Human Rights Watch accuse l'Erythrée de réprimer les opposants

Dakar- Sénégal (PANA) -- Le gouvernement érythréen a intensifié, ces derniers jours, la répression de l'opposition, a déploré vendredi, Human Rights Watch.
"Le gouvernement essaye de réprimer toute critique à l'encontre de ses politiques désastreuses.
La situation s'aggrave sensiblement" déclare Sulima Baldo, chargé de recherche à la division Afrique de l'organisation de défense des droits humains basée à New York.
Human Rights Watch demande au gouvernement du président Isaias Afewerki de "libérer immédiatement les dissidents politiques détenus, d'autoriser le retour des étudiants dans leurs amphithéâtres et de lever l'interdiction des journaux, décrétée mercredi".
Selon l'organisation, "la poursuite par le gouvernement du conflit frontalier désastreux contre l'Ethiopie est à la base de ces troubles.
Ce conflit a causé d'énormes souffrances aux populations et a sérieusement fragilisé les acquis du pays en matière de développement, fait encore remarquer Human Rights Watch.
"Le gouvernement du président Afewerki tente manifestement de profiter du fait que l'attention de la communauté internationale est occupée ailleurs pour intensifier sa campagne répressive contre les dissidents", a dit M.
Baldo.
Selon Human Rights Watch, le gouvernement érythréen a arrêté onze dissidents entre mardi et mercredi.
Les onze détenus sont, indique-t-on, des membres du G 15, un groupe de 15 membres fondateurs du front de libération qui a conduit l'Erythrée, qui était une région de l'Ethiopie, à l'indépendance en 1991 après 30 ans de guerre civile dévastatrice.
Le G 15 a signé, en mai dernier, une lettre publique critiquant M.
Afewerki pour la manière "illégale et anticonstitutionnelle" dont il gère le pays et lui a demandé d'instituer des réformes démocratiques.
Parmi ceux qui ont été arrêtés mardi et mercredi, figurent Beraki Gebreselassie, Petros Solomon, Mohamed Sherifo, Ocbe Abraha, et Haile Woldensae.
Ils occupaient, jusqu'à récemment, des fonctions politiques et militaires de haut rang.
Human Rights Watch s'est dit inquiet de l'endroit et des conditions de détention des réformistes, suite à la publication d'un communiqué par Hadas Eritrea, un journal public qui affirme que le gouvernement n'a fait que prendre des mesures contre "ceux qui avaient commis des crimes contre la souveraineté, la sécurité et la paix de la nation".
Selon l'organisation de défense des droits humains, les réformistes pourraient être accusés de "trahison", un crime puni par la peine de mort en vertu de la loi érythréenne, et ils sont susceptibles d'être traduits devant un "tribunal spécial" gouvernemental pour un procès à huis clos.
Les autorités ont, d'après les informations obtenues, annoncé mercredi la fermeture de tous les organes de presse indépendants, qui avaient ouvert un forum pour un débat élargi sur les réformes nécessaires en Erythrée.
Selon une émission de la radio gouvernementale, les huit journaux privés du pays avaient ignoré les avertissements répétés pour corriger des erreurs non spécifiées.
Pour Human Rights Watch, les récentes mesures énergiques prises à l'encontre des représentants de la société civile auraient été déclenchées par l'impasse dans laquelle se trouvent les relations tendues entre le gouvernement et les étudiants qui réclament une plus grande liberté académique et la satisfaction de demandes sur le plan social.
La publication, la semaine dernière, dans un journal privé, de l'agenda d'un étudiant dans le cadre d'un programme d'été obligatoire, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
Les étudiants de l'université d'Asmara, la seule du pays, s'étaient joints aux critiques contre le gouvernement en revendiquant un meilleur traitement et la tenue de consultations sur des questions les concernant.
Le programme de travail d'été est obligatoire pour les étudiants d'Asmara qui sont cependant autorisés à reporter leur service militaire jusqu'à l'obtention de leur diplôme.
Cette année, les étudiants ont protesté contre les conditions exécrables des camps précédents.
D'après Human Rights Watch, le 31 juillet, la police a arrêté le président du Conseil des étudiants de l'université d'Asmara, Semere Kesete, au lendemain de sa déclaration selon laquelle les étudiants ne participeraient pas au programme d'été à moins que certaines réformes ne soient menées.
Le leader des étudiants est, d'après les informations, toujours en prison sans qu'aucun chef d'inculpation ne soit porté contre lui, tandis qu'au mois d'août 400 autres étudiants ont été rassemblés et envoyés au programme de travail à Wia, un camp désertique près du port de Massawa sur la Mer Rouge, une région où les températures dans la journée frôlent environ 100 degrés Fahrenheit (38 degré Celsius).
D'après Human Rights Watch le gouvernement a accusé les étudiants de "comportement indiscipliné" et "d'actes illégaux".
Suite au "transfert forcé" des étudiants arrêtés à Wia, 1.
700 autres travailleurs "volontaires" les ont rejoints selon le gouvernement.
Le pouvoir reconnaît aussi que deux étudiants sont décédés de coup de chaleur le mois dernier, mais a mis en cause "le manque de soutien logistique adéquat" dans le camp.
Human Rights Watch affirme que des informations font état d'un certain nombre d'étudiants qui étaient traités en catimini dans des hôpitaux militaires, souffrant d'extrême fatigue et de chaleur, et que certains sont peut-être morts.

25 Setembro 2001 12:46:00




xhtml CSS