nombre de garçons mendiants de cinq ans à 15 ans se trouvant dans une situation d’exploitation au Sénégal.

Mody Guirandou Ndiaye, le secrétaire permanent de la  Cellule de lutte contre la traite des personnes du ministère sénégalais de la Justice espère, quant à lui, qu’une fois voté,  le projet de loi relatif à la réglementation des écoles coraniques va régler beaucoup de problèmes liés aux ‘’Talibés’’.  

‘’C’est un projet qui vise à organiser les écoles coraniques. C’est une avancée significative qui permettra de pouvoir inspecter, contrôler et lutter plus facilement contre les abus qui seraient constatés’’, a expliqué M. Ndiaye, qui fait remarqué que depuis 2013, le gouvernement et les partenaires travaillent sur ce projet de loi.

Le rapport de Human Rights Watch et la Ppdh a été publié à l’occasion de la Journée nationale du "Talibé" célébrée au Sénégal tous les 20 avril.

-0- PANA   KARL/BEH/IBA      20 avril 2015

20 avril 2015 17:48:06




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