Hommage unanime en France au cinéaste Jean Rouch décédé au Niger

Paris- France (PANA) -- De très nombreuses voix s'élèvent en France pour rendre un vibrant hommage à Jean Rouch, cinéaste et ethnologue français, tué dans la nuit de mercredi à jeudi au Niger dans un accident de la route.
"Le décès de Jean Rouch est une immense perte pour la France et pour l'Afrique.
Il restera le symbole du lien fusionnel entre nos cultures.
Jean Rouch est mort sur la terre d'Afrique, au milieu de ses habitants, dont il a si bien décrypté et expliqué les cultures", a déclaré le ministre français délégué à la Coopération, Pierre-André Wiltzer.
D'autres témoignages mettent l'accent sur les qualités humaines et professionnelles du cinéaste décédé à 86 ans au Niger où il était venu présenter son dernier film intitulé "Le rêve plus fort que la mort".
"Jean Rouch était quelqu'un d'extrêmement agréable, qui aimait énormément s'amuser et qui avait mis de la gaieté sur le tournage.
Je crois qu'il trouvait ce plaisir de vivre, cette manière cordiale d'envisager les relations humaines en Afrique", a affirmé, pour sa part, le sociologue Edgar Morin.
"Je pense que ce qu'il a trouvé en Afrique essentiellement, c'est la possibilité d'entrer dans un type de savoir à énigmes qui favorisait l'infini déroulement de la légende.
Le cinéma était une clé magique pour entrer dans le monde, pour être possédé par lui.
Jean Rouch n'a d'ailleurs jamais cessé d'avoir 12 ans, et il est mort en rêvant certainement aux films qu'il allait faire demain", a regretté, la voix pleine d'émotion, le cinéaste Jean- André Fieschi.
Pour avoir été initié aux questions africaines par Jean Rouch, l'anthropologue français Marc Piault préfère plutôt présenter le défunt comme "quelqu'un d'extrêmement généreux, qui avait le souci de la pédagogie et de la transmission".
"Je pense que son apport, sur le plan ethnographique, a été immense.
C'est un découvreur qui a fait un travail pionnier dès les années 1950 sur des terrains inexplorés tels que l'Afrique contemporaine, les mutations et les échanges culturels, le problème des migrations", a ajouté M.
Piault.
Selon le cinéaste Richard Leacock, qui avait combattu avec Jean Rouch lors de la Seconde Guerre mondiale avant de le retrouver en 1961 dans le monde du cinéma, la disparition de l'ethnologue et cinéaste français laissera un grand vide en France et en Afrique.
"Beaucoup de choses nous liaient en vérité: notre amitié avec Robert Flaherty, le fait d'avoir participé à la Seconde Guerre mondiale dans le même camp.
Et puis, à côté de tout cela, il y avait la cuisine.
A mon arrivée en France, j'ai vécu dans l'appartement de sa femme, Jane.
Je me sens très seul maintenant", a-t-il expliqué.
Ancien directeur du Centre national français du cinéma (CNC), Jean Rouch avait une filmographie ancrée dans l'Afrique de près de 120 films, parmi lesquels "Initiation à la danse des possédés", "Les maîtres fous", "La pyramide humaine", "Les magiciens de Wanzerbé", "La chasse au lion à l'arc" et "Sugui".

21 Fevereiro 2004 12:48:00




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